15.05.2012
De l'autre côté...
A Marc Antoine...
Instant de grâce. Quitter la ville qui ne sait plus si elle en mode hiver ou été, le bruit et l'effervescence vaine et passer de l'autre côté... prendre le maquis, quitter les stations balnéaires surfaites et se réfugier sur une presqu'île digne de Robinson Crusoë.
De l'autre côté de la baie, à 20 minutes d'Ajaccio, se cache mon petit coin de paradis. Isulella.
Je la connais pour avoir silloné en bateau ses criques turquoises, d'une pureté cristalline, et les fameuses Sette Nave (sept navires), jardin de rochers aux formes fantasmagoriques plantés en pleine mer, dont l'artiste Tony Le Bastard dévoile des aspects lunaires inédits.

Selon la légende, ils correspondent aux sept envahisseurs pétrifiés par la Vierge pour protéger la Corse.
De l'autre côté, celui de la terre, je découvre cette presqu'île avec ses pleins et ses déliés, ronde, acérée, riante et verdoyante.
Occupée à l'origine par les pêcheurs et leurs cabanons, qui persistent aux côtés de luxuriantes propriétés, elle est aujourd'hui un haut lieu de villégiature. A son sommet, la tour génoise, maintenue en parfait état, domine depuis 1608, du haut de sa couronne de mâchicoulis, aux cernes de briques rouges, l'ensemble du golfe.
Au pied de cette doyenne, mon refuge est une villa de rêve, toute en vitres ouvertes sur Ajaccio et les îles Sanguinaires, camouflée par le maquis. Impression d'être seuls au monde, avec le soleil, le chant des oiseaux et le bruit des vagues pour unique compagnie...
Car, à deux pas, d'un côté ou de l'autre, se livrent au détour d'un sentier de terre, embaumé de chèvrefeuilles roses, des plages de sable blanc pur. Fin comme le sel, il a pour particularité de se glisser absolument partout. Comme pour marquer à jamais mon passage sur cette pointe sauvageonne à souhait, qui me nourrit sens et esprit.
De l'autre côté de l'hiver, en pente douce vers l'été...

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06.05.2012
VICTOIRE !
Ce dimanche commençait comme un dimanche ordinaire, du moins comme ceux dont on commence à prendre l'habitude, ces derniers temps à Ajaccio : un dimanche morne, aux cieux chargés qui, dès 11 heures passées , le deuxième thé dégusté au salon en lisant mon hebdo préféré, déverse brutalement ses torrents d'une pluie ronde et dense... Comme pour payer cher les deux jours derniers passés, malgré un vent frisquet, à la plage ou en terrasse pour profiter des rayons du soleil si timide depuis début avril.
Jamais je n'aurais pu imaginer que pareil départ pourrait se terminer par une si belle victoire ! Un moment historique qui me comble de satisfaction...
Car, devant ce temps enthousiasmant, j'eus la bonne idée de me réfugier dans mon activité favorite, la pratique d'un art qui me permet à la fois d'exprimer ma créativité et de détendre complètement mes nerfs parfois malmenés par le rythme soutenu de mon travail... Oui, cuisiner me détend; m'occuper les mains en préparant de bons petits plats me libère l'esprit et me réjouit. J'ai au moins l'impression de tuer agréablement et utilement le temps. Quoi de mieux pour ce jour de repos obligatoire, qui revient pour moi, une semaine sur deux ?
Au terme de cette journée morose et pluvieuse, j'eus le plaisir d'atteindre une sorte de Graal.
Après deux années de tâtonnements, recherches et essais divers, j'élaborais enfin LA recette de gâteau à la châtaigne léger et moelleux à souhait, chose peu aisée à l'origine vu la densité de la dite "farine". J'eus même l'audace d'y ajouter du chocolat noir... Une pure merveille !
Partie sur ma lancée, pendant que mijotait le lapin aux petits pois et patates douces, je me lançais dans une toute nouvelle recette de pâte à pizza, façon grand mère, dont le résultat fut tout simplement bluffant. Il suffisait d'y penser : laisser la levure de boulanger s'épanouir avec un peu d'eau et de sucre, délicatement nichée dans un puits de farine, pendant un quart d'heure, avant de poursuivre son travail avec huile, sel et eau... Pâte levée et croustillante à souhait...
