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29.12.2007

La magie de Noël

Joyeux Noël !

24 décembre. Ajaccio crépite et pétarade au rythme des pétards et des feux d’artifice. Cette ville semble décidément fiancée à la poudre… S’habitue-t-on à cette ambiance étrange ? A sursauter à chaque explosion ? Aux façades éventrées cernées de rubalise rayée rouge et blanc, comme un gros paquet cadeau et aux artisans qui passent les jours suivant pour prendre les mesures, reconstruire, en attendant le prochain plastiquage ? A croiser à deux pas du centre ville des hommes en treillis et carabine à l’épaule, parce que la chasse est un sport national ? Au ballet de l’hélicoptère qui se pose à l’hôpital, juste en dessous de ma chambrette ?

Dépaysement total ; contraste violent entre cette nature sauvage, puissante et l’acharnement des hommes à lutter contre leur condition d’îliens. Loin de tout, repliés sur eux-mêmes, dépendants d’un continent qui ne tient pas ses promesses d’Eldorado et se contente de subventionner plutôt que de développer… Jusqu’à quel point la réalité corse ressemble-t-elle à ce qu’on m’en raconte ?

Je trouvais ma Bretagne granitique et timorée dans sa croissance touristico-économique. Il existe en Corse un potentiel extraordinaire, à jouer sur un terme bien plus long que le seul mois qui chevauche juillet et août exploitable en Armorique. Mais rien ne semble abouti. En terme de développement durable, de tourisme haut de gamme, de gamme de services…

Je ne peux m’empêcher de repenser au syndrome Mont-Saint-Michel que j’ai découvert en vivant sur le port de Cancale. La manne touristique tombe. Quoiqu’il arrive… Alors pourquoi se donner du mal pour le client ? Et au nom de quoi accepter cette schizophrénie qui consiste à accueillir une population démultipliée quelques mois par an ? Donc à entretenir des équipements surdimensionnés à l’année. Et anticiper. Innover. Se remettre en question pour durer. Encore et toujours…

Monday, bloody Monday… and thuesday… and not wednesday !

Rude semaine de travail. J’ai enfin découvert l’autre face de mon travail ; celle que mes collègues semblaient inquiètes de me voir découvrir. De peur que je reparte sur mon caillou malouin en courant.

Le ton est donné lundi. Je tourne avec une diplômée de décembre, comme moi. Manque de matériel (Qui a zappé la livraison hebdomadaire de gants, sparadrap & co ?) ; nouvelle patiente en soins palliatifs impossible à perfuser, anxiété aigue de son époux à gérer… appeler le médecin ; négocier une place à l’hôpital ; joindre les ambulances… nous accumulons deux heures de retard sur le planning. Ce qui décale d’autant les autres rendez-vous. Impression de ramer. Stress.

La femme du patient suivant, peu rancunière, nous prend en pitié et nous offre un chocolat chaud et une tranche épaisse de Panetone : il est plus de midi. D’habitude nous passons vers 10 heures… Nous prenons les quelques minutes nécessaires à recharger nos batteries. Prendre soin de soi pour prendre soin des autres.. Cette pause à le parfum des goûters de Noël de mon enfance. Petites bouchées de bonheur, extrêmement réconfortantes…

Je quitte le travail à 15h30, tendue et affamée malgré tout. Et je file en ville grignoter un morceau et suivre la Parade de Noël où je retrouve des copains et leurs petites filles. Enfants, musique, bonbons, neige artificiel en plein soleil (il fait 18° !) Le sourire me revient aussitôt…

Par contre, réveillon express devant un bon film de Klapisch et gros câlins aux chats de ma voisine. Dodo à 21h.

Trop forte la nouvelle !

Parce que mardi, c’est la même tournée, mais je suis la seule infirmière. L’aide-soignante qui m’accompagne se transforme vite en ange gardien. Elle me pose, rationalise.

