31.03.2009
Hommage à Lewis...
L'oeil la fixait, sans surprise, sans jugement. Juste Rouge.
Ne dit-on pas que l'oeil est le miroir de l'âme ?
Là, elle se mirait dans un abîme. Elle avait beau y chercher une parcelle d'émotion, il restait neutre, im-pa-vi-de...
Comme cet Ulysse qui, de retour après un long voyage, en avait vu tant et tant sur l'âme humaine, qu'il prenait enfin le temps de se pencher sur lui-même, en toute quiétude.
Apaisé après les tempêtes. Posé sur une île coupée de toute réalité.
Cet oeil l'obligeait à se tourner vers elle-même, libre de toute possession, de tout artifice. Libre de cette cage de verre que la Médecine avait jugé indispensable pour améliorer sa vue.
Elle s'y sentait perdue comme une guêpe prisonnière d'un joli bocal. Le fil de ses pensées s'y coupait aussi nettement et sûrement que sur la lame du rasoir. Incapable de se concentrer, incapable d'entrer en contact avec les humains... Elle vivait depuis ce jour retranchée dans sa bulle de cristal. Autiste, pensive, lointaine.
Retrouver cet oeil nu l'intimidait au plus haut point. Le coeur lui battait, comme une première fois. Elle appréhendait un peu, attirée toutefois, comme toujours, par l'inconnu. Son goût de la découverte était resté intact pendant tout ce temps.
L'oeil rougi d'un bourgeon de larme lui offrait un passage unique vers des territoires nouveaux. Elle inspira vivement et se jeta de l'autre côté du miroir, en toute confiance...
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27.03.2009
Piquant !
Cette année, les oursinades ne ressemblent en rien à celles de l'an dernier. Déjà, les tempêtes successives ont chamboulé les habitudes des pêcheurs. La mer agitée a repoussé les oursins et dissuadé leurs chasseurs.
Moralité : ceux qu'on trouve en ce moment sont énormes, pleins, délicieux...
A Thalassa, le genre s'est modifié : aux immenses tablées, arrosées et festives, succèdent des réunions plus confidentielles, plus calmes. Le soleil est de la partie mais assorti d'un vent de nord réfrigérant et qui interrompt les agapes vers 15h30 le plus souvent.
J'ai même testé la formule "Oursinade ultra-confidentielle", en tête à tête, un soir, sur mon balcon...
Sans oublier l'intermède Pâtes aux langoustes (marinées et cuites dans une fondue de tomates à l'huile d'olive pimentée...), un régal pour ceux qui aiment mettre les mains et la langue dans leur plat ! Quoi de meilleur de machouiller, léchouiller une tête de langouste, les lèvres et le menton dégoulinants de sauce, de suçoter ses antennes, gratouiller avec les doigts la carapace... Non épicurien s'abstenir.
La saison des oursins s'achèvera sûrement à Pâques... Mon escapade dans les caraïbes me privera de quelques ventrées, mais devrait m'abreuver d'autres plaisirs ! D'île en île, je fais mon miel...

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17.03.2009
La cinquième saison
Selon la médecine traditionnelle chinoise, la 5ème saison a lieu deux fois par an, pendant une quinzaine de jours. ..Ces journées incertaines qui font le lien entre hiver et printemps, puis été et automne... Cette période où l'on ne sait plus si on a chaud, froid, envie de rire ou de pleurer, mais où l'on est sûr d'être fatigué et d'avoir besoin de s'alléger...
On se sent à fleur de peau, voire hors de notre peau comme un vieux serpent qui mue.
Les Chinois préconisent de soigner estomac (en allégeant son alimentation) et rate (lieu des émotions sombres) pour mieux digérer ses émotions en cette période de grande fragilité. Toutes les recettes sont bonnes à prendre lorsqu'il s'agit de mettre en phase le corps et l'esprit.
Pour moi, hamman, thé vert et jus de fruits frais, longues marches sur la plage et pour nourrir mon imaginaire, fasciné par les "passages", quoi de mieux qu'un petit haïku léger et court vêtu pour fêter poétiquement ce qui devrait rester un instant de grâce ?
La cinquième saison
Nuque aux vents tièdes,
Avide de printemps...
Eclosion de tétons !
