27.07.2009
carnets d'été 2
Bonifacio.
La mer est devenue une véritable complice depuis que je navigue. Elle m'apprend l'anticipation, le lâcher prise. En mer, la maîtrise rime toujours avec l'échec. On ne peut que s'incliner devant les éléments : ils auront toujours le dernier mot.
Je découvre de nouvelles sensations: flirter avec la vague pour se servir d'elle au lieu de la contrer. Doser l'effet du vent. Adapter la trime pour le confort du voyage. Regarder loin, si loin... Campée face a l'horizon,les commandes en mains, je croque les embruns dans un éclat de rire continu, les yeux brillants d'excitation. C'est la grande aventure à chaque sortie.
Partir au petit matin sur les eaux lisses comme l'acier brossé. Cap au sud pour un convoyage d'un semi-rigide de 7m50. Lire cette côte qui se déroule peu à peu, prendre mes repères, interpréter les balises... Croiser les pêcheurs du matin, les plaisanciers pépères, les plongeurs pressés, les voileux mal réveillés hirsutes sur le pont, les yachts de luxe, villas flottantes de 3 ou 4 étages qu'un équipage inombrable brique de fond en comble avant l'arrivée des nantis croisièristes, les car ferries ventrus et impassibles qui nous font jouer à saute-moutons de crêtes en crêtes, les cormorans qui nous accompagnent un temps...
Le granit rouge cède la place au calcaire en tranches fines, fines... un gros gâteau d'anniversaire en ivoire sculpté par le Levant : l'indicible Bonifacio nous surplombe. Alignement de bicoques toutes en étages, avec un faux air de celles auxquelles le port des bas Sablons m'a habituée, accrochées dans le vide tels des nids d'hirondelles, un surplomb de plus de 50 mètres, un défi pour les lois de la physique terrestre... La belle, belle rencontre !
Un petit détour dans la grotte qui précède l'entrée du port, puits à ciel ouvert au coeur du maquis enchanté de grillons... Sa cheminée a la forme... de la Corse !
Nous contournons Bonifacio, cap à l'extrême sud de mon île: Sperone. Le saint du Saint. Face aux voisines îles Lavezzis; la Sardaigne à portée de doigts... Le lagon magique aux eaux turquoises, aux fonds blancs dignes de la fameuse baignoire de Joséphine tant valorisée en Martinique. Ici tout est calme, luxe et volupté : ce petit paradis est réservé aux privilégiés. Côtes sauvages, intactes, golf prestigieux, domaines privés à l'extrême, villas minérales, fondues au paysage, dont l'apparente simplicité et la rigueur élégante des lignes soulignent d'autant mieux l'opulence... encore une île dans l'île. D'un nouveau genre pour moi.
Exercice de navigation : j'enfourche la proue pour guider le bateau à vue, évaluer la profondeur centimètre par centimètre,aux différences de couleur que je distingue dans les eaux cristallines. A quelques brasses de là, les baigneurs sont immergés jusqu'au genou. Chaque banc de sable représente un plantage potentiel et relativement définitif...
Le bateau livré à son propriétaire, nous nous plantons sous la paillote de Port Cavallo, un petit bijou de rusticité savamment étudiée - salons en bois flotté, larges tablées en bois, petit chasseurs d'esprit en coquillage qui tintinnabulent au-dessus de nos têtes, hamacs négligeants-.
A califourchon sur les larges bancs de bois lisse, nous sirotons une Pietra fraîche en grignotant le quignon, la tomme de brebis, les tomates et les feuilles de basilic frais que j'ai pris soin d'emporter, en attendant les chauffeurs qui vont nous rapatrier sur Ajaccio. Près de trois heures en montagne, sous un cagnard épouvantable. Et oui, l'aventure, c'est l'aventure... comme disait le grand Jacques !
Merci aux petits Lebretons pour le reportage photo.
23:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : corse, journal intime, infirmière
22.07.2009
Carnets d'été 1
Cap au Nord-Est : Calvi.
Première exploration, rencontre douce, guidée par deux copines... La route est longue et sinueuse. Les montagnes nous escortent. Pause à Corte, la ville universitaire de l'ïle, salvatrice pour nos estomacs malmenés par les virages en lacets.
Au bout de deux grosses heures de route, la Belle sa dévoile enfin. Impression de dejà vu... Des plages de sable fin, un petit centre ville, une place éclaboussée de soleil surplombée par une citadelle perchée sur la mer... Sûr, je connais déjà cet endroit. Dans une vie antérieure ? Ou encore une fois, le destin qui guide mes pas vers le soleil, la lumière, les cités fortifiées ?
Moi qui vient de Sant-Malo, qui suis coutumière des architectures Vauban, je suis impressionnée d'être à la fois sur une île et dans une citadelle blanche et claire...

Dès le porche, un "Civitas Calvi Semper Fidelis" rappelle sa fidélité de Calvi à Gênes au XVIème siècle. Se perdre dans les ruelles, écrasées de chaleur... pousser la porte de la cathédrale Saint Jean-Baptiste et tomber en amour dans ce petit joyau baroque, mélange de fantaisie extrème et de simplicité immaculée. Y allumer une veilleuse rouge pour marquer ma propre fidélité à ceux que j'aime et qui sont loin de moi... jusqu'à l'extrême ! Surplomber cette baie magnifique où plongent les montagnes environnantes.
