22.07.2008

Glissades & dérapages

Depuis que je fréquente ma résidence d’été, la mer, compagne omniprésente de ma nouvelle vie comme de l’ancienne, me montre tous ses visages. Ici comme là d’où je viens, son air  de lac bien tranquille n’est qu’une façade.

Tempête

Marediate pour le 14 juillet. En bon français : ça bastonne dur. Le vent souffle fortissimo et je découvre les eaux déchaînées, l’écume qui explose en torpille et explose en plein vol vers la lune qui s’arrondit doucement, blafarde à quelques jours de sa plénitude. Ma plage s’en trouve réduite de moitié, mangée par les eaux sombres et rugissantes. Dans la paillotte, le fracas des vagues est assourdissant. La nuit aidant, les bruits prennent une proportion démesurée et à tout instant, je m’attends à voir les vagues entrer par la fenêtre, lovée sous les couvertures polaires. L’humidité est particulièrement rafraîchissante dans notre paillotte  Et, nouvel apprentissage pour la grande insomniaque que je suis, réussir à m’endormir bercée par le grondement sourd de la mer…

Heureusement, le soleil n’est jamais très loin après la tempête et reprend ses droits dès le lendemain matin. Et les sommets embrumés se reflètent à nouveau dans les eaux turquoises de la baie d’Ajaccio à mon réveil.

Glissade

Ce qui me permet de m’adonner à un nouveau plaisir : celui d’être sur l’eau et non plus dans l’eau. J’ai toujours adoré nager et là je découvre enfin, étonnant pour une Malouine, les plaisirs de la navigation. A deux ou en solitaire, à bord du kayak qu’une copine m’a prêté pour que je teste cette sensation unique de voir la terre à portée de main, mais délivrée de toute contrainte sociale. Car même si cette vie de sauvageonne m’enchante, si j’apprécie les rencontres inhérentes à ce microcosme balnéaire, j’ai besoin, comme toujours, de mes moments de solitude, de retrait, qui me permettent de me ressourcer et me poser… Il y a quelque chose de furtif qui me plait dans ce type de navigation., ce léger esquif, en équilibre précaire, la sensation de n’être qu’une plume de goéland oubliée à la surface de l’eau… que tout ne  repose que sur mon sens de la stabilité et la puissance de quelques-uns de mes muscles.

Perte de contrôle !

Sensation plus forte, celle –là, que le tractage sur un objet gonflable. Me voici bâillonnée par un gilet de sauvetage fluo, à califourchon sur une chose oblongue, communément appelée « banane » en plastique, géante, cramponnée à la lanière, bondissant de vague en vague comme perchée sur un cheval sauvage… Éclats de rire garantis, jusqu’au moment où mon marin décide de corser un peu le rodéo et ouvre les gaz. Je m’explose contre une montagne de mousse blanche. A cette vitesse, l’eau est dure comme le béton. Je me claque violemment tout le côté gauche.

Horreur, l’eau me submerge, yeux, oreilles, bouche… puis la douleur fulgurante. Le dos, puis la main gauche inerte, insensible… mon Robinson saute à l’eau pour venir me remorquer et m’aider à remonter à bord . Je reprends mon souffle et ma sensibilité dans le membre meurtri. Mais 24 heures après, je suis sous calmants avec une minerve et une suspicion de fêlure au niveau des côtes. Pas glop la Robinsonnne !

Cela se solde pour l’instant par une semaine d’arrêt qui me confine au repos forcé. Le pire qui puisse m’arriver : ne pas bouger sous peine de douleur. Situation bien familière quand on a un dos aussi fragile que le mien et pourtant toujours insupportable. L’immobilité non consentie a le don de me faire tourner en rond comme une petite lionne en cage. Demain, je retourne à la plage… Ma paillotte me manque trop.

14.07.2008

Quartiers d'été

Se laisser glisser en pente douce... apprivoiser cette chaleur étouffante qui laisse la peau moite dès le petit matin et jusqu’au creux de la nuit. La sueur qui ruisselle dans le cou au réveil, inonde les reins pendant le travail…
Cette hausse brutale de la température engourdit nos gestes, ralentit notre rythme de travail, malmène nos nerfs et surtout ceux des patients, qui en deviennent impatients !

Les patients impatients

Je touche là les limites de ma vision du métier. Empathie, écoute, gentillesse ? Tout part en vrille face à l’agressivité, à la violence des propos et des gestes des personnes que je viens voir chez elles pour leur faire du bien, les soigner, les apaiser, leur dispenser un peu de joie de vivre et de bien-être.
Le choc est violent. J’éprouve enfin le rôle exact de l’infirmière, non pas tel qu’il est idéalement décrit par nos pairs à l’institut de formation, mais tel que certaines lectures me l’avaient laissé entrevoir. Nous sommes coincées entre le sacro-saint pouvoir médical et le réalité crue : la douleur, la merde, le pus, le sang, la peur, la mort… et nous ne sommes strictement pas formées à ça.

