08.12.2009
Chaleur humaine
Les cloches de Vico, à nouveau, résonnent dans la montagne. C’est le rassemblement programmé autour de l’autel pour accompagner une dernière fois ceux qui partent. Les villageois peu à peu arrivent et se resserrent sur le parvis. Le vent insidieux est tellement glacial que, malgré le ciel outremer, le rayon de soleil ne réchauffera pas l’assemblée.
Le corbillard arrive, la famille… Le prêtre, dont l’aube blanche souligne avec fracas son africanité, vient à la rencontre du cercueil, mains ouvertes… L’église se remplit au son de l’orgue. A ma droite, la statue de Jeanne d’Arc m’accueille. Un clin d’œil pour la Rouennaise que je suis, et qui explique peut-être pourquoi je me sens à ma place ici. Je me cale au fond, avec ma consoeur, une demi-Rouennaise elle aussi. « Tu te rends compte, c’est notre première sortie ! », me glisse-t-elle à l’oreille. Je souris malgré ma tristesse.
Les paroles de l’homme d’Eglise, je les entends, je les connais un peu. A force. Certaines continuent à m’indifférer, voire me révulser – je n’aime pas les dogmes – comme la perpétuelle notion d’épreuve, de douleur, comme les considérations de Moïse sur l’obligation d’épouser sa belle-sœur veuve pour perpétuer la descendance… Pour honorer cette femme qui a perdu ses deux enfants à quelques années d’intervalle ? Est-ce adapté ? Qu’est-ce que ça vient faire là ? Un peu poussiéreux, comme la chorale qui s’époumone avec aussi peu de conviction que de justesse vocale…
Ah, ma dernière messe, en Martinique, où nous dansions en entonnant à pleine gorge des chants religieux tout enbiguinés…
Dans mon dos, je perçois cette masse humaine chaude, toute cette communauté qui m’a saluée lors de mon arrivée. Des voisins que je ne connais pas, qui se réjouissent de ma présence soignante et humaine. Je suis celle qui a redonné vie à la grande maison silencieuse sur la place du village, disent-ils. Spontanément, j’ai pris pour habitude de laisser toutes les lumières allumées le soir, pour distiller cette présence… Voici qu’aujourd’hui, ils réchauffent à leur tour ma peine. Je me sens un peu réconfortée.
Et puis vient le couplet sur la résurrection, la vie après où l’on est plus obligé d’engendrer – Quelle obsession !, la paix retrouvée… Je regarde le visage en bois peint de Jeanne figé dans l’extase et je pense à François qui a fini de souffrir. Qui croyait à cette vie sereine… Je me sens un peu réconfortée.
Car ce qui me touche dans la religion, peu importe son nom, - j’ai fait Shabbat à la synagogue de Rouen, Yom Kippour à Jérusalem, une cérémonie du souvenir bouddhiste à Paris ou la messe de minuit à Cancale - ce que j’aime, c’est ce sentiment d’appartenance communautaire, ce bref instant de communion qui efface tout : les différences, les griefs, les peurs, et même…la douleur sur l’instant. Oui, on peut ne pas adhérer à des pratiques, des croyances, des dogmes, mais s’en sentir un peu réconfortée.
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06.12.2009
Festival !
15:32 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : corse, journal intime, infirmière, cinéma
02.12.2009
Un ange passe...
Mon précieux ami François vient de s’éteindre après des années de lutte contre la leucémie qui le rongeait. Nous avons le même âge. Et j’ai envie de hurler ma peine. Il était le plus doux, le plus subtil, le plus gentil, le plus drôle, le plus attachant et le plus intelligent des hommes. Avec un courage énorme…
Quel régal que nos déjeuners en terrasse à Rouen, trop rares je m’en rends compte aujourd’hui, mais impératif à chacun de mes passages… Mais peut-on quantifier l'attachement au nombre de fois où l'on voit une personne ? Je ne l'ai jamais cru.
Il choisissait toujours des restaurants raffinés pour nos rendez-vous. A peine assis,ça pétillait au dessus de la nappe et dans nos yeux. Tout y passait en vrac : nos commentaires au vitriol sur la politique ou le voisin de table, nos envolées lyriques empreintes de philosophie, nos confidences intimes sur nos conquêtes d'un soir, nos amours durables ou impossibles, nos amis, nos emmerdes, nos peurs, nos fou-rires au bord des larmes… Car nous avions en commun d'être inconsolables et gais, de prendre avec humour et recul nos travers et ceux de la vie.
