28.10.2009
Intégration
Enfant, je voyais les copines infirmières de mon père dans son cabinet de kiné. Elles avaient toutes une pêche d’enfer, une belle allure de femmes soignées, un rythme allègre pour parler, marcher, rire…
Aujourd’hui, j’ai intégré un cabinet où je retrouve le même type de femmes. Et je perçois ce que la toute jeune fille que j’étais admirait tant: ce parfum d’indépendance, de liberté, d’autonomie, cette force vitale qui nous pousse toutes… Parce que je suis une des leurs maintenant.
Où puisent-elles cette force ? Depuis 15 ans, elles sillonnent les routes de montagne par tous les temps, dès 6 heures du matin. Elles poussent les portes des maisons endormies avec un large sourire, un bonjour tonitruant où perce toute la cordialité qu’on peut mettre dans un simple mot. Leur lot quotidien ? la maladie, la douleur, le sordide… la matinée s’achève souvent à 14 heures. Si tous les patients vont bien. A 17 heures, elles reprennent le collier jusqu’à parfois 22 heures.
« Au début, on faisait ça 7 jours sur 7… je ne sais pas comment on a tenu », me confie l’une d’elle, le regard songeur. Aujourd’hui, ces quadra dynamiques le font une semaine sur deux. Je les admire. Entre nous, on se glisse quelques mots sur nos difficultés, un peu d’arthrose, une tendinite rebelle, un gros rhume… mais rien n’y fait : il faut être sur le terrain, avec le sourire. « Nous sommes de bons petits soldats, n’est-ce pas ? » ironise une autre en s’interrogeant sur la dose de masochisme qu’il nous faut pour épouser cette carrière.
Alors pourquoi ? Pour le sourire qu’on a en retour, la sensation de faire du bien, d’aider son prochain, d’être utile… Sans oublier les petites attentions ! En 2 semaines d’exercice, ma voiture se transforme certains soirs en garde-manger. Raisin juteux cueilli sur la treille, châtaignes encore tièdes, cuisseau de marcassin, cake maison, confitures… Mes premières offrandes m’ont laissée un peu gênée. Pas facile de recevoir quand on vient juste faire son boulot.
Mon compagnon m’a donné une clé pour comprendre. Dans les montagnes, le troc a toujours été de mise. L’infirmière apporte son savoir-faire, mais aussi son énergie et son aide. Car tous ici ont une conscience aigue de l’importance de notre service. Comme le facteur et le commerce de proximité. Sans nous, c’est l’abandon de leur domicile, de leur village. Nos patients savent que rien ne nous empêchera de venir les soigner. Les offrandes sont une façon de nous remercier pour ça.

Nous mettons également du lien social. Comme quand nous allons dans un hameau perché sur un piton rocheux, loin de toute civilisation puisqu’il faut sillonner 10 km de piste dans un paysage hallucinant de beauté sauvage pour l’atteindre. Les 5 familles qui vivent là sont en autarcie, ni eau, ni électricité. Nous, nous y sommes tous les jours. Parfois avec le pain, le journal…
Voilà d’où nous puisons notre force, notre énergie, de ce mélange de gratifications, de ces paysages époustouflants, du sentiment d’appartenir à un grand tout et de contribuer, modestement, à le faire tourner correctement.
10:37 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, infirmière, corse



Commentaires
merci !! biz.
Ecrit par : carole | 26.11.2009
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