Belle victoire, oui, que d'atteindre une forme de perfection : se régaler avec un mets aussi savoureux que celui qu'on imaginait dans ses rêves les plus fous, un mets à la saveur et à la texture conforme en tous points à nos attentes.
Oui, ce dimanche, a bien des égards fut parfait !
Mon gâteau châtaigne :
- 1 yaourt de brebis
- 2 pots à yaourt farine de châtaigne
- 1 pot à yaourt maïzena
- 1/2 pot à yaourt d'huile de colza
- 1 sachet levure chimique
- 3 œufs battus
Bien mélanger le tout. Faire cuire 40 à 50 mn dans un four chaud à 150°.
Variante : 100g de chocolat ultra noir fondu à glisser dans la pâte avant d'enfourner....
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25.04.2012
Payer pour apprendre
Santé, que de crimes on commet en ton nom !
Dans un monde en crise économique où l'on ne peut être que jeune, beau, riche, heureux et brillant, voilà que la santé devient un enjeu financier tel qu'un état peut décider de sanctionner un malade qui ne jouerait pas le jeu de la collectivité !
L'article du Monde du 23 avril dernier m'a fait bondir. La Hongrie a décidé de "punir" les mauvais malades du diabète qui ne respectent pas leur traitement. Tu ne te comportes pas bien ? Tu n'as plus le droit d'être soigné correctement. Tu deviens un voyou qui dilapide l'argent du contribuable. C'est plutôt drastique comme solution à défaut d'être efficace.
Dans la balance, 100 millions d'euros, le coût global des traitements. Une paille par rapport à la dette colossale de ce prochain maillon faible de l'Europe, au bord de l'implosion, qui devra rembourser 15,5 milliards d'euros cette année (soit 18% de son PIB). Une dette contractée au début des années 2000 pour accompagner le "boom économique" du post-communisme, c'est à dire la passage à une économie de marché, le royaume du consommateur moderne !
Or, la Rome antique l'a prouvé, un homme qui s'enrichit, même à crédit, prend du poids. Et c'est qu'intervient la première sanction : le diabète, les risque cardio vasculaires et tutti quanti. Avant la deuxième sanction, être ruiné parce qu'on ne peut plus faire face à ses engagements, puis l'ultime, ne plus avoir accès au traitement si on arrive pas à faire face à sa maladie. Le crime est parfait !
Trève de railleries. Le jugement est aisé. La problématique du diabète est profonde.
Pour avoir accompagné les malades qui entraient en diabète, je peux témoigner de la violence que cela représente. Certes, l'humain possède cette plasticité caractéristique qui doit lui permettre de s'adapter à tout. Ce qu'il fait, ma foi, pas si mal. Mais le diabète touche tellement de domaines intimes.
L'alimentation est devenu un enjeu social - dis moi ce que tu manges, je te dirais qui tu es sur l'échelle de notre société, riche ou pauvre, éduqué ou non-. J'en veux pour preuve ultime la pléthore d'émissions de télé-réalité culinaires plus rocambolesques les unes que les autres, qui polluent nos lucarnes magiques du matin au soir.
Manger, ce qui, à la base, demeure un besoin fondamental (et oui Xav !) devient une preuve de richesse, de savoir-vivre, voire, ce qu'il est aussi par ailleurs, une affirmation culturelle. C'est également le dernier loisir permis en temps de crise puisque manger, il faut bien le faire trois fois par jour !
Emotionnellement, l'aliment est chargé également. Notre madeleine de Proust, quelle que soit sa forme, nous poursuit toute notre vie et demeure un refuge affectif. Nos rondeurs nous protège des angoisses, des peurs, des obligations...
Toucher au régime alimentaire de quelqu'un, pour cause de diabète ou de troubles cardiaques, c'est toucher à tout son équilibre d'être humain, toucher à son ventre, le deuxième cerveau du corps. Au risque de le voir s'effondrer comme un château de carte.
Tous ceux que j'ai vu après l'annonce de la maladie, donc des changements à mettre en oeuvre, m'ont tenu sans exception, à un moment, des propos morbides. Soyons clairs : tous m'ont parlé de leur profonde envie d'arrêter de vivre dans ses conditions.