Il disait que je lui donnais du courage, que je l’aidais à avancer, à ma façon d’être toujours tellement vivante, de m'engager, de me battre au quotidien. Il m'apportait la délicieuse sensation d'être comprise; il me donnait envie d'ouvrir encore plus intensément mon esprit à la réflexion, à la culture, aux sensations...
Parfois, j’arrêtais de parler, net, tant son regard me fixait intensément. « J’ai l’impression de déjeuner devant une œuvre d’art quand je suis avec toi », disait-il. Quel compliment venant d’un homme aussi cultivé, qui passait son temps libre dans toutes les capitales de l’Europe pour se régaler d’Art ! Quel confort pour moi d’être en toute intimité avec un homme qui n’aimait des femmes que leur esprit ! J’entretenais avec lui une amitié homme/femme idéale, sans ambiguïté…
Nous nous étions promis, devant nos « doutes » à pouvoir nous fixer avec un compagnon, de finir nos vieux jours ensemble, dans un dispensaire en Inde. J’y aurai soigné… il y aurait instruit, voire évangélisé car les épreuves de la vie l’avait rapproché de D. ces derniers temps… il pensait entrer dans les ordres s’il survivait à cette dernière greffe… Ce chemin l’a aidé, beaucoup, et ça me réconforte un tout petit peu de savoir qu’il nous a quitté, l’âme en paix.
Dehors, le soleil, indécent de vie, a beau briller sur les sommets givrés, sous leur manteau de neige immaculée, je me sens orpheline, esseulée comme jamais. François, j’irai comme je t’ai promis au couvent Saint François de Vico me recueillir aux pieds de Notre Dame des Anges.
Tu sais que je suis agnostique, mais j’ai toujours cru aux anges, aux esprits, aux étoiles, à ces signes impalpables et inexplicables qui nous relient à un monde inconnu et bienveillant… Alors cette vierge là, en bois et plâtre, entourée d’anges en carton pâte, au cœur d’une chapelle d'albâtre dans le pur style Renaissance, elle me parle. Nous avions projeté ton voyage ici pour lui rendre hommage ensemble, après la guérison. J’irai seule. Tu m’as abandonnée, mais tu restes dans mon cœur…
A la grâce de Dieu, François !
22:31 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : corse, journal intime, infirmière, mort, vico, dieu
Pour qui sonne le glas ?
14h15 – la cloche de l’église de Vico se met en branle et sonne le glas. Une Vicolaise s’est éteinte hier soir. C’était notre patiente et je suis la dernière à l’avoir soignée, quelques quarts d’heure avant son décès. Je venais pour un soin de confort, sa santé déclinant rapidement depuis quelques semaines. Le médecin avait prescrit une pose de perfusion pour l’hydrater, car le manque d’eau dans le corps fait extrêmement souffrir à ce moment là, lorsque le patient ne mange ni ne boit ni n’urine depuis quelque temps…
Le mari m’attend, avec un large sourire d’accueil, mais dans ses yeux j’ai lu qu’il savait. Quinze jours en arrière, nous avions bien discuté. Il se sentait près et prêt. Elle aussi. Elle luttait depuis des années contre une maladie chronique incurable et avait déjà largement pulvérisé les diagnostics médicaux. Mais quand on arrive au seuil…
En entrant dans la chambre, je lis sur son visage le fameux masque qui fige les traits dans l’ivoire d’une cire mortifère. Très curieusement, c’est ma mère, qui n’a aucune activité médicale et qui abhorre tout ce qui touche de près ou de loin la maladie, la vieillesse et la mort, qui m’a transmis cette intuition des derniers instants. Pour elle, la maladie mortelle a une odeur que je détecte parfois… Quant au masque, je le reconnais bien maintenant. Il ne trompe guère… En touchant la patiente, j’ai senti, sans surprise, ses chairs flasques, abandonnées par la vie au rythme du sang qui refluait peu à peu.
