26.04.2009

Décalage horaire

Chaque voyage est une aventure authentique. Remettre ses pas dans le sentier quotidien demande un réel effort d’adaptation au retour. Mes yeux encore éblouis de couleurs éclatantes cherchent  en vain un écho dans mon maquis aride ; Tel un limier, j’hume l’air  en quête de parfums  exotiques dont je suis encore gorgée… Je suis en manque de lumière, de musique, du rythme indolent qui donne à mes hanches un balancé exquis et plus encore à mon esprit une quiétude inégalée…

Et puis, au bout de quelques jours, la Méditerranée me chante à nouveau au creux de l’oreille… et m’ensorcèle. Allongée sur la plage, bercée au creux d’un bateau au milieu de la baie, roulant sur mon Pégase, dansant sur le sable,  je cède volontiers aux sirènes corses. Je prends de plein fouet les effluves familiers de lilas, de jasmin, de citron, la magique vision de mes montagnes couronnées de neige qui dominent majestueusement  la mer…  Ma dolce vita reprend ses droits.

La revenante

Il faut dire que mes retrouvailles avec la Martinique ont été particulièrement denses et riches en émotions de tout genre. Et non, définitivement, je ne conçois pas les vacances comme un lézard sur la plage (d’où le « mais t’es pas bronzée ! » qui m’a accueilli au retour, comme si la couleur pain d’épice était le label de vacances réussies !).

Madinina n’est pas seulement pour moi l’île des revenants, mais aussi celle des « tournants ». Est-ce l’omniprésence de la Nature luxuriante, la chaleur moite, la bonhommie de ses habitants ? Je me libère de mon carcan de stress  pour renouer très rapidement avec le petit animal qui est en moi. Je retrouve, non sans  une certaine gourmandise, la petite sauvage que je suis restée. Tout devient plaisir… et évidence.

J’avais oublié à quel point la végétation, les côtes, les montagnes sont belles. J’avais oublié le plaisir qu’on prend à observer les minuscules habitants de la terre.  Comme tous ces poissons arc-en-ciel, les petits lézards sur les murs… Je me suis surprise à tomber sous le charme d’un colibri que j’ai pris le temps de regarder attentivement les derniers jours de ce voyage. J’ai adoré son style vif et fluide, tellement attentif à son environnement, voletant audacieusement d’un endroit à l’autre, à la fois indolent et rapide selon les besoins, faisant son miel indifféremment de toutes les situations, butinant et picorant les jolies fleurs avec délicatesse, précision et gourmandise. Le bel animal que voilà ! Libre, gracile, léger et profond…

« Ile » était une fois

Même si l’insularité pèse en Martinique comme ailleurs, on y sent mieux qu’ailleurs les bénéfices du métissage. Je perçois les Martiniquais comme des personnes au caractère bien trempé,  terriblement vivantes, car pétries du fatalisme et de l’animisme africain. A ces racines noires,  s’ajoute un brassage d’influences culturelles autant américaines, anglo-saxonnes, françaises que caribéennes. Ce qui fait que ce peuple, malgré sa relation complexe et douloureuse avec la mère Patrie, est résolument ouvert sur le monde.

C’est cette ouverture à l’altérité qui me manque parfois sur mon île. Le peuple Corse a subi un siècle plus tard la colonisation française[i] et semble s’être cristallisé sous le joug  de la France.

Quelque part, j’ai le sentiment que le Corse, en vrai montagnard fièrement campé sur ses positions, a construit son insularité dans la lutte contre l’envahisseur  Français. Dans le repli sur soi et la défense – pour un résultat fort heureux parfois !- de ses acquis et de son patrimoine.

En vivant ici, on a très vite l’impression, de prime abord, que rien n’est simple, même qu’à la limite, rien n’est possible. L’ordre des choses est immuable. La fatalité est gravée dans le marbre. Elle ne se vit pas dans la même jovialité positive qu’aux Caraïbes. Tout est tragique ici, rien que si on en juge par la musique. Entre zouk et chant polyphonique corse, il y a un monde ! Mon île respire le drame, le sang, la noirceur à travers son insolente beauté.

Même si je ressens un sentiment d’enfermement identique chez les habitants des deux îles, même si les Martiniquais ont également souffert dans leur chair et leur âme, j’ai l’impression qu’ils en sortent comme sublimés, avec cette légèreté de surface qui donne envie, à leur exemple, de croquer la vie à pleine dent. Faut-il voir là aussi l‘influence des cyclones et des ouragans récurrents qui leur rappellent, oh combien cruellement, notre humble condition d’humain ? Mais peut-être n’est ce que mon impression…

Créole Spirit

Et, cerise sur le canistrelli[ii], si la Corse est profondément marquée par la religion catholique, les Antilles sont plus largement « animées ». Ce 3ème séjour  m’a rendu ce qui m’a fait cruellement défaut durant mon marasme hivernal, sans que je m’en aperçoive, une spiritualité dont je me suis nourrie et repue à l’envi. 

