17.10.2009
Infirmière du soir...espoir
Lorsque j'ai pris la décision de retourner dans le soin à domicile, lorsqu'elle s'est proposée puis imposée à moi plus exactement, je ne savais pas encore à quoi m'attendre réellement.
J'interviens en renfort dans un cabinet de 6 infirmiers libéraux. Cette idée me plait, moi qui ai depuis toujours comme héroïne Mary Poppins. Intervenir quasi au pied levé, sur différentes tournées... Ma base ? Une tournée tous les après-midis pendant 7 jours, renforcée d'une deuxième quelques jours par semaine. Dans le temps, s'ajouteront des journées isolées, des week-end, des semaines parfois...
Les soins ? Comme on a gentiment persiflé dans mon entourage, les libéraux pratiquent beaucoup de toilettes. "Tu nous quittes pour laver des culs" ai-je entendu dans les couloirs de la clinique en guise d'encouragement. J'ai répondu d'un haussement d'épaules. Parce qu'un soignant, du haut de ses 30 ans d'expérience, qui n'a pas compris le sens de la toilette, c'est peine perdue ! Il n'y a rien à argumenter. Il manquait juste un mot pour que sa phrase soit complètement mordante : "le cul des vieux".
Et oui, dans les campagnes et montagnes françaises, dans les cités isolées, on soigne beaucoup de vieux à domicile. C'est la base de la patientèle. Heureusement pour nous, parce que honnêtement à 4 euros environ l'injection (la "piqûre"), elles ne gagneraient pas lourd les infirmières ! Et puis heureusement, fort heureusement surtout pour eux, les personnes âgées qui grâce à notre aide, notre soutien peuvent rester chez eux le plus longtemps possible, dans leur cadre et leurs habitudes et non pas se retrouver entassés, parqués pour ceux qui ont les plus faibles revenus, dans des structures sclérosantes, avilissantes, en un mot déshumanisantes.
Peut-être est-ce parce que j'ai choisi de faire mon mémoire de fin d'étude sur ce thème, mais la toilette représente pour moi un soin à part entière. Arriver le matin chez la personne, parfois on la réveille, et ce avec un sourire, un mot gentil, une énergie positive pour chasser les miasmes de la nuit, vérifier qu'elle va bien, que son corps fonctionne bien, intérieur comme extérieur, l'accompagner dans ses soins d'hygiène, l'habiller, la rendre jolie pour les dames, donner belle allure aux messieurs en les rasant, les aider à se sentir bien face à l'image que renvoie le miroir et qui leur fait mesurer toutes les pertes subies, les inciter à apprivoiser les fameux outrages des années en les rassurant !
Voilà, ce n’est rien que ça une toilette, mais pour moi, c’est une façon de redonner de l’humanité à une personne âgée. La question, lorsque j’ai commencé les tournées du soir, c’était de savoir comment j’allais retrouver mon compte. J’ai un faible pour le matin, le soleil qui se lève, le plaisir de quitter le domicile avec le sentiment du travail bien fait, la personne propre et bien réveillée pour affronter la journée… C’est comme ouvrir les volets d’une vieille maison qui restée fermée trop longtemps.
Et puis, j’ai fait ma première soirée. Il n’y a pas de véritable toilette le soir. Plutôt des changes. Effectivement, vu de loin, l’infirmière nettoie et lave des culs, met la couche pour la nuit, le pyjama, la chemise de nuit… Oui, j’avoue, je suis rentrée, tard, le premier soir, épuisée par les kilomètres, la conduite en montagne de nuit, mon manque de repères au domicile qui entrave la rapidité du geste, l’attitude assez provocante des patients qui teste la nouvelle, s’étonne qu’elle porte la blouse blanche, les gants… Je débordais de questions sur cette nouvelle carrière. Avais-je fait le bon choix ?
Mais très vite, dès que j’ai connu leurs habitudes et leurs domiciles, j’ai pu me concentrer avec l’autre volet de ce soin, qui lui donne sa vraie dimension : l’évaluation et la stimulation des capacités cognitives du patient. Car chaque mot prononcé éveille chez lui ou chez elle un souvenir, comme une petite boite de Pandore qui s’ouvre et libère une parcelle de vie.
Patiemment chaque soir, en quelques minutes, le patient déroule un pan de mémoire, lointaine ou proche, -certains se contentent de faire le bilan de la journée-, et tout au long de la semaine, se tisse une relation unique, comme un fil invisible qui court, infini, vers l’avenir… Parce que des histoires, ils en ont des décennies en stock. Nos rendez-vous du soir prennent du coup un air d’éternité.
Alors, à la soignante qui pensait que j’allais laver des culs pour gagner, oh combien mieux ! Ma vie, je répondrais ce que m’avait dit un médecin normand : prendre soin des personnes âgées, c’est un peu comme s’occuper d’enfants qui auraient des tonnes de choses à raconter…
09:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, infirmière, corse



Commentaires
t'est la meilleure infirmière du monde quand tu est comme ça!!!
continu de laver des cul car par delà cette partie du corps, il y a des hommes, des femmes, ...des etres humains tout simplement qui eux aussi, un jour ont été plus alertes qu'aujourd'hui... demain ,c'est toi, c'est moi, c'est elle , c'est lui... et il en faut rt il en faudra des Naty car c'est l'incesante histoire de la vie!!!
Alors continu par delà les calomnies car tu es sur le chemin, le vrai chemin... celui de l'humanité!!!
A tous ces gens qui ont abandonné, crions leur que demain ce sera peut etre eux ou un proche...un mari, une femme, un parent ou pire un enfant... et là, il regarderont la Naty nettoyer des culs... mais c'est cul là, meritent bien plus le respect que les autres car se sont des culs humains, avec leur sensibilités et leurs BESOINS... on y revient on a tous des besoins... alors oui tu est encore plus belle et grande quand tu fais ça...
je t'aime très fort
xav
Ecrit par : xav | 22.10.2009
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