Nous passons une heure, paisible presqu’harmonieuse, hormis les râles qu’émet la patiente, allongée, quasi-inconsciente. L’homme m’accompagne dans tous mes gestes : massages, effleurements, installation confortable… A sa manière pudique de montagnard endurci, il me sonde par quelques mots quotidiens pour savoir si c’est le moment. Je le regarde droit dans les yeux, où coulent sans retenue ses larmes, et ne lui laisse aucun doute. Il me raconte son dernier week-end, entourée des siens réconciliés. Elle a rit, parlé beaucoup… puis elle leur a dit adieu et a pleuré, beaucoup. Alors il lui a promis qu’il serait là jusqu’au bout, qu’il ne l’abandonnerait jamais. Elle s’est calmée.
L’homme s’est retiré juste le temps que je la pique pour mettre en place sa perfusion. Je pressentais que ce geste ne servait plus à grand-chose, mais quelque part, il confortait ma présence. Nous avions bien expliqué à l’époux l’utilité de cette perfusion, la qualité de soin que nous voulions lui offrir jusqu’au bout… Quoi faire de plus ?
Comme je lui avais expliqué précédemment, lorsqu’il mettait en doute en plaisantant mes compétences de toiletteuse, j’étais là exactement dans mon rôle d’infirmière à domicile. Je ne suis jamais venue seulement pratiquer une toilette ; je suis toujours venue également soutenir un couple dans l’épreuve de la maladie chronique, accompagner leur quotidien, expliquer, rassurer, alerter, réconforter…
Notre métier est avant tout d’accompagner des passages : de la santé vers la maladie, de la maladie vers la guérison, de la gestation à la naissance, de la vie à la mort… oui, nous sommes de toutes les traversées, les plus belles comme les plus rudes, bon gré, mal gré…
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26.11.2009
C'est cadeau !
"La vie est une vache qu'il faut savoir traire" Proverbe Peul

Villes et villages revêtissent leurs habits de lumière. Noël et la fin de l'année se profilent. Mais, en ce qui me concerne, les cadeaux sont déjà livrés :
Un déménagement pour une vraie maison, avec plein de pièces, une cheminée et une terrasse magnifique qui surplombe la forêt, à deux minutes de la plage où nous pourrons enfin prendre nos aises, respecter nos espaces, respirer, recevoir...
De jolis projets professionnels qui se mettent en marche: une formation en sophrologie sur mesure, adaptée à ma pratique, une antenne du réseau Diabète à développer dans mon canton, un regain de créativité littéraire...
Un entourage amoureux, amical et familial précieux qui m'équilibre et entretient ma pêche d'enfer...
Merci ma bonne étoile et mes petites fées.
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24.11.2009
De l'intimité
Intimité... A quel niveau la place-t-on ?
Lorsque j’ai commencé ce blog, le premier objectif était de donner de mes nouvelles à tous mes chers amis que je laissais derrière moi dans ma pluvieuse Bretagne. Ça me semblait le moyen le plus efficace. Et qui me procurait de plus l’intense plaisir de l’écriture, chevillée au corps depuis que j’ai 5 ans, âge auquel j’ai commencé à noircir des cahiers de petits contes, puis de nouvelles, de pièces de théâtre qui tenaient des saynètes enfantines que je mettais en scène avec mes sœurs et amies d’école le jeudi après-midi...
Très vite, l’exercice du blog est devenu jeu littéraire. A mes lecteurs qui s’étonnaient de ma façon plutôt libre de me livrer sur la place publique, je répondais que je m'adonnais malgré tout, et avant tout, à un exercice, une petite gymnastique de l'esprit. Jamais je n’y ai publié mon réel journal intime, que je tiens à la plume, comme il se doit, et dans le huis clos le plus absolu.
Dans mon blog, je cherche à retranscrire, avec la distance nécessaire pour protéger pudiquement mon intimité, des tranches de vie, des impressions, des idées dans lesquelles j’espère que tout un chacun et chacune peut se reconnaître. Ce qui semble être le cas pour les retours que j’en ai.
Rose bonbon
Mon dernier texte « Carnets roses »a suscité quelques réactions. On me parle de texte assez personnel… Que nenni ! Je n'y dévoile aucune réelle intimité. C’est encore et avant tout un exercice de style, puisque j’ai repris point par point les arguments d’un auteur, choquée par ses propos à mes yeux empreints de mésestime de soi, en les contournant ou inversant.