Car il ne s'agit pas là d'un régime pour un temps donné. La chronicité du diabète est impitoyable. Il s'agit de modifier leurs habitudes, leurs goûts, leurs pratiques pour toujours. Leur carapace se voit mise à mal. Alors, les culpabiliser en plus, en leur renvoyant leurs éventuelles mauvaises pratiques et le poids qu'ils représentent pour la société, je trouve ça criminel.
Si demain le cas se présentait en France, je trouverais ça faux-cul de la part d'un état qui octroie largement 1050 euros par mois à une infirmière scolaire pour éduquer à la santé les enfants sur trois établissements différents, un état qui octroie largement à la libérale 7,60€ brut ( donc 3,80 € net !) la séance pour accompagner un diabètique dans ses soins, l'aider à comprendre ce qui lui arrive, lui apprendre à équilibrer son régime, à vaincre ses angoisses, à gérer son traitement, tout en autorisant les lobbys agro-alimentaires à jouer avec la santé de ses clients pour augmenter ses profits, oui, je trouverais ça très hypocrite de soumettre les patients à une obligation de résultats probants pour avoir le droit d'être soignés correctement.
On en n'est pas là. Mais toute cette affaire continue de me faire penser que l'homme moderne est décidement le payeur de bout en bout ! En euros comme dans sa chair, il n'en fini pas de régler l'addition. Et toujours, toujours sur fond de culpabilité. Mais à qui profite le crime ?
En Hongrie, les diabétiques seront punis pour leurs écarts de régime
Le Monde.fr | 23.04.2012 à 17h05
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24.11.2011
Beaujolais triste
Voilà, j'ai mis une semaine à le digérer le beaujolais nouveau... Non pas qu'il soit trop vert, trop acide, trop quelconque, comme souvent tous les ans... non, c'est autre chose. Un arrière goût amer, comme tous les ans depuis 4 ans.
Fin de tournée, jeudi soir... 19h30. Pas envie de rentrer. Des fourmis dans les jambes. Les papilles frémissantes... voir du monde, du bruit, des lumières; se sentir seule au milieu d'humains inconnus, entourée de chaleur humaine, de rires, de conversations animées... me ranimer.
Une foule de souvenirs affluent. Mes "Beaujolais nouveau" en Bretagne. Souvent des soirées improvisées, sur l'impulsion, dans le mouvement... Juste un verre chez mon ami caviste de la rue Clémenceau. D'autres amis qui arrivent... deux verres alors... allez, on franchit la Rance. Une pizz en bonne compagnie... des fou-rires, des rencontres; de la chaleur quoi !
Ou les regroupements de dernière minute. On passe chez toi ? amène ta bouteille, un bout de pâté , on tartine... Juste un prétexte pour être bien, ensemble.
Mais ce soir là, comme l'an dernier, je tourne comme une âme en peine dans Ajaccio sous couvre-feu. On fête le Beaujolais nouveau ? Où ça ? J'arpente le port. 5 couples emmitouflés en terrasse devant un groupe de petites rockeuses d'enfer qui donnent de la voix et des tripes... Descente du tribunal : les zykos envoient du son dans le bar à vin... les musiciens sont plus nombreux que les spectateurs ! Bord de mer : les bars habituels avec les tronches habituelles... Même pas envie.
Je me sens seule, dépassée. Mes amis de toujours sont loin. Ici, l'amitié n'en a que le nom. Je me sens triste. C'est mon seul échec, en 4 ans de Corse. Le Beaujolais nouveau me le rappelle tous les ans. Incontournable. Comme quoi, les traditions...
Et puis, en rentrant, le déclic; je passe devant le bar à vin de Pierrot. Le mec impassible, à peine souriant, pas causant pour deux sous, qui sert " à la tête du client", mais qui ne désemplit pas...
Alors je m'assieds au comptoir, un peu réchauffée par les vieilles pierres et les clients qui se pressent. Et je craque : "un Saint-Nicolas de Bourgueil" ! J'ai eu du mal à trouver mon nid ce soir. Alors je vais pas tout gâcher avec un verre incertain ! Un cru de l'ouest, ça me rapproche de mon far-ouest. Il glisse dans ma gorge, me farde de rose aux joues, met du brillant dans mes yeux...
Allez, je trinque à votre santé, mes amis loin là-bas. Je partage un peu de cette soirée avec vous tous. En attendant de vous revoir
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03.08.2011
Je savais pas...