Plus de 5ème saison sur : www.psychologies.com
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15.03.2009
Body and soul
Un coup de tonnerre dans un ciel serein... Voilà l'expression qu'utilisaient mes profs à l'I.F.S.I. de Rennes pour définir l'infarctus. Après quelques mois de pratique auprès de survivants à l'infarctus, je mesure mieux la justesse de l'image. Que l'accident ait eu lieu quelques jours avant ou quelques mois, les ravages sur le psychisme sont considérables ! En quelques nano secondes, l'homme sain et actif bascule dans un univers inconnu et hostile. Douleur, terreur, machines sont leurs nouveaux compagnons pour une vie qui n'a plus de sens commun. Difficile de reprendre son souffle au sens propre comme au sens figuré.
Lorsque je les vois arriver dans notre service, je ressens la même impression que la première fois où j'ai vu abattre un arbre centenaire dans le jardin familial. Un orme majestueux, condamné par la graphiose... Les fibres de bois qui hurlent dans un craquement sinistre, l'instant de flottement étonnament silencieux où le tronc vole dans les airs et le choc lorsqu'il sécrase au sol, la terre qui tremble sous nos pieds... Puis le silence à nouveau avant que la vie reprenne ses droits.
Ceux que j'accueille amènent dans leur valise des kilos d'angoisse. Souvent assez jeunes (quadra ou quinqua), toujours hyperactifs, entrepreneurs, ils essaient de donner le change les premières minutes. ILS GERENT. Croient-ils. ils ont TOUJOURS géré. Souvent, ils ne pensent pas avoir besoin de rester toute la durée de la cure (4 semaines en moyenne). Ils sont motivés. L'affaire va être vite réglée. Vous allez voir ce que vous allez voir. Alors on ferme la porte de la chambre. On se pose, gentiment, tout doucement, les yeux dans les yeux.
Leurs premières exigences sont souvent démesurées : Comment, il n'y a pas le Wifi ? Serait-ce la vue sur mer qui laisse à penser qu'on est au Club Med ? Quoi, il faut prévenir l'infirmière lorsqu'on sort prendre l'air ? Ben oui, on est quand même à l'hôpital et puis on est un petit peu cardiaque quand même. Ca ferait mauvais genre d'aller faire un malaise sur la place en bas... Comment, seulement une heure de sport par jour ? Il se sent capable de faire plus... Bah voyons, il était marathonien avant, le pépère ? Et celui, à peine quinqua mais vantard, qui se sent à l'abri de tout, confondant quadruple pontage et coeur neuf et qui me fait des allégories automobiles. C'est comme un moteur tout neuf, garanti dix ans par le chirurgien, non ? Statistiquement, je cours plus de risques que lui, m'assène-t-il.
Et puis, au détour d'une phrase, le déboutonnage commence. Le patient raconte enfin l'accident, le trauma, violent, frontal. Le face à face avec la mort. Les signes précurseurs. La culpabilité, souvent démesurée, par rapport au tabac, l'alcool, la mal bouffe... le rythme de vie effréné. Pas de doute, tout le monde sait ce qu'il faut faire, mais tout le monde néglige d'écouter son corps. Et le laisse envahir, par la graisse, les toxiques.
Puis on arrive au "coeur" du problème : le stress. Parce qu'à ma grande surprise, le stress se place loin, très loin devant tous les autres facteurs de risque. Et on commence à semer quelques idées force. Ce qui était ne pourra plus être. Ce mois de rééducation est une chance de se mettre entre parenthèse et de réfléchir à ce que sera sa nouvelle vie. Entre le chef d'entreprise qui doit passer la main... celui qui cumulait deux jobs et doit choisir... celui qui accuse mal une rupture sentimentale... celui qui avait une vie associative débordante et copieusement parsemée de gueuleton...
L'infarctus remet tout en cause : la façon de se nourrir, les plaisirs de la vie sociale (boire et fumer), l'investissement professionnel, la vie familiale... souvent nous travaillons aussi avec les épouses, les filles, qui accusent autant le coup. La peur, les angoisses nocturnes sont omniprésentes les 15 premiers jours. Puis à force d'explications, d'éducation de réassurance, d'encouragements, les choses se mettent en place. Pas toujours. Il y a des rétifs, ceux qui sont dans le contrôle extrême de leur vie et qui mettront bien plus longtemps à faire le deuil de la "vie d'avant". Mais dont on espère qu'un jour nos mots porteront leurs fruits.
C'est un travail de fourmi, qui demande une grande écoute, une grande foi en la vie, une énergie de tous les instants... Difficile de ne pas y mettre de soi. On puise dans ses connaissances, ses émotions, ses tripes. Et on s'étonne que les petites infirmières soient fatiguées des fois, après des journées de 12 heures ?
20:34 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, infirmière, corse
13.03.2009
L'insoutenable légèreté de l'être...