Ceux qui me connaissent savent que je mène depuis le début des années 2000, avec mes complices, photographe, peintres, graphistes, psychologues, auteurs, profs, esthéticiennes, infirmières… des recherches sur l’érotisme féminin. A ce titre, je me sens capable aujourd'hui d'émettre un point de vue éclairé.Je livre dans ce texte là, le fruit de réflexions et échanges avec d’autres femmes, et des hommes bien sûr, sur notre condition.
Au passage, je n’ai pas pu résister à la tentation de tordre le cou à quelques poncifs dont nous bassinent tant de magazines « féminins » soit disant, tant de livres, tant de fatras qui nous enferment encore un peu plus dans une image de femme « moderne » et « libérée » complètement erronée.
Sainte Benoite, vole à mon secours !
Alors, dépoussiérons les vieux mythes, cette guerre des sexes ridicule. Arrêtons, les princes charmants, les "vaut mieux être seule que mal accompagnée", les "elle a fait un bébé toute seule"... Arrêtons de fabriquer des générations de femmes qui confondent féminisme et féminitude, liberté et solitude, amour et sexe…Des Desperate Housewife des temps modernes, qui doivent tout assumer, maison, famille, sexe, carrière,et féminité calibrée, comme si notre "libération" nous devions encore la payer au prix de sacrifices énormes ! Comme s'il fallait toujours se construire "contre" quelque chose...
L’homme n’est pas l’ennemi qu’on capture à coup d’épilation et de cachotteries, en donnant une fausse image de nous-mêmes, lisse et polie de celle qui ne pète pas, qui est toujours bien coiffée, PARFAITE, quoi, comme Barbie, une composition toute tournée vers les soi-disant attentes de l’homme, qui nous bouffe une énergie folle, pour mieux le dominer ensuite dans un quotidien monotone et faux.
Certes, la pensée de l'homme, ses réactions ne sont pas semblables aux nôtres. C’est ce qui fait son charme. Voyons le comme un territoire nouveau à découvrir, au paysage changeant, pleins de surprises, bonnes et mauvaises à l’image de la vie. Un peu de créativité, que diable !
Pas comme l’ennemi qui laisse la lunette des WC levée – la belle affaire, après tout, nous la lui laissons bien baissée ! Ou celui qui n’écoute pas tout le temps nos belles paroles comme si nous étions la « chose » la plus intéressante au monde. Oui, c’est ça, le nombril du monde ! Nous en sommes déjà l’origine incontestée, c’est pas mal, non ? Alors sourions nous dans les miroirs, chouchoutons-nous, aimons-nous, respectons-nous, estimons-nous, soyons belles, intelligentes et équilibrées pour nous-mêmes, rien que nous même! Le reste viendra...
Le mot et la chose
Quant à l’intimité, qu’est-ce donc que cela ? Où sont ses frontières, ses limites dans ce monde moderne surexposé ? Est-ce juste montrer ce que les autres ne veulent pas voir gênés par leur propre pudeur ?
Le dernier propriétaire du tableau de Courbet, L'Origine du monde (1866) fut Jacques Lacan. Il l'acheta en 1955 avec l’actrice Sylvia Bataille, pour l’installer dans sa maison de campagne. Le premier geste du psychanalyste, tout comme les précédants propriétaires, fut de cacher la toile. Il demanda à son beau-frère, André Masson, de construire un cadre à double fond et de peindre une autre œuvre par-dessus. Celui-ci réalisa une version surréaliste de L’Origine du monde, intitulée Terre érotique, et beaucoup plus suggérée. Au final, depuis sa création, le tableau resta ainsi caché pendant plus d'un siècle... Il est aujourd'hui visible au Musée D'Orsay.

Que penser de cet escamotage subtil ? Qui a-t-il d'effrayant dans cette représentation, très réductrice il est vrai, mais combien symbolique de la femme ? Serait-elle physique, l’intimité ? Est-elle dans cette nudité crue surérotisée, pornotisée à l’extrême, à faire gerber, qu’on affiche à longueur de magazines, d’affiches, de films et qui sert de modèle à nos petites filles et nos petits garçons qui feront le monde demain ? Elle ne signifie plus rien, cette nudité là. Elle en devient sémiologique, au sens Barthien du terme.