Je savais pas que l'amour pouvait mourir d'un coup; qu'il pouvait nous quitter comme il était venu, avec la même fulgurance. Juste je savais que, comme tous les alcools forts, il était volatil, fragile... mais pas à ce point délétère... je savais pas que ses vapeurs enivrantes s'estompaient aussi brutalement.
Je savais pas qu'on peut se réveiller un matin et que plus rien n'est comme avant. Les parfums, les gestes, les mots qui nous montaient aux nues n'ont plus aucun goût, plus aucun sens. Ils permettent juste de mesurer le gouffre qui s'est creusé, insidieusement, entre notre vie réelle et notre vie rêvée...
Je savais pas que l'amour pouvait être un mirage où l'on se noie avec ivresse tant il semble infini, incommensurable et prodigue. Je savais pas qu'une fois le mirage envolé, on se retrouve échouée sur le sable, à bout de souffle, plus que nue, écorchée vive par une douleur aussi aigue que l'on été nos extases...
Non, je savais pas. Je savais pas.
Juste je savais que même clouée au sol, il y aura toujours un instant de grâce, un instant d'espoir où le peu de forces qui nous restent, dans un ultime élan de notre coeur déchiré, de notre âme endolorie, nos ailes puiserons la force pour repousser, doucement, tout doucement.
Et elles nous permettront de repartir, doucement, tout doucement, vers notre vie rêvée.
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18.03.2011
Carnet de tendance
Par une nuit de pleine lune, le sommeil me fuit... Beaucoup de réflexion à mener, de choix à faire, bref, une vie ordinaire, de nuit, les yeux ouverts.
Ma profession de foi est intacte depuis octobre. Comme prévu, j'ai beaucoup travaillé. Beaucoup profité. Voyagé un peu. Repris une vie sociale, timide. Grandi, énormément. Vieilli aussi, d'une année-versaire !
3 ans révolus et le temps fait son oeuvre. Les racines me poussent, même si le terreau est encore un peu ingrat par moment à mon goût. Mais il faut bien être quelque part pour mieux avancer. Le nomadisme a ses limites, pour une femme qui aime avant tout construire.
Alors, je suis au bord d'un nouveau projet, qui sonne comme une renaissance. Une re-nouvelle. Je vais acheter un appartement. Un lieu vaste et un peu clos dans un vieil immeuble. Le charme des 3 mètres sous plafond, des carrelages rococco, des fenêtres sur cour. Je quitte la lumière insolente (je vis dans des aquariums depuis que je suis en Corse) pour un lieu plus secret, plus intime, à l'abri des persiennes mi-closes.
Il y a tout à refaire : agencement, déco, modernisation. Comme j'aime. J'habiterais en centre ville dans le quartier bobo, en pleine réhabilitation. Une très jolie opération immobilière. Une nouvelle façon de m'approprier la cité, de reprendre des habitudes de quartier, de voisinage... Me balader nez au vent, à deux pas du port de plaisance, de la rue commerçante... très tentant !
Voilà ce qui me tient éveillée cette nuit. Plus encore, qui me donne envie de me lever le matin pour travailler, sourire, imaginer, créer..
Une page se tourne.
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08.10.2010
On the road again !
Voilà, on a beau dire 15 jours de repos, c'est court... Mais l'exercice libéral ne pousse pas à l'inactivité. Un beau contrat se présente, et hop ! C'est reparti. Bon, je suis honnête, un peu en traînant des pieds. Parce qu'encore épuisée par une saison surchargée. Parce que la tête chargée d'envies contradictoires. Parce que pour tourner une page, il me faut du temps.
J'ai vécu un an dans un village magnifique, très entourée de gens bienveillants, d'attentions, de gentillesses... certes le boulot était très éprouvant, les rapports avec les collègues pas toujours simples, leurs façons de faire souvent cavalières, la rentabilité de mon activité très aléatoire, trop ! Je passe sur l'aspect solitude d'un hiver interminable... Mais l'enthousiasme était là.
J'ai choisi de redescendre à Ajaccio. J'ai trouvé un remplacement de plusieurs mois dans un bon cabinet avec des filles adorables, droites et qui partagent mes valeurs de soin. Alors, en selle ! Me voici à nouveau à courir après le soleil levant, à califourchon sur mon Pégase, dispensant bonne humeur et soins de porte en porte. Et ce jusqu'à que l'odeur réconfortante de la soupe flotte dans les halls d'immeuble. Parce qu'à 25°, ici, on a froid !