En bons petits soldats, nous partons au front (et l’HAD a ça de redoutable que notre structure virtuelle nous protège peu, contrairement au service hospitalier classique qui tout en sclérosant ses soignants n’en reste pas moins un contenant de choix). Et nous encaissons plein fouet notre impuissance face aux attentes des patients. Rares sont ceux qui acceptent leur sort. Comme celui-ci, excédé, qui me demande quand je vais enfin le guérir en désignant ses poches d’urétérostomies qui pendouillent sur son ventre (sondes abouchées à la sortie des reins pour permettre la sortie de l’urine suite à une ablation d’une prostate cancéreuse)… Le guérir de quoi au juste ? De vivre en ce siècle qui lui permet de prolonger sa vie de quelques années grâce à une exérèse habile et deux petits tuyaux de quelques millimètres de diamètres ? Son père aurait déjà succombé au crabe qui lui a grignoté le bas-ventre. Comment faire passer le message ?

Sommes-nous des magiciens ?

En HAD, nous sommes dans l’éducation, l’accompagnement, mais pas dans la guérison. Nous pallions, en tentant de cerner au mieux – et dans les limites du raisonnable – les besoins des patients. Ceci fait, nous bataillons avec les médecins pour les mobiliser et obtenir un feu vert pour l’action : la prescription. En attendant nous prenons de plein fouet les angoisses, les colères, les frustrations, non seulement des patients, mais aussi des familles. Attention, je comprends et conçois leurs réactions. Mais j’ai malgré tout l’impression d’être un punching ball… une décharge publique…
Tout l’art, ces derniers temps, consiste pour moi à me repositionner encore, retravailler cette distance avec les autres pour me faire respecter tout en entendant les plaintes… Réagir à l’agression sans me laisser déborder par mes propres émotions. Pas facile tous les jours !

Rive sud


Ma bulle d’air, ma fuite en douce, ma réparation, c’est à Mare e Sole que je la trouve. Une petite plage sauvage de la Rive Sud -le saint-Trop' local -, nichée derrière une pinède, aux grains de sable énormes qui roulent sous les pieds, râpent les orteils… j’y passe quasiment tout mon temps libre depuis trois semaines. J’y vis à la Robinsonne, sans confort matériel, ni contraintes ni timing, à part celui, constant, de mon estomac qui me rappelle à l’ordre toutes les quatre heures…

Vivre là, quasi nue, le cheveu en bataille, la peau dorée, tour à tour roulée dans le sable, immergée dans l’eau, caressée par le vent sur un bateau, perdue sur une île déserte au large, affalée dans les profonds canapés greige de la paillote, un petit rosé à la main, éclairée par les flambeaux du barbecue de plage ou blottie dans le grand lit de notre cabane contre la peau soyeuse de mon homme… j'y suis animale et comblée, le cerveau en hamac, à l'écoute du temps qui fugue. Mare e Sole symbolise ce que je voulais pour mon premier été corse : Sea, sun, amour, fou-rire ou larmes, tendresse, complicité, amitiés... Le repos de la guerrière, enfin !

 

23.06.2008

Sirocco

Ma vie avec le Wifi : suite à des incidents techniques indépendants de ma volonté, je n'ai pu assurer le suivi de ce journal. 

Prendre un ticket pour le bonheur qui, comme chacun le sait, n’est pas formaté sur le principe du continuum, mais sur une succession de petits moments heureux qu’il faut cueillir à la volée…

Essuyer des tempêtes. D’abord le sirocco, vent du désert qui charrie dans son sillage le sable microscopique et opiniâtre, qui s’immisce de partout. J’ai essuyé bien des tempêtes bretonnes, mais les bourrasques chaudes qui tordent et dessèchent sans répit plantes, volets, rideaux, cheveux, corps mettent les nerfs à vif et rendent fous hommes, femmes et bêtes, je ne connaissais pas.

Le sirocco a soufflé 3 jours et j’ai pu juger de ses ravages : mon petit jardin sur le balcon grillé, mon petit nid incrusté de poussière, le souffle violent et incessant du vent qui empêche de dormir nuit comme jour et creuse les cernes, nous donnant tous un air hâve et tendu…

Puis, les orages et leur cortège d’inondations… Ajaccio noyée en quelques heures sous des torrents de boue et d’eaux sales qui la coupe littéralement en deux et teinte son littoral d’un beige kaki de mauvais aloi. Partir travailler à pied, dans l’eau jusqu’à la taille pour assurer la continuité des soins… [vocation, quand tu nous tiens au ventre ! ] s’adapter sans cesse à la situation, faire jouer les solidarités…

Bien entendu, le cataclysme frappe les quartiers les plus démunis et les transforme en marécage nauséabond où surnagent rats et relents d’égout. Pour la première fois, j’y suis retourner travailler ce matin sans que l’odeur d’étron ne me prenne à la gorge.

Et puis depuis deux jours, le cadeau ! Le grand beau temps, franc et chaud. La sueur qui perle dès la sortie de la douche fraîche… le sable fin qui brûle à l'insupportable la plante des pieds… la mer qui flirte avec les 22° et que je trouve déjà à peine rafraîchissante… l’haleine chaude de la brise marine sur le corps qui commence à prendre une jolie teinte dorée à force d’exposition brèves mais quotidiennes aux heures tardives où la chaleur écrase la plage… les plages, car je les tente toutes : Marésol , Tahiti, Barbicaja, Palm beach, Marinella… au gré de mes envies, mes humeurs, des personnes qui m’accompagnent, ou seule planquée sous mon panama avec un bon polar ou des nouvelles érotiques* (merci ma Nat !)