Ici, j’ai appris à réfugier dans la cathédrale d’Ajaccio, malgré mes convictions profondément laïques, pour mieux me recueillir et soutenir à distance mes proches foudroyés par les épreuves de la vie cet hiver.  Pour chercher aussi parfois mon fil conducteur, ma paix intérieure.

Là-bas, j’ai repris ma conversation intime avec les esprits, ceux du passé, pour mieux me libérer de certains, ceux du présent qui me protègent et me guident, ceux de l’avenir, que d’aucuns nomment  l’Au-delà…

 J’y ai été aidée par des rencontres et des paroles décisives, par la grâce du chant (Eh oui, la petite agnostique qui chante et danse – Ne rigole pas, Doudou ! – la messe en créole avec un décolleté à damner tous les saints et leurs goupillons…), par la présence de Lili dans cette grande et jolie maison créole de mes amis, des dorlis et autres Invisibles qui berçaient mes nuits agitées, ou juste par l’air ambiant qui vibre intensément …

Je suis revenue grandie, le dos droit et indemne, détendue et confiante. Avec une terrible envie de ne plus jamais arrêter les voyages. Je revis comme une certitude cette sensation un peu oubliée ces derniers mois d’être une pure nomade, une citoyenne du monde qui a besoin de se frotter aux différences pour avancer et croître sur son propre sentier.



[i] La Corse sera rattachée à la République Génoise de 1559 à 1768, date de son retour dans le giron français ; les premiers colons investissent la Martinique en 1635.

[ii] Biscuit sec corse dont raffole Princess Asy

02.04.2009

Départ pour de vrai

Voilà, je pars. C'est pas un poisson d'avril. C'est un petit cadeau que je me fais. Vol Air Caraïbes N° TX0510, direct pour Fort-de-France.

Une petite fugue en douce, un temps mort, une parenthèse toute tendre pour retrouver mes amis chers et un peu de mon entrain.

Deux ans que ça ne m'est pas arrivé de cette façon là ! Des vraies vacances où je ne vais m'occuper de rien à d'autre que de mon bien-être. Pas volé !

Ma petite plage préférée m'attend, j'en suis sûre. Alors gros bisous. La suite dans 15 jours !

ma plage.JPG

 

01.04.2009

Entre (parenthèses)

J'aime le voyage. Cette parenthèse où le temps suspend son vol... Ni ici, ni là, juste en route pour un ailleurs.

J'aime cette idée de me déplacer sans bouger. Ado, je passais mon temps sur les ferrys. Dieppe-Newhaven en favori. La ville flottante. Le plus spacieux des modes de transfert.

Puis, mon préféré a été longtemps le train. Le Rouen -Yvetot, Le Rouen-Paris, Le St Malo- Paris, le Paris-Cluses, le Dol-Rennes, avec une mention toute spéciale pour le Paris-Bruxelles, Thalys de mon coeur... J'aime le train parce qu'on y immobile mais devant un paysage qui défile, seul mais entouré de personnes qu'on peut solliciter d'un regard, d'un sourire voire d'une parole ou simplement ignorer.

Aujourd'hui, je transfère en avion, insularité oblige. L'espace y est très réduit, bruyant; la vue inexistante. C'est là où il faut être le plus équipé : bouchons anti-bruit, écharpe pour potéger le cou de la clim meurtrière pour les cervicales fragiles, coussin gonflable, bandeau pour les siestes transatlantiques, petite polaire, chewing-gum pour libérer les tympans... On perd en liberté incontestablement. Mais quel miracle, ce pouvoir de fendre les airs à des vitesses vertigineuses ! Quelle sensation, cette poussée dans les reins au décollage, dans un hurlement de moteurs... J'aime.

Ce que je n'aime pas, c'est aujourd'hui. La veille du départ. Cette petite nausée qui me jette tôt hors du lit. Sous mes yeux, la liste des myriades de trucs à faire AB-SO-LU-MENT avant de partir...Cette frénésie de l'inutile, cette boulimie de dernière minute, comme si tout devait être fait avant un départ définitif... Ridicule !

Ridicule ? Peut être pas autant. Le voyage est une micro-coupure, une bénédiction pour les esprits surchauffés. On a tout oublié, du moins c'est l'impression qu'on en a, au retour. Alors, tout ranger dans des petites cases bien nettes avant de partir, ce n'est peut-être pas si ridicule... A suivre.

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