Intimes convictions
Alors, moi qui était hier soir encore à l’heure où les gens bien pensant, calés dans le confort tiède d’un canapé mou (c’est une formule, Xav, rien de plus !), regardent religieusement leur émission du soir, espoir!, bref, cette lucarne magique qui déballe et viole à longueur de journée et d’onde l’intimité physique, morale et/ou sentimentale de ceux qui viennent se donner en pâture avec impudeur, pensant trouver là une catharsis ou pire une « notoriété » qui donnera un sens à leur vie, à cette heure-là dis je, je suis à genoux, le nez à quelques centimètres du postérieur flétri comme une vieille pomme rassie, enduit de merde nauséabonde pour être sûr de bien le nettoyer, plis par plis, pour que la vieille dame, abandonnée de tous dans une sordide maison de retraite, puisse dormir propre et confortable, pour que sa peau reste intègre et ne s’infecte pas, risquant de la faire basculer plus vite de vie à trépas…
Elle est où, là, l’intimité ? Je n’en sais fichtrement rien. Et qui peut le dire ?
Se cache-t-elle dans les sentiments, qu’on dévoile avec les yeux ou qu’on affiche, qu’on crie, qu’on chante, qu’on écrit, qu’on répand ? Est-ce qu’on dit tout avec les mots ? L'initimité serait-elle ce for intérieur, ce jardin secret où chacun range le meilleur comme le pire, le sordide, le pousse-au-crime ? Est-ce que ceux qui me lisent peuvent prétendre me connaître intimement, ou n'y trouvent-ils qu'un écho familier et universel de leur propre intimité ?
Ma certitude, c’est que l’intimité, c’est notre spécificité à nous, les animaux domestiqués et pensant. C’est ce qui donne à chacun de nous sa teinte, unique… ce qui donne humanité et proximité, qui fait qu’on reconnait l’autre comme "sien". Ce qui peut mettre du lien entre nous tous. Qui confine à l'universalité. Ou pas. Au gré des affinités.
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17.11.2009
Carnets roses
En surfant sur Facebook, je tombe sur un lien qui pique ma curiosité sur le mur de Ronan, l'organisateur des Féerotiques de Rennes : les carnets roses de Servane. [ www.servanevergy.blogspot.com ].
Bien sûr, je clique. En ligne, les 49 bonnes raisons pour choisir de vivre sans homme... Intéressant pour une corsarmoricaine qui n'assume pas tous les jours la vie à deux !
Et là, ce que je lis me fait bondir. Cuisine, épilation, manque de communication, les pets au lit, fidélité... tout y passe ! Vivre à deux me fait peur, comme à beaucoup de quadra. Parce qu'on a passé l'âge des compromis sans avoir acquis encore celui de la patience et de la sagesse bienveillante. On veut tout ! Vivre seule, mais à deux !
Mais là, tant de poncifs m'hallucinent.
Alors voici ma réponse, mes bonnes raisons pour vivre avec un homme, à nouveau. Attention, âmes sensibles, s'abstenir !
- Pour parler, pas seulement toute seule. C'est vrai ceux qui me connaissent savent que je suis capable de parler même aux murs; ça ne me dérange pas. J’ai besoin de parler seule… Pour réfléchir. Mais à deux, c'est sympa aussi. Il suffit de s’assurer avant que l’homme est sur le mode « réception » pour engager une vraie discussion. Le mien adore écouter mon babillage… Enfin, c'est ce qu'il affirme. Les jours où il est réceptif...
- A celles qui pensent qu'on a des comptes à rendre quand on est avec un homme, je réponds que non. Je n'en ai à rendre qu’à moi-même. Et à personne d’autre. Après, c'est question de respect vis à vis de l'autre.
- Pour tester les recettes de cuisine les plus improbables et surtout pour lui laisser le manche de temps en temps… de la casserole
- Pour passer des soirées au téléphone avec les copines ou avec ma famille quand l'homme est retenu à l’extérieur.
- L’infidélité est une question de point de vue. On peut être fidèle à l’homme qu’on aime et s’autoriser un toy boy… de temps à autre, non ?
- Pour être prise en flagrant délit de petits mensonges, en rosir comme une pucelle effarouchée en baissant les yeux, en espérant l'attendrir. Au pire, une petite fessée... Vite fait !
- Pour recevoir des cadeaux, des sourires, des compliments.
- Pour partager le loyer d’un immense appartement où chacun aura son espace.