Côté boulot, la chaleur corse un peu l’exercice, que fort heureusement je commence à maîtriser dans ses grandes lignes. Je suis au stade où je prends plaisir à approfondir, retourner dans mes livres, suivre des formations, me poser des questions et trouver des réponses, avoir le geste plus sûr…

S’adapter à cette chaleur revient à adapter sa tenue aussi. En ce moment, je porte le sarouel, confortable, léger, que deux poches rend des plus pratiques, avec chemisette ample ou T-shirt, une chèche immaculé autour du cou pour protéger mes cervicales que la fatigue rend particulièrement douloureuses au moindre courant d’air ou sous l’effet de la climatisation, chevelure enroulée sur le sommet du crâne pour éviter de trop transpirer… Cette tenue, je l’ai déjà éprouvée à Ouarzazate, quelques années en arrière, pour me protéger de la chaleur et du vent… doux et émouvant souvenir que ce marathon des sables dont j’assurais la couverture pour un magazine municipal… dans une autre vie, un ailleurs qui me visite inlassablement, qui me remonte au moment où je m'y attends le moins.

L’autre plaisir, c’est de maintenant faire corps avec mon petit cheval de feu, onduler entre les voitures avec aisance, tous les sens aux aguets pour éviter l’accident toujours possible ici. Passagère pendant tant d’années, j’enviais aux motards cette capacité à basculer l’engin d’un simple coup de hanche pour infléchir sa course. Je ne me trompais pas : c’est aussi grisant, presque, que de maîtriser une godille dans la poudreuse fraîche (tu vois ce que je veux dire, Xav ?).

Et de tester des tenues résolument pas raisonnables – une petite pétasse, ça ne se refait pas comme ça !-  : petite robe noire en dentelle et talons aiguille pour aller danser la salsa, jupe en lin blanc fendue ou mini-jupe pour aller à la plage… tout est prétexte pour sentir la caresse de l’air chaud sur mes jambes. Positivement grisant.

L’été commence en Corse. J’espère qu’il sera long et chaud.

* Ce qui trouble Lola – Françoise Simpère – Ed. Pocket

01.05.2008

Mes besoins fondamentaux (2)

Se mouvoir, maintenir une bonne posture...

Bouger... un besoin plus que fondamental pour moi. Bouger pour me sentir vivante, quand je cours par exemple. Ou quand je danse, les yeux mi-clos le plus souvent, toute entière abandonnée à la musique qui guide mes gestes et harmonise mon rythme intérieur... Bouger pour aller à la rencontre des autres, descendre en ville sur mon scooter pour me frotter à la civilisation en mouvement, me couler dans cette humanité, me gorger soudain d'un éclat léger et tourbillonnant, dans mon Ajaccio bling-bling à moi, arpenter les rues en roulant du popotin, mon sport favori, parce que, oui, j'aime marcher comme une lionne dans la savane et allumer les regards autour de moi...

Se mouvoir... sentir mes muscles s'étirer à chaque brasse, sentir ma peu nue frissonner, se hérisser sous la caresse salée de la mer, au coeur du golfe de Lava, où je m'échappe quelques instants de la dernière oursinade, dans le cabanon des Marseilllais... Des gens simples et chaleureux, trois générations confondues et la quatrième à peine visible dans le renflement discret d'un ventre de jeune femme... Qui rient, palabrent, galèjent autour d'un verre embué par le rosé corse, les babines sucrées d'oursins. Régal de gonades renflées, offertes dans leurs corolles d'un violet si sombre qu'on les croit charbon, au délicat parfum de coriandre noyé dans un relent d'iode qu'on pioche d'une mouillette de gâche fraîche... Dès le ventre plein, je ne résiste pas à l'appel de cette eau claire, cernée par les montagnes phosphorescentes. Nager...

Se mouvoir et se remuer, pour assurer le timing entre chaque patient. Monter dans le voiture, enfourcher le scoot, trouver la route la plus courte, se garer, monter les 7 étages à pied, traverser les jardins ou les vignes, écrasés de soleil ou sous le pluie battante... Maintenir la bonne posture pour tourner, retourner, lever, coucher, redresser, mobiliser sans me fracasser le dos sur ces corps désormais immobiles, ces poids morts amplifiés par leurs ankyloses, de toute façon, bien plus lourds que moi... Trouver la bonne distance. Faire la bise ou pas. Poser la main sur l'épaule, réconfortante. Caresser une joue. Masser un muscle douloureux, des pieds enflés. Shampooiner, raser, coiffer, enduire de crème, jongler avec les pinces pour refaire un pansement, piquer, couper, écarter.

Souvent je regarde mes mains avec une sorte d'admiration: elles ont acquis au fil du temps de telles compétences ! Elles jardinent, bricolent, écrivent, consolent, fessent, cognent, caressent, soignent, nettoient, soulagent, chatouillent, grattent, cuisinent... Fascinant !

Oui, pour faire face à cette nouvelle vie qui me passionne, je dois sans arrêt maintenir une bonne posture, accepter les temps forts, où je bouge beaucoup et les temps calmes, où je me pose et me repose, pour continuer à faire les bons choix, à être bien dans mes baskets. Ici et maintenant.

 

25.04.2008

Mes besoins fondamentaux (1)

ET oui, Xav, nous avons tous des besoins... Voici un aperçu de ce que peuvent être les besoins fondamentaux d'une corsarmoricaine...

Dormir...