La nuit habille encore mieux Calvi. Mes amies m'entraînent jusqu'à chez Tao, la boite de nuit incontournable, installée dans un couvent désafecté. Lieu magnifique, très chic, très cher... Musique live, Dj, bougies, terrasses en espalier...
De là, on domine le port où d'énormes yachts se dandinent en scintillant de mille feux. Ils attendent sagement leurs passagers, reconnaissables à leurs tenues rigoureusement blanches (l'uniforme des yachtmens à terre ?), hommes grisonnants, souvent bedonnants qui arrosent généreusement de champagne les jeunes délurées péroxidées qui leur tiennent compagnie. Population qui manifeste sa différence à grand coups de rires tonitruants pour les mâles, hystériques pour les jeunes filles, de cris, de chants, de danse... Et de remarques méprisantes pour les autochtones. Impossible de les ignorer.
J'avais oublié à quel point certains ont besoin d'étaler leur argent pour avoir l'impression de s'amuser, d'exister... J'ai pourtant fréquenté beaucoup d'endroits huppés et hypes dans ma vie. Mais pour la première fois, je me suis sentie légèrement décalée. D'abord parce que je n'ai plus les moyens que j'ai pu avoir par le passé, du moins plus les mêmes privilèges... Et puis, quelque part, je me sens plus proche de mes valeurs de simplicité. J'adore la fête, la musique, la danse, mais ce tapage ostensible et indécent, ce mépris pour le pays qui les accueille m'a un peu gênée.
Petit déjeuner d'anthologie, un peu tardif (la nuit fut courte), sur le port où s'agitent les quelques pêcheurs, où vont et viennent les ferries qui vomissent leur lot de touristes hagards et blancs bec... Le terrasse croule sous le soleil chaud; nous sirotons et devisons, avec cette légèreté des femmes entre elles, qui parlent de tout et de rien, du plus intime comme du plus superficiel avec une candeur extrême. Scènes de la vie qui s'éveille.
Un dernier plongeon dans l'eau fraîche, puis étape impromptue dans le village incroyable de Lumio, patrie de la non moins charmante Laetitia Casta. De vieilles maisons de pierre accrochées à flanc de montagne, des placettes ombragées par les platanes, des escaliers de guingois pour relier les ruelles tortueuses, un mariage, une fête villageoise où je glane l'huile d'olive de la Balagne, le miel sombre du maquis, le thé noir fumé à la châtaigne et la camomille parfumée aux écorces d'agrumes corse.
Oui, les petits bonheurs simples qu'on cueille au vol sont définitivement mes préférés.
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04.07.2009
SOUS LE SOLEIL EXACTEMENT
C'est dans la poche : j'ai le permis bateau depuis deux jours ! Une nouvelle clé pour une nouvelle vie... un passeport pour la liberté !
Hi
er, j'ai fait du jet pour la première fois, le sourire largement scotché au visage béat...
Au matin, j'ai sillonné la baie au gré de mes envies, foncé vers la citadelle rosie de soleil, foncé sur un banc de goélands en concile sur l'eau, suivi un yacht de luxe jusqu'au port et chevauché son sillage, observé les pêcheurs, les plongeurs; je suis allée voir de près ces fameuses bouées cardinales qui ont remis d'équerre mon sens de l'orientation pendant les cours...
Au couchant, ma belle Sirène derrière moi, j'ai croqué à pleines dents l'écume des vagues qui ne nous ont guère épargnées... pour rentrer, gorgée de sel, la peau caramel, récolter les hommages enamourés de mon marin qui me trouve décidément bien dégourdie, pour une débutante. Qui apprécie mon enthousiasme, ma façon de faire feu de tout bois, et sait me le dire.
Lorsqu'on découvre une nouvelle passion, on se demande toujours comment on a fait pour s'en passer pendant tant d'années. J'ai toujours vécu avec la mer sous mes yeux, à portée de main. J'ai toujours su que c'était mon élément. Et rien ! Aucun élan suffisant pour accéder à ce plaisir. C'est aujourd'hui fait. C'est peut-être même encore meilleur...
Et paradoxalement, c'est en mer que j'ai eu la révélation : ces quatre dernières années, je disais repartir à zéro. Assez candidement, je pensais que ma liberté retrouvée me permettrait de me consacrer aux passions et loisirs que j'avais peu à peu abandonné au fil des ans.
Et j'ai eu ce choc, au milieu de ma baie bien-aimée, d'envisager que vie neuve rimait avec plaisirs neufs.
Oui, j'ai faim de nouveautés, de nouvelles activités, de nouveaux challenges, de nouvelles sensations, de nouvelles rencontres... J'ai noyé là sur le champ mes regrets, remords et autres boulets du passé... Neuve je suis, jaillie des flots turquoises, telle l'amazone des temps modernes, comme re-baptisée pour un nouveau beau et long voyage...
Un grand merci à Laurent, qui m'a initiée à la mer avec brio, patience et passion. www.isulajet.com

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