Nous prenons soin ce matin d’un nouveau patient en soins pallia. Qui se déperfuse pendant la toilette. Je suis seule. Pas question d’échouer cette fois. Sinon, je sais que c'est le 15 direct. Je passe presque une heure de plus que prévu. Je ne connais pas les lieux. Le manque de repères est mortel quand il y a une « urgence ». Pas de matériel adapté : jamais vu d'opsite encore ici; même pas de sparadrap; pas de prolongateur pour relier la perf... je chope des strips dans un set à sondage déstérilisé, une tubulures à seringue électrique que dans la précipitation j'ai failli oublier de purger... Et oui ! C’est pas l’Afrique, mais c’est pas le Chu de Rennes non plus en HAD…Prescriptions orales, oh, horreur ! de potassium (au… secours !).

Mais je me recentre et, oui, mes cracottes adorées ! oui, mes formateurs vénérés ! je pose enfin avec succès ma première perfusion sur un patient aux veines plates comme la Hollande et la Belgique réunies ! Yes ! Pas peu fière, la blonde !

Par contre, la tubulure méga fine pour passer les 2 poches (et oui un Ringer et un G2,5% en même temps, sur la même voie pour corser le tout !), c'est pas top. Lorsqu'une poche ne remplit pas l'autre, le débit n'est pas respecté. Pfff...

Bricoler, m’adapter, me positionner… ces deux matinées m’apprennent ce qui va déterminer ma réussite dans ce métier. En 3ème semaine, il est temps que je m’affirme. Je suis une professionnelle. Je dois m’appuyer autant sur mes droits et devoirs que sur mes savoir-faire. Pour ne pas être grignotée par les familles, par mes collègues, par mes supérieurs. Droite dans mes bottes et sûre de mes actes.

Parce que chacune de nous à une lecture différente de son rôle. Or, en HAD, il est essentiel que toute l’équipe ait le même discours et suive la même ligne. Difficile d’éviter les petits passe-droits. Il convient donc de distinguer les adaptations qui font partie intégrante de la prise en charge globale d’un patient et celles qui portent préjudice à notre fonctionnement global, donc à terme, au même patient.

 

Par quel moyen y arriverons-nous ? Nous en parlons, nous réfléchissons… parce que ce qui m’a attirée dans cette jeune structure, c’est que chacun des employés peut apporter sa pierre à l’édifice.

Légère, légère…

26 décembre - Repos ce soir pour 48 heures. Je me sens en week-end. Bien qu’on soit mercredi. Je prends en main mes affaires. Banque, courses de Noël (et oui, mes petits neveux à chérir !), et petit plaisir : un rendez-vous chez une esthéticienne recommandée par ma logeuse. Surprise : ici, on propose d’emblée l’épilation intégrale pour le maillot. Avec une petite fantaisie possible… Je suis bouche-bée.

L’approche du corps me semble bien différente de ce que je connaissais dans mon pays de vent et de granit. Non seulement ici on est dévisagée très attentivement, mais je teste aussi depuis mon arrivée une grande spontanéité dans le toucher. Très vite, on me touche, qui le bras, l’épaule ou même la joue… homme ou femme.

Comme j’ai le contact facile, ça ne me gêne pas. C’est même chaleureux et réconfortant.

Mais ça créé une familiarité qui pourrait se révéler gênante parfois. Comment se faire respecter d’une surveillante qui vous embrasse comme du bon pain ou d’un homme qui vous effleure vite fait la joue comme il vous dirait « il fait beau aujourd’hui » ?

Apprendre, again & again…

23.12.2007

cache-cache

Concernant mon joli pansement, bien évidemment, j'utilise du Jelonet pour mécher la plaie, donc autour de la colo. Mais comment placer du tulle gras sur la colostomie ? Moi pas comprendre. Trop blonde...

Et qui se cache derrière le surnom d'Omoplate ? Mystère. J'alunis juste dans l'univers du blog et ne sais pas comment répondre aux commentaires. Si quelqu'un peut m'aider...

Je découvre donc la Corse sous son visage pluvieux. C'est presque pire que lorsqu'il pleut à Rouen. Ou du moins ça y ressemble vraiment bien à ma Normandie natale. Le ciel est super bas et donne l'impression qu'il ne sera plus jamais bleu... Il ne fait pas vraiment froid mais il tombe de grosses gouttes épaisses qui roulent, emportant toutes les poussières et les crasses sur leur passage...