Longtemps, je me suis couchée avec une seule angoisse : ne pas m'endormir. Ma dernière année d'étudiante a été à ce titre un cauchemar. Non seulement je ne m'endormais qu'après m'être retournée des heures et des heures dans mes draps froissés, mais je me réveillais ensuite au beau milieu de la nuit, yeux et cerveau grands ouverts, assaillie par mille et une pensées qui tourbillonnaient sans fin et me noyais le plus souvent dans l'angoisse de ne pas "avoir mon compte de sommeil".

Mes palliatifs ? Le sport à outrance, le petit verre de vin rouge au dîner, puis les petites pilules magiques, la petite cigarette mentholée pour m'étourdir un peu, les mots jetés dans le journal intime pour délester mon esprit enfiévré de toutes les expériences nouvelles que chaque journée m'apportait... Quelquefois la présence réconfortante de mon jeune ami qui me caressait la main jusqu'à ce que je sombre et qui s'esquivait sur la pointe des pieds, son devoir accompli... Je t'embrasse fort, gamin...

Puis j'ai appris à utiliser mon handicap. Ce temps d'éveil était quelque part du temps perdu, puisque je ne me reposais pas vraiment. Alors, j'en ai fait un temps d'écriture, de lecture, d'apprentissage. Et, en échange, j'ai appris à utiliser chaque temps mort de la journée. Avec mes complices, mes petits bouchons d'oreille fluo ou mon MP3, voire mon bandeau pour les yeux, je me suis mise à dormir à tout moment, partout... Dans le train, les voitures, sur la plage, dans mon canapé, même en cours... j'ai cultivé l'art de la micro-sieste dont j'entendais vanter les mérites depuis si longtemps...

En Corse, je mesure tous les bénéfices de cet apprentissage. Cette nouvelle vie est trépidante, donc épuisante. Dès que je me pose, un livre à la main, je plonge dans le sommeil. Sieste dans le hamac sur la plage de Tahiti, sur un rocher aux sanguinaires, sur mon canapé d'été bercée par le vent marin, enroulée dans mes draps les volets mi-clos, contre une peau douce et chaude qui devient familière... je m'essaye à tous les endroits avec délice.

17.04.2008

Bonjour, bonjour, les hirondelles...

"Un rien m'agite. Rien ne m'ébranle." Louise WEISS 

Thalassa, mare nostrum… la mer nourricière, tout à tour transparente, tour à tour sombre et colérique, secrète ou inquiétante. Omniprésente quoiqu’il en soit. Je la dévore des yeux, je la hume, je la lèche quand les embruns balayent mon visage et je souris aux anges. Elle m’est familière comme un alter-ego, un double soyeux dont j’aime la mouvance infinie.

Je me glisse le long de sa côte houleuse dans le matin qui se lève lorsque je remonte les Sanguinaires pour m’engouffrer dans la ville endormie. Le Trottel, Albert 1er, quartier résidentiel où le parfum des jasmins m’enivre… J’aperçois le ferry de 7 heures dont le ventre plein fend l’eau d’une trace nacrée et je le met au défi : je serais au port avant lui, inch Allah !

Franchir la Citadelle dont la tourelle à l’entrée me rappelle à la fois ma tour bidouane malouine et celle d’Essaouira… Raser les façades roses aux volets de ce vert grisé, si particulier au sud, un peu comme la coque veloutée de l’amande, qui veillent sur des jardinets sagement agencés et se croire soudain en Italie… C’est l’heure où le port Tino Rossi fourmille. Remettre les terrasses en place, réparer, nettoyer, fourbir, décorer... Un œil sur les barques des pêcheurs à quai (Cascais, Sintra, mes amours !), l’autre sur la route parsemée d’imprévus, je me faufile entre les jets d’eau, les grondements des perceuses ou des scies en actions, les lazzis de ce petit peuple travailleur… Eiu !  Ajaccio se pare de ses couleurs d’été, comme une belle se maquille, pour accueillir la manne annuelle.

Car déjà, comme autrefois une hirondelle faisait le printemps, les premiers camping-cars apparaissent. Ma hantise, depuis Cancale où ils défiguraient sans vergogne le spectacle somptueux de la baie du Mont-Saint-Michel. Conducteurs beaufissimes, casquette et gras du bide, chaussettes dans les sandalettes en cuir, femmes épaissies par la ménopause, aux gueules ternes, débordants de leurs joggings informes "pour faire plus cool", et avec ça, mauvais coucheurs, mauvais consommateurs, mauvais citoyens, envahissant la nature et l’espace vital de tous… Le triomphe de l’individualisme crétin, du libéralisme soixante-huitard mal digéré, le « je suis libre et je t’emmerde ! » qui oublie que la liberté individuelle s’arrête là où commence celle des autres, l’apogée de la connerie occidentale, en bref !