- Pour ce qui est de lâcher des gaz, sujet qui semble tracasser beaucoup de filles - j'en ai connu qui prétendaient ne jamais le faire- , c’est tellement bon, que l’homme qui ne comprend pas ça est un sombre crétin, qu’il passe son chemin !
- Pour pouvoir rentrer malade comme une chienne et se laisser soigner par son homme, avec patience, tendresse et douceur, quel pied !
- Pour dormir en cuillère, complètement imbriqués et se réveiller, les yeux dans les yeux, avec un large sourire en se déclarant chaque matin notre amour.
- Pour adopter une bonne fois pour toute les bouchons d’oreilles, seule garantie pour un sommeil réparateur, seule ou accompagnée, si, comme moi, un battement d'aile de papillon vous réveille. Et ronfler plus fort que lui.
- Pour qu’il nettoie régulièrement la baignoire jonchée de mes cheveux ; parce qu'il déteste ça, une salle de bain sale !
- Pour s’épiler avant tout pour soi-même, parce que c’est joli, c’est plus doux au toucher et ajoute à notre intimité une sensualité nouvelle. C'est une hygiène perso, comme s'enduire d'huile parfumée pour être doucissime... pour le plaisir de se sentir belle et soyeuse. Et non pas uniquement parce qu'on a une partie fine en vue. Et puis, soyons honnêtes, perso, je n’ai jamais vu un homme me refuser une partie de jambes en l’air pour quelques poils…
- Pour vivre plusieurs vies à la fois : Beaucoup la mienne, un peu la sienne, et tendrement la nôtre...
- Pour rêver que la formidable puissance orgasmique que nous développons ensemble pourrait me féconder un jour, à l’insu de mon plein gré.
- Pour tchatter sur Meetic et Cie ensemble, histoire de voir ce qui existe sur le marché. D'échanger nos points de vue de mateurs invétérés.
- Pour avoir le plaisir de repérer mes sites coquins préférés et les partager avec lui. Ou pas !
- Pour me caliner quand je veux, où je veux, avec lui, sans lui, ou pile quand je sais qu’il va me surprendre… et surtout pas en cachette. Et laisser trainer mes jouets intimes sur l’oreiller, en sachant qu’il appréciera que je me sois donné du plaisir. Même sans lui.
- Pour partager l'intimité de la salle de bain et le regarder prendre sa douche en douce ou mater ses fesses pendant qu’il se rase. Miam !
- Pour constater qu’il y a des hommes bien élevés par maman qui laissent la lunette des toilettes à sa place. Baissée.
- Pour ne pas être obligée d'aller coucher ailleurs. Je suis trop bien dans mon lit.
- Pour avoir des amis mâles sans arrière-pensées
- Pour ne pas avoir à se justifier quand on n’a pas envie de faire l'amour, parce que c’est un homme intelligent.
P.S. En plus, la Servane en question est une petite joueuse : elle effacé le commentaire que j'avais laissé sur son blog, la copie de celui que vous venez de lire... Faut le dire quand on se sert d'un blog juste pour se faire de la pub et non pas pour échanger... Shame on you !

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04.11.2009
L'AGHJA
Mot Corse, l’aghja désigne une surface plane le plus souvent exposée au vent, près d’une vieille maison, où l’on battait le blé.
La place de mon village ressemble à un théâtre antique à la Woody Allen… J’emprunte juste à mon auteur new yorkais favori sa référence au chœur antique, totalement détourné dans « MAUDITE APHRODITE », puisqu’à la fois le chœur y tient le rôle d’un personnage à part entière et à la fois, en soulignant l’intrigue, il remplit son rôle de catharsis, avec une grande légèreté comique. Oui, Aristote se reconnaîtrait dans ce qui se joue sous les fenêtres de ma demeure ancestrale et néanmoins cossue – construite par un comte italien, l’ai-je déjà dis ? Il s’y déroule une vie intense dont les codes pour beaucoup m’échappent encore. Mais je perçois combien chaque fait et geste est commenté à haute voix par ceux qui à leur tour, deviennent l’objet des commentaires d’autres…
Tout d’abord le décor. Cette place s’organise autour d’une fontaine, dont le clapot berce mes nuits montagnardes, surmontée d’un homme d’église, gelé dans le bronze, bras levé dans une posture que j’imagine être celle de la bénédiction, au vu de ses deux doigts tendus un peu comme le « V » de la victoire respectueusement inclinés vers le sol, mon éducation religieuse ne me permettant guère une analyse des plus fines. Deux arbres, pour l’ombre, deux bancs publics, pour s’asseoir, deux jardinières municipales faméliques, pour décorer ? Et quelques places de parking. Huit pour être précise. Deux manœuvres et c’est l’embouteillage.