Au bout de 15 jours de pratique, le plaisir surgit. Intense, complet. Au village, je remplaçais surtout le soir. Ici, je suis infirmière à part entière, du matin au soir. Et y a du sport ! Première urgence : une colossale phlébite. Gérer en assurant la tournée quand même : le médecin traitant à appeler, le rendez-vous chez le phlébologue en urgence, trouver une ambulance, l'admission en clinique... Avant midi l'affaire est réglée. A domicile, nous sommes plus encore qu'ailleurs les yeux, les oreilles et les mains des médecins et souvent les jambes des patients, entre les courses à faire, les médicaments à récupérer... Grosse responsabilité.
Mais quel satisfaction de suivre le patient de A à Z ! Toutes nos compétences sont en œuvre. Encouragée par mes collègues, je pratique les massages, l'éducation thérapeutique, nutritionnelle... je m'éclate parce que je me sens complète dans ma façon de faire !
Jusqu'en mai, me voici posée, a priori. Reste à me réinsérer dans cette bonne vieille ville d'Ajaccio. Là, c'est plus complexe. Cette ville est petite, superficielle, agitée. Je n'y ai jamais pris mes marques véritablement, préoccupée à me construire professionnellement, sentimentalement, humainement... panser quelques blessures, essayer d'évacuer le passé et me remplir de cette belle nature qui domine ici.
Aujourd'hui, j'ai envie d'y revenir pour retrouver un réseau amical, me nourrir d'idées et de sensations plus culturelles. Mes amis lointains me manquent terriblement, nostalgiquement. Ce fin maillage qui faisait que je ne me sentais jamais seule... jamais trop loin. Un bon ciné, un bon concert, une bonne expo, une bonne discussion. C'est trop demander ? Je fais le pari que je dois pouvoir trouver ça ici. Pas loin. Mais je n'ai pas encore les clés pour y parvenir.

Sur le continent, je vivais baignée d'infos, de culture. Absorbée par toutes les nouveautés de ma vie, j'ai un peu lâché tout ça. Je me réveille, en plein automne, un peu sauvageonne, gorgée d'embruns, de soleil et de parfums du maquis, affamée de plaisirs plus cérébraux. Le chemin pour y accéder, je ne le connais pas encore. Non. Mais ce dont je suis persuadée, c'est que je le trouverais.
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22.09.2010
C'est mon tour !
Voilà, c'est comme ça, c'est mon tour ! à moi...
C'était pas prévu; d'aucun appellerait ça une période de chômage. Mais moi, je dis qu'il est enfin venu le temps des vacances. Jusqu'à hier, c'était encore le temps de la plage, du soleil, des éclats de rire...
Puis 3 gouttes de pluie et c'est défini : il faut revenir au rythme normal.
Blogger, marmotter, remettre la maison en route, ranger les placards, sortir la petite laine, se faire la coupe de l'automne, se résigner à porter des lunettes de vue... tout le temps, nettoyer le jardin, faire les confitures, appeler les copines pour boire des coups, choisir un cours de gym... une foultitude de petites activités pour remplir les journées plus fraîches, de l'aube dorée au crépuscule qui baigne le port d'Ajaccio de lumière rose. Tôt, trop tôt.
Finalement, c'est rassurant de se répéter, année après année... les bonnes résolutions de la rentrée. On va faire ci, on va faire ça ! Ou pas. Tous les possibles s'ouvrent à nous. Continuer ou arrêter. Plonger ou se retenir... mais surtout ne pas oublier de croquer au passage tous les jolis moments qui s'offrent encore à nous.
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14.07.2010
Avis d'absence
Pendant que certains sont en vacances, d'autres travaillent tellement qu'ils n'ont plus le temps de d'écrire... Savourez votre chance !
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24.05.2010
L'amante
Elle se lève, embrumée des vapeurs de champagne rosé. L’arôme mielleux de quelques bouffées d'Hamlet se rappellent à son bon souvenir dans un coin de son crâne endolori. Ses cernes auréolent en camaïeu le bleu de ses yeux où brillent encore quelques bulles, prisonnières malgré elles.
Giclée d'eau fraîche, thé à la rose... Boîte à courriel comme tous les matins pour s'assurer que quelqu'un pense à elle quelque part, aujourd'hui encore. Sa petite drogue, son amphétamine qui lui permet d'avancer, de construire encore et toujours. Se sentir vivante en se mesurant à l’aune de ces Autres qu’elle choisit avec soin désormais pour constituer son sérail.