Alors je suis restée calfeutrée dans ma chambrette, à part une petite incursion sur la plage, le temps d'une partie de ballon avec une malicieuse labrador de ma connaissance. Parce qu'ici, contrairement à Saint-Malo, mes chiennes me manquent. L'endroit se prête si bien aux longues balades dans les dunes de sable...

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Un aperçu de l'actuelle chambrette que me prête ma cousine, dans sa casetta typique des bergers corses. 

 

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Merci Elena pour ce joli cadeau, idéal pour un week-end cocoon, et comme on peut le voir, sexy en diable.

 

 

Et juste cette nuit, vers cinq heures... Boum et re-boum. Réveil en fanfare, comme un coup de tonnerre qui claque et résonne à l'infini dans les montagnes: Ajaccio saute ! Va falloir s'habituer...

La Trésorerie et les commerces alentours sont détruits pour la énième fois. Je suis attérée. J'essaie de me faire expliquer. J'entends "guerilla, lutte armée, pression politique"... Plus j'en apprends, moins je comprends. Mais je ne désespère pas. Qui peut prétendre comprendre et connaître un pays aux mentalités si prononcées et différentes de ce que je connais en 25 jours ?

Et dire que demain c'est Noël... Et que j'attaque à 7H.

Joyeuses fêtes à tous et à toutes !

22.12.2007

C'est la fête à la genouille !

Voilà, grasse matinée pas volée...

La tournée d'hier matin est une des plus lourdes. Cassée la petite infirmière !

Des grosses toilettes, un pansement de folie (pour les initiés : nécrose autour de colostomie, avec méchage et tutti quanti. J'ai pris un pied fabuleux, parce qu'après mon mois de stage en chir digestive, je me la suis pétée grave !!! Par contre, un protocole bétadine sur une plaie propre... je m'interroge. Je me demande comment protéger la muqueuse de la colo... un peu de pâte à l'eau ? Déjà, on a décidé de le refaire toutes les 48 heures désormais. Tout avis est le bienvenu. Merci !)...

Bref ! même la sieste de 14 heures ne m'a pas reposée.

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Et même pas le temps pour prendre un petit thé en terrasse sur le port ! Trop dur...

 

 

 

 Donc petite fin d'après midi en centre ville... Parce qu'après mes journées, j'ai besoin de monde, de lumières, de bruits quotidiens... C'est mon sas de décompression.

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Place Foch, coeur de la ville commerçante, d'où part la rue Fesh, une voie piétonne où se nichent des petites boutiques d'enfer, les filles ! Vivement les soldes...

 

 

 

 

Little shopping place Foch, enfin juste essayage vu l'état des finances. Horreur ! Je ne fréquente plus mon club de gym préféré depuis un mois, et je n'aime pas le léger arrondi de mon ventre qui déforme l'adorable petite robe grise en dentelle d'alpaga... Je décide qu'elle n'est pas à ma taille et trace ma route. Dégoutée, la fille.

Alors, je me fais offrir un thé par un copain, rencontré samedi dernier (un danseur de salsa et de rock hors pair, Linda !), sur la place du Diamant, face à la patinoire en plein air qui surplombe la mer et les palmiers.

Lui aussi décompresse de sa semaine bien chargée (il travaille dans le paramédical également).

Nous rigolons comme des petits fous. Il m'explique une théorie passionnante sur les couleurs de shakras (j'ai pensé fort à toi, Aude, ma sorcière préférée)... Bref, léger et sympa. Tout à fait ce qui me fallait.

Et je file grignoter une pizza chez ma voisine, l'étudiante en soins infirmiers en saison 2 à qui je dois ce travail.

Soirée Bridget Jones au programme : nous descendons à nous deux une bouteille rouge corse qui délie bien les langues (ok, ça va ! Je sais que je n'ai pas besoin de ça pour parler. Arrêtez, de vous moquer de moi, les copains !).

Nous refaisons le monde : la vie, l'amour, la mort...

