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05.02.2008
GROSSE FATIGUE !
Voilà, c'est fait ! 72 heures sur le continent pour faire le tri. Mettre 15 ans de ma vie malouine dans des boites à archives en carton. Y ranger mes premiers métiers, mes liens de mariage rompus, mes amis, mes joies et mes peines... Rude boulot en si peu de temps. Plus rude que je ne l'imaginais.
Puis choisir ce qui sera indispensable dans ce qui reste pour ma nouvelle vie. Le défi ? Tout tiendra dans 1m3. La voilà bien, l'aventurière, la no-material girl... Les objets en soi ont peu d'importance. Leur seule valeur est sentimentale ou affective.
Je sème à gauche, à droite selon mon habitude vitale de laisser ma trace, encore et toujours. Un miroir pour Myriam, l'autre pour Nadia, mes roses adorées pour Marie, ma table chez Ju, le canapé chez Xav et stef, la déco chez Anne-laure, Asy...
Exercice accompli dans une sorte d'allégresse et d'urgence. Ma beauté d'île - que j'ai quitté en larmes, à peine réconfortée par la sollicitude du steward qui m'a abreuvée de thé et de cookies - me manque cruellement. Je m
e sens déracinée sur cette terre bretonne qui fut mienne, et qui m'accueille sous une pluie battante et dans la boue. Pour être sûre que je ne regrette pas mon choix ?
Les amis présents à mes côtés se comptent à peine sur les doigts de mes deux mains. D'autres m'assurent de leur soutien via les ondes téléphoniques. Chacun apporte sa pierre à ce fragile édifice et son amour pour me donner des forces.
Retour à la réalité
Après un atterrissage tardif vendredi, je reprends le collier samedi pour trois jours de folie. Décalée, troublée... La tournée s'est alourdie de soins palliatifs pendant ma courte absence. Enchaîner 14h/22h sans faillir. Se concentrer, donner le meilleur... Trois décès, une hospitalisation d'urgence... Me sentir professionnelle malgré tout. Accueillir le Samu comme si j'avais fait sa toute ma vie, soutenir les familles dans la souffrance de leur deuil...
Mourir à domicile, l'idée est généreuse. Mais les proches sont-ils prêts à recueillir le dernier souffle et les brutales dégradations corporelles qu'il provoque ? Notre société a une image proprette de la mort : du beau gisant qui repose, maquillé, habillé, détendu. Pas d'un corps cueilli en plein vol par la faucheuse, qui se vide de ses liquides brutalement, sent, se décompose... A nous de trouver les mots justes pour réconforter, les gestes appropriés : enserrer la main du veuf de mes deux paumes, caresser l'épaule de la fille éplorée. Et lutter contre ses propres émotions, face à l'inéluctabilité de notre propre fin.
Autre émotion, le nouveau patient que l'équipe attendait avec appréhension. Diagnostic: Etat végétatif. Histoire de vie : Jeune, beau, riche, intelligent... Histoire de la maladie: Un brutal défaut d'oxygénation du cerveau (cause inconnue) en a fait une statue de pierre, 35 kilos tout mouillé, jambes arqueboutées , bras recroquevillés comme des ailes de caille... Croiser son regard écarquillé la première fois retourne les tripes. Où en est-il ? Où est-il ? De notre monde, de l'autre ? De quel autre ? Nous entend-t-il ? Nous voit-il ?
Le choc passé, je retrouve instantanément mes réflexes acquis en réanimation. Protection ?
Parler, sourire, toucher, expliquer tout ce qu'on est en train de faire avec une tension interne extrême. Chaque millième de détail a son importance. Chez tous les patients, bien sûr. Mais dans ces cas-là encore plus. Deviner la moindre souffrance, guetter le moindre signe d'évolution, de dégradation, assurer à tous prix l'intégrité de ses téguments, maintenir en l'état voire améliorer ce qui peut l'être... Essayer d'instaurer une communication. Car il me semble quand je le salue que sa pupille gauche se dilate de quelques microns... Il me fixe, tourne les yeux au son de nos voix... Il réagit à certains soins en grognant, gémissant. Rien de plus. Mais nous y voyons tous le souffle d'humanité qui nous permet d'être meilleurs soignants.

Et repartir vers d'autres foyers, la nuque tendue par la fatigue et le poids de l'angoisse qui a mis le chaos dans cette famille, du coup tellement présente et entravante pour nous. Et terminer mes trois journées par ma première nuit d'astreinte. Dormir d'un oeil, le téléphone, le classeur et le jean sous la main. Pouvoir réagir très vite de façon appropriée, même en plein sommeil. L'idée me plaît, m'excite. J'aime l'urgence et ses contraintes qui aplani tout les temps morts, les hésitations et soude les équipes dans un même objectif. Mais là ! Seule. Un petit doute en moi. Pourtant, je me suis vu réagir sans même y réfléchir dans bien des circonstances depuis deux mois. Je sais que je suis capable. Au fond !
Et puis 8 heures arrive. La délivrance. S'étirer sous ma couette face à cette baie inondée d'un soleil puissant qui noircit la mer démontée, qui a battu les rochers toute la nuit sous mes pieds. Bonheur ! Ne rien faire. Savourer. Foncer sur ce clavier pour vous y laisser mes fantômes et profiter de mes deux jours de liberté. Sans horaires, ni contraintes. Posée là, dans cette nouvelle vie qui désormais n'a plus de retour en arrière possible. Avancer, construire... Tout ce que j'aime.
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Commentaires
ma toute belle, ah j'ai enfin retrouvé du temps pour te lire, c'a me manquait..N'oublie pas de bien te reposer entre ces heures de travail brutales et rudes...Dormir,c'est très important pour tenir dans ce job dixit des proches qui sont dans la partie. Autre chose, tu parlais d'une épilation en forme de coeur???? c'est génial, c'a pique pas qd c'a repousse???
Ecrit par : nat à thal | 21.02.2008
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