Autour, on ne dénombre pas moins de trois cafés, dont un se targue également de restaurer ses clients, une épicerie - fleuriste, un marchand de journaux, une boulangerie, une ancienne boucherie – galerie d’art reconvertie en traiteur 3 ou 4 jours par semaine, un cabinet d’architecte-maçon, et un office de tourisme que je n’ai jamais vu ouvert à ce jour.
La vie s’éveille très tôt, pour une infirmière qui se couche très tard… Dès 6 heures, le moteur du car de ramassage ronronne un bon moment sous mes fenêtres. Il fait le plein de village en village pour acheminer les lycéens à Ajaccio. Le premier bar ouvre ses portes. C’est un ballet de camion et 4x4 qui prend alors le relais. Employés municipaux ou de l’Etat, cantonniers, postiers, livreurs, il me semble que tout ce que le village compte d’actifs se retrouve autour d’un café. Ca s’appelle, ça discute, ça magagne, ça rit, ça klaxonne. Dès le matin, le Corse a le verbe haut, ce qui fait que dans mon demi-sommeil, j’ai l’impression d’assister à un pugilat matutinal. Il n’en est rien. C’est juste la façon sudiste de s’exprimer. Le week-end, ce sont les aboiements et les grelots des chiens qui me réveillent. Les hommes vont à la chasse… Les sangliers n’ont qu’à bien se tenir.
Quelques quarts d’heures plus tard, les femmes qui investissent la place. La boulangère assise sur le banc, un œil rivé sur la porte de la boutique pour surveiller le client, papote avec celles qui veulent bien s’asseoir un instant près d’elle. La place a rarement le temps de refroidir. Et bli et bla… Tout y passe. Les nouvelles fraîches, comme ce matin un décès, le troisième du mois d’octobre !, dont l’annonce se répand de porte en porte à la vitesse de l’éclair, et madame unetelle qui a fait ça, qui a dit ça… Dans l’épicerie se tient encore un autre forum, ainsi que dans chacun des bars. Tous les pia-pias se croisent et s’entremêlent au gré de celles qui passent, cabas sous le bras.
Puis, selon le jour de la semaine, les commerçants ambulants font leur ronde : à qui le poisson frais du joli port de Sagone, station balnéaire du village, à qui la charcuterie… A midi et demi, l’agitation cesse peu à peu. Les tenanciers baissent le rideau, l’un après l’autre. C’est le temps du repli, l’heure de s’alimenter et de sacrifier au repos post-prandial. La vie ne reprendra son cours qu’à partir de 16 heures. Avec la sortie des écoles, résonnent les cris et les rires des enfants. La halte à la boulangerie est de mise. Suivra l’apéro à rallonge, où l’on tape le carton dans la tiédeur épaisse d’une salle de café éclairée au néon, qui fait office également de refuge pour quelques mouches apathiques et insistantes, en quête de chaleur humaine dans cet automne humide.
Et moi, au milieu de tout ça ? C’est l’heure où ma journée d’infirmière du soir commence. Je traverse la place comme une scène de théâtre, les regards fixés sur moi. Curieux et bienveillants. D’où elle vient ? Que fait-elle ? Les volets sont encore fermés ? A cette heure ? Je suis l’attraction, la nouvelle. Je suis sollicitée à chaque terrasse. « Assieds-toi prends un café. Parlons un peu… » L’accueil semble très chaleureux et sympathique pour une primo arrivante. Mais chaque mot prononcé sera gravé et utilisé. J’ai mon rôle à tenir, en tant que « belle-fille d’Angèle ». J’ai été rapidement « casée », car la filiation fait tout dans les villages. Il me fallait une «racine vicolaise ». Je l’ai adopté sans états d’âme, parce qu’Angèle est un amour de femme avec un caractère trempé dans l’airain. Comme j’aime. Grâce à sa générosité, j’habite et je fais vivre l’ancienne Maison du Peuple, où l’aïeule de mon compagnon prodiguait soins, conseils et réconfort aux villageois. Je ne pouvais rêver plus belle carte de visite !