Et je les retrouve là ! Posés comme de gros bourdons inutiles, de préférence en travers de la route, donc de ma route ! Je klaxonne, j’injurie - Tête de cats ! * - en accélérant dans un vrombissement rageur pour contourner l’importun abhorré…

Déjà, au pied de la place Foch, le classique petit train touristique reprend vaillamment du service, tout comme l’autobus à impériale qui balade les panthères grises en mal de sensations fortes. "J’ai fait la Corse ". Les mêmes que vomissent les cars luxueux directement dans le hall du Sun Beach Hôtel que surplombe ma terrasse. Appareils photos prêts à mitrailler, tenues sportswear, tennis blanches, ils s’agitent autour de leurs bagages dans une frénésie d’autant plus ridicule que l’urgence a été abolie de leur vie de retraite. Ils mettent, matin et soir, la même énergie à activer leurs mandibules insatiables, bien rangés autour des tables carrées nappées de blanc…

Mais grisée par mon petit cheval de feu, j’oublie… Déjà, le ferry manœuvre pour se positionner à quai et libérer motos, camions, voitures, piétons… J’adore contempler ce spectacle de chez mon homme. Parce qu’il me rappelle à chaque fois le matin de mon arrivée, la douce euphorie qui me transporte lorsque j’ai l’impression d’arriver à bon port, en écho à bien d’autres accostages… En écho à ce rêve fait l’été dernier, où j’étais moi-même un magnifique voilier de croisière qui abordait toutes voiles dehors un port du Sud dans la lumière de l’aube, une lumière froide et d’une transparence bleutée que je n’avais croisé qu’aux abords de la Turquie ou d’Israël jusqu’alors, je veux dire, avant la Corse, aux antipodes de la chaleur orangée des rives nord-africaines…

D’ailleurs, les maisonnettes blanches, accrochées comme des petits cubes à la colline, comme autant de promesses de bonheur à découvrir une à une, tel un calendrier de l’Avent, m’évoquaient mon arrivée sur Haïfa, il y a plus de 20 ans… La terre promise. Mon voilier s’arrêtait soudain, en rade, se dandinant bêtement dans son attente. Dans mon sommeil, je ressentais à la fois une sécurité absolue et une réelle angoisse : est-ce qu’il y aurait vraiment une place un jour pour moi dans ce port où les paquebots s’alignaient harmonieusement ? Irais-je à la rencontre de ce territoire inconnu et prometteur ?

Basta ! Je me faufile avec virtuosité jusqu’au port d’Ornano et son Amirauté, et file sur le Finosello, mon point de ralliement. Il est bientôt 7 heures. Mes patients m’attendent.

*Tête de nœud (NDLR)

10.04.2008

Pégase infirmière.

Quatre mois ! Cela fait 4 mois aujourd'hui... J'ai fêté ça à ma façon, hier, par une soirée festive, comme je les aime.

Au programme, concert de Thomas Dutronc au théâtre de l'Empire, dont tout le mérite est de savoir s'entourer de bons musiciens de jazz manouche. Le violoniste, Pierre Blanchard, m'a arraché de longs frissons de plaisir qui ont surpris mon homme. Notre premier concert, pour fêter nos 4 mois aussi...

Il se mouille pas, le fils à papa : Reprises de Django, de quelques standards des 80', de son pote M (dont une adaptation total déjantée des Triplettes de Belleville, qui m'a rapprochée de toi, ma Marie chérie et de notre enthousiasme de gamines à la découverte de ce merveilleux film d'animation). Une mise en scène mi-poètique, mi-maladroite, un humour décalé à la Philippe Katerine, mais en moins bien, quelques compositions, un joli filet de voix gouailleuse, un bonne maîtrise de la guitare... Il a pour lui sa petite gueule d'amour, son nom, et d'être tombé dans la marmite tout petit...

Pas assez pour moi. Si ce n'est cet éternel et incommensurable plaisir du spectacle vivant, de cette foule obscure dont la chaleur me fait sentir tellement plus éveillée, cette communion d'émotions, d'éclats de rire, d'applaudissements, ces vibrations qui me retournent le corps et m'activent le cerveau par leurs évocations sensuelles. Ce bonheur là n'a pas de prix pour moi...

Puis s'affaler, repue, en terrasse dans la tiède nuit ajaccienne, en compagnie de deux filles jolies et spirituelles, des amies potentielles ? Filer en scoot dans les rues désertes, serrée contre Lui, qui me protège, me fait rire, m'honore avec tant de simplicité et de légèreté que s'en est troublant. Le moindre de mes désirs est pris en considération... Plus l'habitude... peut-être même pas l'habitude du tout...

Fend la bise

386893211.JPGEncore un mal pour un bien ! Vendredi dernier, je retrouve ma voiture avec deux pneus crevés... à coups de couteaux. Chacun autour de moi y va de son analyse : quelqu'un t'en veut... Tu t'es garé sur une place réservée... Tu as une collègue qui te jalouse... Une femme dont tu as regardé le mari de trop près...

Candide comme je suis, je me sens extrêmement choquée par le procédé. Je suis à pied et ça me ruine ce mois-çi encore, alors que je commençais à éponger mes frais d'installation...

Et puis voilà : mon petit bijou vient d'arriver du continent. Cette copie coréenne du vespa de mes rêves, mon cadeau à moi-même pour avoir si bien avancé dans cette nouvelle vie, surmonté les épreuves avec autant d'élégance et de courage...

Et là, tout change : je suis la pégase infirmière ! Remonter en selle, alors que ma première expérience au début des années 80, lors d'un voyage en Crête, avec ton frère, ma Nat adorée, m'a laissé encore à ce jour des cicatrices sur les genoux et le dessus du pied droit lorsque j'ai embrassé les graviers à pleine vitesse... Je sillonne les rues d'Ajaccio, m'enhardissant chaque jour un peu plus. Embouteillages, collines et montagnes, rien ne résiste à mes 100cm3. J'acquiers un degré de liberté et de légèreté inégalé.