Elle me livre en vrac quelques régles de la vie en Corse : la place des femmes; les liens ambigus entre Sarko et Colonna; l'esprit de village qui règne à Ajaccio avec ses potins, ses jalousies ; le mystère que je vais devoir entretenir autour de ma façon, une peu dérangeante il est vrai, de concevoir ma vie de femme libre, indépendante et entière (n'est-ce pas Anabel ?)...

Je mesure que j'ai encore beaucoup à apprendre sur moi et les autres. Sainte Benoite Groult, priez pour moi !

Et puis voilà, ce matin il pleut. Et de la grosse pluie qui mouille... Et oui, même le paradis a ses petits moments de grisaille... 

C'est mon deuxième week-end de repos. Ca ne durera pas. Alors je vais en profiter...

A suivre...

20.12.2007

Ca y est ! Je suis une grande fille...

Waouh ! Quel plaisir ! Premiers pas... Premier blog et que du bonheur... N'hésitez pas tous à mettre vos commentaires (tout simple, cliquez sur le lien rouge en bas de page) et me donner par ce biais de vos nouvelles...

Aujourd'hui, j'ai fait ma première tournée seule. Comme une grande.

Démarrage à 6h45. Il fait -2°... Haute concentration pour retrouver ma route, car c'est une tournée entre campagne et montagne qui m'attend. Et le temps est compté. Mes patients sont aux petits soins : ils me guident dans mes tâches matutinales, m'expliquent ou plutôt me font répéter le chemin qui me mène au patient suivant pour s'assurer que la "pinssoutte" que je suis ne va pas s'égarer dans le maquis... Le jour se lève : il fait grand beau.

Petit quart d'heure de pause : je fonce au Port d'Ornano où m'attend ma petite terrasse ensoleillée. Un thé, deux biscuits... Il fait presque 18°.

Et puis je repars vers les montagnes. Notre centenaire ne cesse de fuguer. Elle a chuté. Le kiné lui masse la main... Je bichonne la vieille dame espiègle : massage à la crème de rose, parfum, coiffure... Elle se sourit dans la glace quand je lui dit qu'elle est jolie. "J'étais si jolie autrefois...." Il faut tendre l'oreille, entre l'accent que je ne décrypte pas encore et le dentier qu'elle refuse de mettre ce matin... Sa fille surgit, clop au bec. Fatiguée. M'offre une brassée de mandarines, branches et feuilles comprises... La prochaine fois, elle me donnera la recette des orangettes maison.

Repartir... On the road again. Toujours plus concentrée, car la conduite ici s'apparente au sport. Routes en lacet, dévalées à toute allure... Comme en Martinique (N'est ce pas Asy ?), le meilleur refuge réside dans la fuite, et les fossés sont ici très accueillants. En ville, le danger vient de la droite. Il y a des priorités partout... Sauf qu'ils s'arrêtent avant de passer; donc la pinssoutte, elle s'engage... et bing ! (désolée Fred !)

L'autre source de danger, ce sont les doubles ou triples files. Le Corse ne recule devant rien : une course à faire, un petit café à boire, un pote sur le trottoir d'en face: pas de soucis. On pose la voiture en vrac et puis c'est tout ! Moralité : Ajaccio est un embouteillage géant la plupart du temps. Je n'ose pas imaginer ce que je vais subir en saison touristique ! Mais bon, je commence à trouver mes petits raccourcis. Et puis, moi aussi je pourrai bien, un de ces quatre, me garer aussi en triple file ;-))

 

19.12.2007

J'entends le loup, le renard et la belette...

Premier pas d'infirmière en Corse.

 

Le concept d’Hospitalisation à domicile me plaisait d’avance. Prendre soin du patient dans son contexte : quelle meilleure garantie pour offrir un service de qualité puisqu’il englobe tous les besoins de la personne malade ? Impossible de faire abstraction de l’impact de la maladie chronique ou du handicap sur sa vie professionnelle, affective, sociale, familiale… s’adapter sans cesse à son état, son environnement, à ses proches ; les écouter, les éduquer, les soutenir dans l’épreuve qui les frappe ou dans les difficultés quotidiennes.