Et là, un texte, inattendu… « Le » texte. Celui qui tape juste et fort où chaque syllabe fait écho et résonne longuement dans son Pays Imaginaire. Ciselé, précis, rythmé, pudique et ostensible…
L’orage éclate. Gouttes tièdes qui roulent et auréolent le clavier poussiéreux où elle passe plus de temps à composer désormais ses devoirs et thèses qu’à délivrer les belles histoires qui la hantent. Cette émotion, elle l’a déjà ressentie, il y a pile un an. En lisant « Ensemble c’est tout » d’Anna Gavalda. Même pincement au cœur, mêmes sanglots qui débordent de sa gorge nouée pendant qu’elle sourit de bonheur, émerveillée devant ce miroir tendu à son âme d’enfant. La confluence de ses deux mondes qui l’animent et l’embellissent depuis toujours. Drôle de réveil. Et puis, elle s’imprègne du guide touristique et re-sourit, complice. Elle le connaît déjà par cœur.
Et puis, elle découvre la recette. La lit, la relit, maudit sa fatigue qui lui brouille les yeux, l’esprit. Que lit-elle ? Que comprend-t-elle ? Elle la trouve jolie néanmoins, sourit. La relit.
Qui est cette lectrice qui met son auteur dans de telles transes ? Elle a hâte de savoir.
En même temps, la recette appelle une réponse. Elle en est incapable, exacerbée par les restes de cette ivresse où elle se recroqueville avec volupté.
Elle savait bien qu’il ne fallait pas abuser hier soir après cette semaine de montagnes russes où toute la palette des émotions s’est déchaînée en elle. Du désespoir le plus noir au bonheur le plus inattendu, en passant par la colère implacable qui lui donne l’énergie de faire les bons choix. Une révolution complète en quelques jours. Une poussière pour l’humanité, mais un pas de géant pour elle. Renoncer, choisir, planter ses racines au sol, la tête dans les étoiles…
Après tout ça, comment résister au cocon de tendresse dont l’entourent ses amis ? Laisser passer l’occasion de partager, de rire, de jouer… Dormir, dormir, elle l’a fait pendant des années qui ont duré comme des siècles. Sa vie maintenant, elle la passe dehors, au grand jour, à se frotter aux autres jusqu’à rentrer repue, imprégnée de leurs odeurs, de leurs regards, de leurs caresses, de leurs univers. Elle se nourrit de cette chaleur humaine, se délecte comme un petit vampire de l’énergie qui circule entre gens de bonne compagnie.
Et puis une question la foudroie. Fébrile, elle fouille dans la boîte à courriel. Pas de traces. Dans sa mémoire. Maudite brume ! Pas de traces… Si elle n’a pas écrit… elle n’a pas parlé depuis mercredi. Enfin, pas à lui, l’auteur. Enfin, elle ne sait plus, noyée par le doute. Tout ce qu’elle déteste. Ne pas être sûre et certaine. Ne pas maîtriser. Le flou. Instant de panique.
Comment le sait-il ? Comment le sait-il que le prince charmant est passé l’enlever à l’improviste mercredi midi, balayant toutes ses prévisions du jour, annulées de quelques coups de fil, d’un seul sourire, mais combien ravageur ?
Comment sait-il que justement ce matin-là, sans vraiment savoir pourquoi, elle avait accommodé sa beauté avec un soin tout particulier ? Juste pour elle. Relever la tête. Chasser le gris. Se rassurer. Etre fière de son reflet dans la glace.
Et qu’elle s’était glissée dix minutes après l’Appel sur le cuir tendre de sa décapotable, rayonnante et déjà offerte, avec au bord des lèvres tous ses doux contes qu’elle ne réservait qu’à lui et qui le tenait inlassablement en haleine ?
Vent chaud dans les cheveux, musique… Après le déjeuner sur green à Saint-Briac, ils avaient regagné Epiniac par les chemins de traverse. Ils avaient besoin de voir de leurs propres yeux ce merveilleux domaine dont ils parlaient depuis leur deuxième rencontre. Ce territoire invisible aux terriens… les cabanes dans les arbres.
