27.10.2009

Cas de divorces

Quasiment un mariage sur deux se clôture par un divorce en France de nos jours. Et qu’est ce qu’on en fait ? Des séries à l’eau de rose sur M6 ou TF1. Alors, c’est dur, on pleure, on se déchire… le temps passe… on rencontre quelqu’un… le cœur bat, à nouveau… et ça repart… Le mensonge continue… On nous prend pour des cons.

A Bridget Jones qui dépeint au travers de sa quête l’enfer du célibat dans notre société normée, je donne rendez-vous dans le no man’s land de l’après mariage. Parce qu’il y a de quoi tenir un journal d’une jolie causticité là aussi. Et plus inédit.

A l’homme marié qui s’étonnait hier encore que je sois perturbée trois ans après la prononciation du divorce, par des bouffées de colère, des coups de blues, des moments de panique même par rapport à toute relation durable, je réponds que ceux qui prétendent sortir indemnes de cette épreuve sont des gros menteurs.

Pourquoi ? Parce ce que ce n’est pas une rupture uniquement sentimentale. Parce qu’il y a eu un contrat signé devant témoins, devant la loi des hommes et des dieux… le rompre marque non seulement un échec personnel, mais aussi une faillite sociale, la fin d’une élaboration complexe où se tissaient projets familiaux, patrimoniaux, parfois professionnels.

Alors repartir après ça ?

Je connais plusieurs cas de figure. Il y a ceux qui rebondissent très vite et sublime leur rupture en mettant toute leur énergie retrouvée à reconstruire la vie de leur rêve en accéléré : mariage, enfant, maison. Avec pour seul objectif, tout ce qu’ils n’avaient pu obtenir avant. Avec le bonheur à la clé ? Au moins celui d’avoir accompli un de leurs rêves.

Il y a ceux qui portent leur rupture comme une plaie béante. Je ne parle pas de ceux – que je ne connais pas personnellement-  souvent des hommes, dont la vie bascule au point qu’on les retrouve sur le trottoir, déchus de leur statut d’humain. Le schéma est souvent le même : quadra bien sonné, perte d’emploi souvent d’un haut niveau, la femme se barre… c’est la chute. La spirale infernale. Drôle de manège…  J’en ai distingué des prémisses chez un bel ingénieur, qui malgré sa bonne naissance et sa tête bien faite, me semblait en totale déroute, privé de son point d’ancrage. Heureusement pour lui, sans le crash à ce jour.

Non, je pense à ceux qui basculent tout gentiment, qui se murent dans leur misanthropie, tout en essayant frénétiquement de construire de nouvelles relations… vaines. A celles qui, sans même s’en rendre compte, montrent leurs griffes à tout bout de champ, farouchement campées dans leur solitude au point de sombrer, à mes yeux,  dans une véritable misère sociale, malgré un discours super rationalisant de célibattante. Parce que, cerise sur le gâteau empoisonné,  les femmes de ma génération commencent juste à digérer la philosophie féministe, à en retirer la substantifique moelle…

A leur défense, « plus jamais ça ! » s’impose comme le maître mot de l’après divorce dans ce cas de figure. Comment accepter d’être à nouveau deux quand on vient juste de retrouver la fabuleuse liberté ? Comment refaire des compromis, laisser l’autre entrer dans son intimité, se focaliser sur autre chose que le déroulé de ses propres ambitions ? D’autant plus difficile que l’autre est désormais adulte constitué, avec son passé, ses propres failles, à moins de se spécialiser dans l’âge tendre…  A ceux qui ont la chance d’avoir vécu à deux sans tomber dans le piège de la compromission, j’adresse toutes mes félicitations.

Car le danger de l’après divorce, si l’on n’y prend pas garde, c’est de reproduire les mêmes comportements qu’avant. Ce qui a le don, au mieux de nous mettre mal à l’aise, au pire de nous rendre complètement hystérique, une espèce de violence viscérale jaillie d’on ne sait où pour nous protéger, comme un feu qui couve, inextinguible. Homme ou femme, nous sommes tentés toujours par le confort de ce que nous connaissons déjà. C’est comme dans l’art, nous n’apprécions vraiment que ce qui nous est familier. Besoin profond de réassurance ? De marques ? D’ancrages ? Je pense qu’il faut une sacrée force de caractère pour sortir de ce travers.

Alors, du haut de ma petite expérience, je prônerai volontiers une voie médiane.  Après le grand vent de re-narcissisation qui marque le début  de notre nouvelle vie, souvent une belle alternance des PCR® (Plan cul Régulier) et PCI® (Plan cul Irrégulier), je pense qu’il faut avancer. Encore et toujours. Parfois en crabe mais toujours les yeux grands ouverts. Car l’enjeu est bien de continuer à  se construire soi-même et non plus une certaine idée sociale du couple. L’autre participe à définir les contours de ce que nous sommes et nous offrons. Ne nous en privons pas. Sans retomber dans l’abnégation, sans s’enfermer dans le vil quotidien. Faire de chaque jour un terrain de jeu nouveau, puisque le divorce n’est au fond jamais qu’un moyen de se réinventer une nouvelle vie.

Nota bene : A voir ou revoir "Mr &Mrs Smiths", un petit bijou d'Alfred Hitchcok