Plaisir des odeurs de figuiers et de jasmins épanouis, du vent chaud qui glisse sur le visage, des 4 degrés du petit matin qui pique les yeux, des zig-zags entre les voitures qui me déclenchent des frissons le long de l'échine parce que je frôle le danger de tout mon corps en alerte...

Entre chaque patient, c'est comme un tour de manège qui me rend ma joie primale de petite fille et me permet de mieux digérer...

Cette patiente dont les formes généreuses me rappellent familièrement un Botéro, qui soulève tendrement ses vieilles mamelles avachies par le temps et ses dix rejetons pour que je la poudre d'un talc au parfum enivrant...

Cette dame, qui fête ses 80 ans en enterrant sa soeur aînée et en supportant vaillamment la déchéance physique de son époux amoureusement tyrannique, et m'offre un pot de confiture d'orange dont elle tient la recette d'un curé extraordinaire...

Ce marocain, sans arrêt au bord du coma hyperglycémique, qui me félicite pour mon joli véhicule et me conseille de le faire dormir sous une bâche pour préserver son éclat nacré...

Ce jeune homme, jaune comme un coing, les traits tirés par la douleur et la fièvre qui me poursuit dans un couloir par un "madame, vous êtes l'infirmière ? S'il vous plait ! j'ai une appendicite, mais j'ai peur de l'hôpital... Ils vont mal me soigner moi, n'est-ce pas ? J'ai peur... je fais quoi ?" Trouver les mots, encore et toujours, puiser au fond de moi, pour comprendre, consoler, convaincre...

Cet homme qu'une attaque a terrassé il y a 6 mois et qui chaque jour retrouve une parcelle d'autonomie. Un pas, deux pas, puis quinze... communiquer via une ardoise pour faire sortir tous ces mots qui se battent au bord de lèvres incapables désormais d'articuler et lui font couler des larmes de rage et dont une toilette au bord du lit ce matin rend les yeux enfin brillants comme des étoiles... de joie !

Oui, il est pas volé ce joli petit scooter. Même si les puristes, mes potes à deux roues, trouveront son vrombissement ridicule, sa reprise faible en montée, ses roues minuscules, moi je l'adore, mon compagnon de liberté...

 "Nous croyons pouvoir changer le cours des choses selon notre volonté parce que c'est c'est la seule solution heureuse que nous puissions envisager. Nous ne pensons pas à ce qui se produit généralement et qui est aussi une solution heureuse : les choses ne changent pas, ce sont nos désirs qui finissent par changer". ProustA la recherche du temps perdu.

01.04.2008

POISSON D'AVRIL

Il y a des matins, on ne sait pas pourquoi, on tombe du lit - pourtant très bas - à 5h30. Avec le sentiment d'être reposée, même si les cernes sous les yeux démentissent. Un peu tendue par l'urgence de la veille au soir, et l'hospitalisation d'un patient assommé de fièvre, qui respire comme si le diable était assis sur son torse. Un retour vers l'institution qui est toujours un peu un échec pour une infirmière qui prône l'hospitalisation à domicile. Toujours concentrée pour cette dernière des quatre nuits de garde qui se terminera à 8 heures.

Tourner et retourner dans le lit, à la recherche d'une petite miette de sommeil qui aurait pu s'échapper. Écrire un peu. Et puis se dire que c'est la première journée de repos. Se mettre à l'écoute de ses envies et de ce que dicte son instinct, toujours excellent conseiller. Envie de fun, de plaisir assuré... Sauter dans sa voiture, une pause à la boulangerie pour acheter des viennoiseries et la meilleure Ambruccheta d'Ajaccio... et courir réveiller l'homme qui sommeille dans la tiédeur de sa couette. Repasser un à un les plis qui burinent son visage, du bout des cils, du bout des doigts, du bout de la langue, se noyer dans son odeur, se rouler l'un contre l'autre, bras et jambes entremêlés pour accueillir dans la joie cette journée qui commence par un ciel rosi de soleil, célébrer ensemble le bonheur de se sentir vivant en mélangeant les souffles raccourcis par le désir... S'abandonner dans les draps pourpres et continuer sous la douche, supposée calmer les esprits, à se caresser sans fin, encore et encore...

1er avril - Quoi de mieux pour un petit poisson que des ébats aquatiques pour fêter cette date mythique ?

Puis exposer au soleil réconfortant de cette matinée le corps fourbu et comblé, le nez perdu dans les effluves du petit jasmin qui trône sur la terrasse. Traverser Ajaccio chaude comme la braise pour acheter les dernières places du concert de Thomas Dutronc, farfouiller à la bibliothèque pour tomber en arrêt devant la 4ème de couv du roman de Katherine Pancol : "La vie, c'est le désir..." et l'embarquer, assorti de quelques disques.

Revenir aux Sanguinaires, à la petite plage secrète de la Chapelle des Grecs, pour enfin piquer une première tête dans les vagues d'un blanc phosphorescent comme le linceul des fantômes qui tiennent parfois éveillée des nuits entières... et renaître, nimbée de sel, sur le gros sable qui grince sous la plante des pieds, comme de minuscules galets qui auraient roulés pendant des siècles et des siècles pour mieux s'échapper d'une plage de la Manche autrefois familière.

Sentir le coeur s'ouvrir comme la fleur de lotus au soleil, inondé d'un bonheur simple et entier. Se sentir encore tellement plus vivante qu'on a l'impression qu'on pourrait s'envoler...