Comme toujours avec lui, joindre l’utile à l’agréable. Forcer la porte du patron, le charmer par les sourires de celle qui l’accompagne et bénéficier d’une visite privée et argumentée du site. Il sait déjà à qui il va vendre cette idée, tout en nourrissant son propre avenir…
Elle se prête au jeu, s’intéresse, hoche de la tête, envoie quelques étoiles à leur interlocuteur et arpente le domaine avec son port de reine de Sabbat. Puisque c’est ce qu’on attend d’elle. Elle renoue avec des pratiques autrefois familières. Etre adaptée à la situation en toute circonstance. Dévoiler une intelligence élégante au moment favorable. Forte de la certitude de régner au royaume des Grands. Tout en puisant les vitamines nécessaires à la construction de son rêve : ce lieu, sculpté dans le bois rare, où elle dispenserait le bien-être à ses contemporains déboussolés. Penser à se servir au passage, tout en servant l’autre… Luxe, calme et volupté…
Il fait chaud et éclatant ce jour-là, jusqu’au moment où la canopée les coupe du ciel. Tendre abri où le silence prend sa profondeur. Et là, elle aperçoit la première cabane, perchée dans un séquoia centenaire. Elle la prend en plein cœur. Son Pays imaginaire ouvre grand ses portes… Elle Lui sourit, émerveillée. Il hoche la tête, concentré sur les chiffres qui naissent sous ses yeux. Mais dans ses pupilles, elle a lu le signe qu’elle attendait. Elle sait maintenant le Possible : l’enfant peut revenir en lui. Elle pourrait obtenir ce qu’elle veut… Si seulement elle savait ce qu’elle veut. La tête lui tourne. Il s’inquiète. L’arbre ne souffre pas ? Elle mesure alors une dimension de lui qu’elle ne soupçonnait pas et qui l’attendrit au bord des larmes. Il caresse instinctivement la peau lisse du hêtre. Elle s’engouffre du bout des doigts sur cette trace invisible qui le relie à lui, au nez et à la barbe de leur guide. Jusqu’où est-elle prête à le suivre, ce renard secret et impertinent ? Saura-t-elle l’apprivoiser ?
Taux de remplissage, retour sur investissement, sécurité… La lumière moussue baigne la fenêtre en forme de cœur. Elle découvre avec gourmandise la couche accueillante sous la moustiquaire alanguie. Frissons au creux des reins. S’y blottir avec Lui et enfin arrêter le temps. Cesser de calculer, d’évaluer, de voler au sommeil les minutes essentielles à la construction de leur bonheur. Mais la fin de la récréation sonne. Sans appel. Repartir, chacun sur sa route, solitaire mais enrichi de l’attention de l’autre.
Ils s’autorisent l’ultime point d’orgue, un rapide voyage au creux du grand lit malouin qui sert de refuge à leurs ébats. Le seul point d’ancrage de leur relation naissante. La couette froissée par ce close combat improvisé gardera la trace de leurs corps, brouillon malhabile de cette prochaine fois où ils s’accorderont le temps. Enfin… Peut-être… S’il revient…
Elle se blottit, soudain silencieuse, le museau au chaud dans le creux de son cou. Il effleure son épaule d’un seul doigt, dans une caresse infinie qui égrène l’implacable compte à rebours. Déjà leurs pensées galopent ailleurs…
De son pas de danseuse orientale, elle l’escorte jusqu’à l’élégante allemande reconvertie le temps d’une après-midi en vaisseau intersidéral, pour abriter leur parenthèse amoureuse.
Il lui glisse un « A bientôt » qui gorge son cœur de midinette d’un espoir de lendemain.
Elle pousse la porte cochère, sourit à ce jardin foisonnant où elle a trouvé refuge. « L’A bientôt » est déjà rangé dans son Pays Imaginaire. Reprendre le cours des choses. Rouvrir le livre à la page où on l’avait laissé. Se réjouir des belles choses. Ne laisser personne la faire souffrir. Jamais.
Comment savait-il tout ça ? Miracle d’écrivain ? Elle avait bien dû lui dire, quand même ?
La recette. Une réponse. Pas adaptée peut-être, mais qu’importe. Elle ouvre la page blanche virtuelle. La brume s’estompe un peu dans son cerveau. Les doigts automates caressent le clavier : « Elle se lève, embrumée des vapeurs de champagne rosé. L'arôme mielleux… »
13:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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