Alors je me la joue discrète. Souriante et polie. Mais discrète tant dans le verbe que la tenue. Je me réfugie derrière le travail et les murs du grand jardin pour échapper à la convoitise villageoise. Je me sens déjà assez exposée en passant de maison en maison pour prodiguer mon art. Et je garde pour Ajaccio mes extravagances. Vivons heureux. Vivons caché.
P.S. Dans le rôle de la statue : Msgr Xavier Toussaint Raphaël Casanelli, né à Vico en 1794, evêque d’Ajaccio de 1773 à 1775
Merci à François, dont le Café National et l'accès WIFI me permet d'avoir un vaste et sympathique bureau au coeur du village. www.cafenational-vico.com
11:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, infirmière, corse, woody allen
28.10.2009
Carnet de sortie
11:29 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, infirmière libérale, corse, cinéma
Intégration
Enfant, je voyais les copines infirmières de mon père dans son cabinet de kiné. Elles avaient toutes une pêche d’enfer, une belle allure de femmes soignées, un rythme allègre pour parler, marcher, rire…
Aujourd’hui, j’ai intégré un cabinet où je retrouve le même type de femmes. Et je perçois ce que la toute jeune fille que j’étais admirait tant: ce parfum d’indépendance, de liberté, d’autonomie, cette force vitale qui nous pousse toutes… Parce que je suis une des leurs maintenant.
Où puisent-elles cette force ? Depuis 15 ans, elles sillonnent les routes de montagne par tous les temps, dès 6 heures du matin. Elles poussent les portes des maisons endormies avec un large sourire, un bonjour tonitruant où perce toute la cordialité qu’on peut mettre dans un simple mot. Leur lot quotidien ? la maladie, la douleur, le sordide… la matinée s’achève souvent à 14 heures. Si tous les patients vont bien. A 17 heures, elles reprennent le collier jusqu’à parfois 22 heures.
« Au début, on faisait ça 7 jours sur 7… je ne sais pas comment on a tenu », me confie l’une d’elle, le regard songeur. Aujourd’hui, ces quadra dynamiques le font une semaine sur deux. Je les admire. Entre nous, on se glisse quelques mots sur nos difficultés, un peu d’arthrose, une tendinite rebelle, un gros rhume… mais rien n’y fait : il faut être sur le terrain, avec le sourire. « Nous sommes de bons petits soldats, n’est-ce pas ? » ironise une autre en s’interrogeant sur la dose de masochisme qu’il nous faut pour épouser cette carrière.
Alors pourquoi ? Pour le sourire qu’on a en retour, la sensation de faire du bien, d’aider son prochain, d’être utile… Sans oublier les petites attentions ! En 2 semaines d’exercice, ma voiture se transforme certains soirs en garde-manger. Raisin juteux cueilli sur la treille, châtaignes encore tièdes, cuisseau de marcassin, cake maison, confitures… Mes premières offrandes m’ont laissée un peu gênée. Pas facile de recevoir quand on vient juste faire son boulot.
Mon compagnon m’a donné une clé pour comprendre. Dans les montagnes, le troc a toujours été de mise. L’infirmière apporte son savoir-faire, mais aussi son énergie et son aide. Car tous ici ont une conscience aigue de l’importance de notre service. Comme le facteur et le commerce de proximité. Sans nous, c’est l’abandon de leur domicile, de leur village. Nos patients savent que rien ne nous empêchera de venir les soigner. Les offrandes sont une façon de nous remercier pour ça.

Nous mettons également du lien social. Comme quand nous allons dans un hameau perché sur un piton rocheux, loin de toute civilisation puisqu’il faut sillonner 10 km de piste dans un paysage hallucinant de beauté sauvage pour l’atteindre. Les 5 familles qui vivent là sont en autarcie, ni eau, ni électricité. Nous, nous y sommes tous les jours. Parfois avec le pain, le journal…
Voilà d’où nous puisons notre force, notre énergie, de ce mélange de gratifications, de ces paysages époustouflants, du sentiment d’appartenir à un grand tout et de contribuer, modestement, à le faire tourner correctement.
10:37 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, infirmière, corse