Lire en dégustant chaque mot qui résonne en soi comme un écho familier, couché sur le papier par l'auteur interdit de ses 13 ans...

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Puis retrouver la paix du vaste appartement blanc, quasi monacal. S'asseoir devant le clavier et y taper au rythme du Triple Concerto de Beethoven pour communiquer avec ses amis invisibles cette pure journée de joie pendant que le roi soleil plonge dans les eaux fraîches de la baie.

Paul-Emile Victor a écrit :"Vivre, c'est se réveiller la nuit dans l'impatience du jour à venir, c'est s'émerveiller de ce que le miracle quotidien se reproduise pour nous une fois encore, c'est avoir des insomnies de joie".

J'aurais du le savoir plus tôt...

1er avril 2008. Je suis corsarmoricaine, vivante et heureuse.

"Embrassez-moi" - Katherine PANCOL - Ed. Albin Michel, sept. 2003

Triple concerto - BEETHOVEN - Itshak Perlman; Yo-Yo Ma ; Daniel barenboim - orchestre philharmonique de Berlin - EMI CLASSICS, 1995

26.03.2008

Pâques aux tisons

Plaisir de la page blanche , mon petit muscat à portée de main, une Menthol pour m'envapper un peu, le concert d'Ayo en musique de fond pour être plus près de vous, amis malouins...

Voilà, ma semaine de travail s'est achevée hier soir avec un sentiment d'intense satisfaction. Même si j'ai affronté le froid, la pluie, la grêle et la tempête durant tout le week-end pascal... Reprendre pied peu à peu, retrouver mon rythme, c'est-à-dire le bon speed efficace que j'aime lorsque je travaille, effacer le moindre instant de doute, se lancer, s'engager, sans avoir peur, dans des voies nouvelles...

J'ai enfin digéré "l'impact" de mon atterrisage corse. Je suis à nouveau campée solidement sur mes deux pieds, ici et maintenant. Mes objectifs en ligne de mire ! Yala !

L'hôpital Eugénie organisait cette semaine un colloque gériatrique auquel j'avais vaguement participé en rédigeant un texte d'introduction et soutenant mes collègues chargés de présenter notre structure d'hospitalisation à domicile. Une occasion en or pour découvrir le palais des congrès et le milieu professionnel local... et constater, affligée, combien le monde paramédical place bien bas le niveau de sa communication. Exposés abstraits, pétris de bons sentiments à la con, infantilisant, visages plein pot de vieillards sur musique corse larmoyante... nos vieux... I nostri Vecchji... tradition, respect, devoir.

Heureusement, notre présentation se distinguait du lot par sa fraîcheur, sa clarté et son professionalisme... J'aime notre équipe pour ce mélange. Je suis rassurée d'y trouver là de vraies ressources, de vrais échanges avec des personnes engagées, intellectuellement vivantes et enrichissantes. J'ai eu tellement peur pendant ces années d'études de me coltiner à vie des bourriques blasées qui raisonnent en fonctionnaires du soin, horaires, congés payés, maternité et retraite... J'avais bien croisé quelques modèles plus proches de mes aspirations... mais si peu !

Je commence à trouver ma vraie place dans cette jeune entreprise qui ressemble plus à un laboratoire qu'autre chose par son bouillonnement incessant et chaotique, à mettre du lien entre nous, à faire bouger les choses à force de positivisme et de provocations mesurées... j'apprends et je m'amuse. Je renoue le plaisir d'élaborer des stratégies et des projets avec mes collègues, débats passionnées qui nous ont tenus éveillés, autour d'un bon gigot, jusqu'à 3 heures de ce matin, par exemple...

Au chevet des patients, je commence à prendre confiance en moi, à m'assumer et m'affirmer professionnellement. Je mesure mieux l'énergie incroyable qu'il me faut dispenser pour résister aux sollicitations physiques, morales et émotionnelles propres à ce mode d'exercice. J'apprends donc à me ressourcer, à prendre soin de moi, différer, accepter de ne pas toujours être au top...

Et surtout, j'apprends la patience. Rude exercice pour l'enfant gâtée que j'ai toujours été...

21.03.2008

Notre dame de la Miséricorde

Semaine de Miséricorde sur Ajaccio. A Madunnuccia... Ville morte mardi pour cause de jour férié... On commémore la bonne dame qui nous protège depuis le XVIè, cette vierge mère au sourire ineffable qui éloigne la peste des rues ajacciennes... Les calvaires, les tombes et les balcons s'illuminent de quinquets rouges. J'emprunte à cette coutume la bougie miséricordieuse pour veiller mon oncle qui lutte entre la vie et la mort, et plus largement, en hommage à tous ceux qui sont partis de notre monde, mais qui vivent toujours dans mon coeur et mon âme...

Il fait ce matin-là une chaleur indécente. Je file dans les rues désertes et ensoleillées de la ville... Je travaille en T-shirt, sourire aux lèvres. Je renoue avec une tournée que je n'ai pas souvent faite ce mois-çi. J'en apprécie les patients, qui, même s'ils sont très lourds moralement, le sont moins physiquement... Merci pour mon dos ! J'ai un peu plus de temps que d'habitude, ce qui me permet de me poser chez chacun, d'entretenir de rééls échanges qui vont me nourrir pour les jours qui viennent. Gratification des choses de l'esprit...

