14.10.2009

Corsamoricaine - Saison 3

Comme tous les bons feuilletons, ma nouvelle vie rebondit et s'inscrit désormais en saison. Il y a eu la saison 1 : l'hôpital à domicile et les premiers pas à Ajaccio... Saison 2 : l'accident qui me pousse à me retrancher à la clinique de la Forêt noire, ma découverte du monde marin et de sa faune étrange... J'aborde aujourd'hui avec une nouvelle sérénité la saison 3. Thématique : retour aux soins à domicile et vie de montagne.

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L'idée s'est imposée d'elle-même; et comme toutes les bonnes idées, elle a mis à peine 24h à se concrétiser. Un coup de fil sur une plage du mois d'août et me voici partie à 50 km d'Ajaccio, dans un magnifique village de montagne. J'y rencontre une équipe d'infirmières libérales, des lolottes en or, 15 ans de terrain, un mental d'acier, une recherche constante de qualité dans le soin, une ouverture aux autres et au monde intacte... Parce que, assez bêtement j'avoue, lorsqu'on me parlait des villages de montagnes, j'imaginais une population vieillissante, repliée sur elle-même, somme toute assez rustre et inculte... C'était parler sans connaître. Les villages ont une culture inscrite dans les traditions, le mode de vie imposé par la montagne, l'histoire, particulièrement riche dans ce gros canton. 

C'était aussi sans compter ce mouvement de revitalisation impulsé par des personnes de ma génération. Ceux que je croise là ont tous été "ailleurs", apprendre, travailler, vivre et sont revenus développer la vie du village... Comme cet ancien oiseau de nuit, membre du Comité Miss France, homme de media, reprend le vieux café abrité par les marronniers et en fait un établissement au charme étrange où l'on déguste les légumes du jardin et achète les confitures et le miel maison...

Tous ceux que je rencontre développent une vie à la qualité quotidienne avec ses plaisirs simples, le bain dans la rivière, la cueillette des champignons ou des chataignes, les randonnées à cheval, les séances de cinéma en plein air, le petit café sur la place séculaire avec le clapotis de la fontaine en bruit de fond où on "dépose" le papy au frais sur la terrasse, parmi ses amis, le temps d'aller faire quelques courses à la supérette du coin...

vico 10 2009 maison 02.jpgLe rythme est lent, rassurant. Partout où les yeux se posent, ce n'est que beauté. Vieilles maisons de pierre, lever de soleil sur les montagnes acérées, végétation touffue d'une incroyable diversité...

Moi, je me pose là, comme si j'avais toujours connu cet endroit. Je prends mes marques dans la vaste demeure familiale de mon homme. je m'y sens aussi bien que dans ma propre maison d'enfance (Iclon pour ceux qui connaissent), ces lieux chargés d'âme où le temps suspend son vol et nous libèrent de nos tensions citadines instantanément. Je découvre le jardin, abandonné lui aussi, mais dont la géographie et la noirceur grasse et généreuse de la terre laisse déjà présager un potentiel radieux.

Alors, je décide de faire quelques remplacements pour mes consoeurs... Et là, ba bam ! je renoue avec le plaisir du domicile, intact. Ce bonheur d'aller chez les gens, à leur rencontre, dans l'échange, de les soigner et de repartir, le devoir accompli, dans un paysage d'une beauté à couper le souffle (certains routes, je les parcours en apnée tellement ce que je vois m'époustoufle), libre ! Je recouvre une indépendance qui me va bien parce qu'elle me permet d'assumer pleinement mes responsabilités. Sans être entravée par des intérêts autres que ceux du prendre soin, comme les contraintes de fonctionnement de service, les egos médicaux et leurs règlements de compte, les états d'âme des collègues... Seule à bord, mais en liaison étroite avec mes consoeurs, les médecins traitants, pharmaciens... Dans mes marques.

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