 

Exactement ce que je cherchais à mettre en pratique après trois années et trois mois d’études harassantes et presque douloureuses dans le cadre du CHU de Pontchaillou où l’enseignement me semblait en telle contradiction avec mon vécu de stagiaire dans le cadre hospitalier. Car il fallait alors se plier à un rythme soutenu, pas toujours justifié à mes yeux, à une déshumanisation des soins, en un mot, à des valeurs aux antipodes des miennes. Et subir de plein fouet les reproches soutendus ou du moins les jugements de mes futures collègues puisque j’osais déjà m’affirmer « différente ».

 

Quel soulagement, donc, au bout d’une petite semaine de pratique de me sentir enfin en adéquation avec mes aspirations ! D’intégrer une équipe qui partage mes engagements et mes façons d’envisager mon travail ; de me sentir accueillie et reconnue par mes pairs, plus jeunes et plus expérimentées que moi ; de me découvrir capable, assurée, responsable, écoutée parce tout ici se fait dans l’échange et le partage.

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L’idée de venir travailler en Corse me plaisait également. Plus intuitivement, je savais qu’entre mer et montagne, je pourrais m’épanouir. Et combien !

Le travail est peut-être rude, nécessite de grandes capacités d’adaptation, de concentration et de résistance physique et morale. Mais ma récompense, outre le fait de refermer la porte du patient avec le vrai sentiment du devoir accompli, c’est l’entre-deux « chambres ». Ces merveilleux sites qui suffisent à me scotcher un sourire perpétuel au visage, comme ce lever de soleil sur la baie d’Ajaccio et son ballet des ferries ventrus, ce coup d’œil volé sur les sommets enneigés avec le ciel azur en toile de fond, ou ce petit village d’Afa, à flanc de colline, blotti sous les figuiers et les orangers chargés de fruits, immobile depuis la nuit des temps dirait-on… La petite pause café avec, en guise d’office comme on dit à l’hôpital, la terrasse du café – tabac – épicerie du coin, baignée de soleil…

 

Et puis découvrir de l’intérieur l’accueil made in Corsica. L’appartement grand bourgeois ajaccien dont le charme suranné arrive à faire oublier les sept étages à pied, le pavillon de banlieue où m’attendra toujours un petit crème après les soins du matin (et oui, moi, la grande buveuse de thé, je n’arrive pas à résister à une tasse gentiment offerte) ou le pomelos mûr à point, tombé de l’arbre ce matin, la villa méditerranéenne, la masure ou la ferme…

 

Derrière chaque porte m’attend un nouvel univers, de nouvelles surprises. Monsieur I., qui cache son angoisse derrière un accueil bourru et que j’amadoue durant mon quart d’heure de soins ; Monsieur M. qui me teste parce que je suis « la nouvelle » et m’oblige à montrer fermement les limites à ne pas dépasser (mais d’où me vient ce nouveau caractère, cette façon de m’imposer avec le sourire mais sans appel ? Merci à vous, mes formateurs et formatrices ;-).

 

Nous partageons les joies et les petits drames ordinaires. Comme la consternation, ce matin, de la fille de Madame B., adorable centenaire : cette nuit, une belette s’est introduite dans le poulailler et a tué ses 20 poules. Le coq, lui, est au bord du collapsus, mais vit toujours. La maison est « sang dessus-dessous » car le sol de la cuisine est jonché de poules mortes. Il y a du sang et des plumes jusqu’à devant la cheminée où nous installons Madame B… Il nous faudra des trésors de diplomatie pour refuser les deux poules que nous offre la fermière affligée. Je ne me vois pas passer mon après-midi à plumer la bestiole, la vider, lui brûler les picots… Pour l’avoir déjà fait, je sais combien ça serait long et désagréable pour la novice que je suis. Si encore elle me la plume… Nous l’abandonnons pendue au téléphone, proposant ses poules à plumer tout le voisinage… non sans avoir fait honneur aux sablés de Noël qu’elle nous offre à défaut du volatile et que nous ne pouvons refuser…

Oui, ce quotidien me délecte alors que je ne fais qu’effleurer les choses. Car je perçois déjà combien je vais devoir apprendre pour décoder toute cette vie îlienne, qui se joue sous mes yeux pour l’instant amusés. Sous le rire, on n’est jamais très loin du drame dans le Sud…

 

A suivre...

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