Quand monte la sève de mars,doigts dans la terre tiède et regard sur les petits bourgeons de mon balcon... Vient le temps de s'interroger sur les racines, nos racines, mes racines...
Tout reprendre à zéro, redessiner de nouveaux jardins, tracés au cordeau pour mieux s'ébourrifer ensuite... Mettre du terreau neuf, couper les branches mortes, planter de nouvelles graines...
Ce que l'on faisait machinalement sur sa terre natale prend de nouvelles dimensions en terre étrangère. Climat différent, espèces inconnues, erreurs, déceptions ou surprises majeures, Dame Nature n'en fait qu'à sa tête, et la jardinière la plus chevronnée doit faire preuve de capacités d'adaptation...écrasantes parfois.
Musicale rencontre
A travers ma lucarne magique (si toutefois on choisit bien son créneau), j'ai rencontré Hugh Coltman, le plus frenchy des bluesmen anglais. Réfugié à Paris pour vivre, enfin, une adolescence qu'il a choisi imbibée de whisky, il me ramène en trois phrases à Kundera. A cette sensation d'être déraciné, de flotter au dessus du sol, insoutenablement léger, de se mettre en danger pour pouvoir en toute liberté créer, se re-créer... cet étrange chemin qu'on ne peut pas prendre en marche arrière une fois qu'on y est engagé... On ne peut qu'avancer, plus loin, plus haut, et quelque part plus fort...
Soul & blues
Il oublie de dire que de toutes petites racines peuvent rester solidement ancrées là-bas et que malgré soi, on peut en sentir les tiraillements, certains jours blues, quand la fatigue est un peu plus intense, quand le doute traverse notre esprit... Parce qu'on a beau repartir à zéro, on est loin d'être tout neuf... Il faut composer avec ce qui fut, qui demeure et qui ne peut pas s'enfermer dans une petite boîte à souvenirs... sagement rangé ! C'est ainsi que les expériences de toutes nos vies se superposent en strates, plus ou moins fines ou épaisses, et réalise un magnifique compost, riche, dense, profond, nourricier pour l'avenir... il ya juste des étapes de fermentation un peu plus bouillonnantes que d'autres.
Pour découvrir Hugh Coltman : www.mytaratata.com
19:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, corse, infirmière
07.03.2009
Miam miam
Nouvelle étape professionnelle : le CLAN (Comité de liaison Alimentation Nutrition) est né cette semaine à la Clinique sous l’impulsion de ma diététicienne préférée et de moi-même. Une équipe interdisciplinaire de professionnels motivés, volontaires, qui veulent s’engager pour défendre la qualité au sein de leur outil de travail pour le bien-être de tous.
Je ressens enfin le plaisir d’utiliser toutes mes compétences, les anciennes et les nouvelles, pour mettre sur pied un outil formidable, et au-delà de ça de me sentir à nouveau reconnue et appréciée par mes pairs.
Manger pour vivre ou vivre pour manger
Toucher à l’alimentation revient à acquérir non seulement une énorme transversalité dans l’établissement, mais aussi travailler avec d’autres établissements, en touchant tant au soin pur qu’à l’éducation thérapeutique, en passant surtout par l’image de marque… Le repas peut soigner. Le repas ponctue la journée. Le repas représente la pause plaisir, parfois le dernier plaisir, l’instant de partage, pour les patients, les visiteurs comme le personnel.
La tache, que dis-je le défi, est immense dans cette clinique, comme dans tous les établissements de santé, public ou privé. Un défi qui stimule mes neurones et va me permettre de me perfectionner encore dans le domaine de la nutrition qui, à terme, sera une jolie spécialité...
Ma recette corse du printemps
Omelette au bruccio et pointes d’asperges sauvages
- Asperges sauvages cueillies dans le maquis (envoyer votre amoureux, c'est plus simple !)
- Bruccio frais (fromage de brebis caillé) acheté chez Juliette, épicière productrice bio à Bastellicia.
- Œufs frais du cul de la poule rousse
- Sel de guérande, poivre des îles
Laver les pointes d’asperges vertes. Les faire attendrir à la vapeur douce. Battre les œufs. Verser délicatement le Bruccio en soulevant le mélange. Goûter avant d’assaisonner car la fromage est déjà assez salé à mon goût. Verser dans la poêle chaude légèrement graissée d’huile d’olive. Eparpiller les pointes d’asperges. Laisser cuire doucement. L’omelette doit rester très tendre et un peu coulante.
A servir avec une salade verte. Bon appétit !
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