Esprit qui se manifeste à nouveau à moi, vorace, fébrile, impatient... Malmené par trois années d'immersion dans les études, par le stress des trois mois qui ont suivi le diplôme, je sens quelque chose s'éveiller à nouveau, un appétit pour tout ce qui peut stimuler, enrichir, nourrir ma réflexion, ma créativité... Sortir enfin le nez de mon nombril et m'ouvrir au monde qui m'entoure.

Explorations spirituelles 

Je commence timidement, par un cinéma. Le premier depuis décembre. Je m'aventure à l'Empire, que mes collègues dénigrent allègrement : vieux, sale, inconfortable... ont-elles dit. Il n'en faut pas plus pour que j'ai envie de voir par moi-même !

L'empire est un ancien théâtre de 1200 places, avec balcon et orchestre, fauteuils de velours rouge, le tout dans le style Art déco, bien que construit juste après-guerre. Le fantôme de Tino Rossi y plane encore... J'adore ! L'ensemble n'est pas d'une première jeunesse - y compris les tenanciers ! - mais l'écran est immense, le son est bon et au moins, on ne se marche pas dessus en ce mercredi soir ! Je n'ai pas le snobisme du high-tech, ni l'esprit à toujours vouloir le nec plus ultra sous prétexte que je paye. Encore moins de faire 15 kilomètres supplémentaires pour ce confort ! Le supplément d'âme n'a pas de prix à mes yeux.

Bienvenue chez les Ch'tis ! A quel point je me sens nordiste, lorsque ma gentille voisine se penche vers moi et susurre : "Tu peux me traduire ? t'as l'air de tout comprendre..." ! Et oui, le "Quin" des ch'tis sonne vraiment comme celui des Cauchois ! Je pleure de rire devant ce film sans prétention, plein de bons sentiments, où le tandem d'acteurs fonctionne avec autant de grâce qu'un Bourvil - De Funés d'autrefois.

Émotion de revoir cette ambiance nordiste qui me replonge cinq ans en arrière dans mes escapades belges, cette merveilleuse Brugge, aux façades de briques rouge, aux canaux magiques qui l'irriguent d'un flot incessant et bouillonnant comme celui qui coule dans nos veines, où est né l'envie de mon actuel projet professionnel...

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Puis hier, jour de repos, je fais ma "sègue". Talons hauts, jeans, blouson de cuir ajusté comme un corset et lunettes noires, je déboule en ville régler quelques affaires. J'arpente la rue Fesch et pousse la porte de la bibliothèque de la ville. Et là, j'ai un éblouissement, comme lorsque je rentre dans certaines chapelles : d'architecture romane, la salle très haute sous plafond est tapissée de livres aux dos de cuir patinés par les siècles, des livres qu'on ne rejoint pour certains que par une échelle étroite... Une table centrale, étroite et longue comme un jour sans pain, offre son autel à quelques studieux lecteurs, éclairés par de petites lampes. L'atmosphère est au recueillement, à l'apaisement. Je suis submergée par une émotion si familière et pourtant si lointaine que je la croyais disparue à tout jamais. Je retrouve ici un hâvre de paix, entourée de mes compagnons de route de toujours (je lis, que dis-je, je dévore, depuis l'âge de 5 ans).

Quelques portes plus loin, j'atterri à la médiathèque, avec un tel sourire de "ravie", que qui me croise dans Ajaccio doit me croire un peu simplette par moment... Flairer l'odeur du papier, se perdre dans les rayonnages, sortir du bout du doigt un livre pour se laisser accrocher par un mot ou deux que la quatrième de couv, compulser les DVD, les CD, les magazines, tenir enfin une petite carte magnétique qui prouve encore un peu plus mon appartenance à cette ville... Cette médiathèque (elle a 4 annexes) possède un fond de 10000 ouvrages. De quoi faire pour une affamée qui n'a engouffré depuis trois ans quasiment que des livres de physiologie, philosophie de soins, calculs de dose, anatomie... Je renais et file prendre un chocolat chaud place du diamant, avec le Clézio et Gabriel Garcia Marquez sous le bras (envie de littérature voyageuse et légère aujourd'hui...).

Un petit point sur les derniers jours avec ma cousine, nos joies, nos peines, ce drame familial qui m'a fait hurler de rage impuissante et de douleur la semaine passée, qui hante mes nuits hachées et me coupe drastiquement tout appétit depuis.

1224695752.2.JPGEt puis je décide d'aller me faire mon cadeau du printemps. Après mûres réflexions, j'ai renoncé au bolide rouge ci-dessus, copie conforme de ma shadow bretonne. Trop lourde, pas assez maniable pour se faufiler dans les embouteillages pour une motarde en herbe !

Alors j'ai craqué pour un petit scooter trop "mac", une copie de Vespa made in China, tout nacré, couleur café et ivoire comme une tranche napolitaine, avec le joli casque assorti... Miam ! je vais me régaler dans les rues de la ville. Retrouver ce sentiment de liberté, la caresse du vent sur ma peau,...

Mon amie, la princesse corse, trouve, tout amicalement et dans un éclat de rire, que je suis une vraie petite merdeuse. C'est le mot équivallent ici pour dire "pétasse", qui lui a un sens très insultant ! (Ne jamais hésiter à toujours se faire traduire ce qu'on ne comprend pas de prime abord pour éviter les malentendus !)

Je recevrais ce petit bijou la semaine prochaine. Ca va frimer dur, je le sens !

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