11.12.2008

chronique de la violence ordinaire

Comment me l'expliquer ? Un an d'exercice et déjà trois agressions physiques dans l'exercice de mes fonctions... Mes collègues me "magagnent" gentiment en me traitant de "chat noir". Il y aurait donc une fatalité à subir la violence des autres ? Cette fatalité serait-elle du coup une excuse à la violence, inhérente à ma profession, inhérente au monde chaotique où nous vivons aujourd'hui ?

Ceux qui me connaissent savent à quel point je suis plutôt Peace & Love, bisounours et compagnie. Et voilà la gentille infirmière qui apporte son petit lot de bonheur sur terre aux gens qui souffrent, devenue la proie de malades méchants, intolérants et violents ? Inconcevable. Du moins dans mon monde à moi. La première fois, je n'ai même pas essayé de me défendre. La seconde, l'affaire d'une gifle pour de longues minutes de retard intolérables pour le malade (un ancien militaire qui a toujours mené son monde à la baguette) a pesé très lourd dans ma décision de quitter l'HAD. Parce que je n'ai pas été suivie par mes supérieurs à un moment où je me sentais atteinte dans mon intégrité physique, morale et surtout professionnelle. Parce qu'on m'a renvoyé à une éventuelle faute que j'aurai commise, une espèce de "responsabilité" dûe à mon manque d'expérience, que j'ai vécu comme une culpabilité.

Et la rage m'a prise après un premier temps d'hébètement. Mais si je suis un peu fleur bleue, je ne pense pas quand même être un poussin à peine sorti de l'oeuf quand même ! Et c'était écrit où, dans mon contrat avec l'IFSI, que j'allais me taper trois et demi d'études pour prendre des coups et tendre l'autre joue ? On en est toujours à la bonne soeur qui soigne ou quoi ? Rien, rien ne justifie un tel geste. Frapper une autre personne est strictement INTERDIT dans mon système de valeur. On m'a répondu à l'époque que je n'avais pas pris en considération la détresse morale de cet homme. J'ai rétorqué que j'avais pas choisi le métier de catcheuse, mais d'infirmière, à priori.

Et puis voilà, la semaine dernière, re-belote. Une patiente, qui présentait bien des signes un peu hystéroïdes et surtout une grosse dose de manipulation perverse, nous bouffe les nerfs depuis trois semaines. J'essaie d'assister à une prise de cachet, car nous la soupçonnons de ne pas prendre le traitement correctement. Insultes, menaces et coups sont ma récompense. Je sors de la chambre en crise de nerfs, boitant et toute tendue de douleurs : bien sûr, elle m'a tordu le bras déjà malade !

La surveillante et le docteur accourent, me réconfortent tant bien que mal. Ma chef voit rouge : "on la vire demain "me lance-t-elle avant d'entrer dans l'arêne. Moi, je me calme tant bien que mal en essayant de ne pas... culpabiliser ! Qu'ai-je pu faire d'inadapté, de provoquant ? Et là encore, la rage me prend. Ce maudit uniforme blanc m'oblige à me contenir, à me taire, à me laisser faire. Intolérable. C'est une frustration extrême dont la malade, très perverse, a bien joué pour me faire sortir de mes gonds. Il va me falloir encore du temps pour apprendre à me situer correctement dans mon pyjama blanc...

Mais, pour mon réconfort, l'affaire a été portée aux oreilles du PDG; j'ai rédigé un rapport circonstancié qui a rejoint l'épais dossier déjà constitué en vue d'une éventuelle défense (la charmante patiente envisage de nous dénoncer pour... "maltraitance" !). Reste à panser les plaies. Une heure d'ostéo après deux nuits blanches et la douceur de mon bienveillant entourage parviennent à me rassérener ainsi que l'inscription à une journée de formation sur la maltraitance.

Sacerdoce, vous avez dit sacerdoce ???

 

Commentaires

Tu as bien du courage... ton métier est dur et en plus tu te fais frapper... mais où va t'on ?
Je te souhaite plein de courage en espérant que cette patiente "folle" sera virée.
En attendant gardes courage

Ecrit par : Laurent | 14.12.2008

Je vois que tu me lis depuis le début. merci. Ca fait chaud au coeur. Du courage, j'en ai à revendre. Je ne suis qu'un petit poisson qui apprend à naviguer dans le grand bain.
Bonne fête de fin d'année...
Bizzzzzzzzzzzzz

Ecrit par : babayazin | 16.12.2008

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