21.03.2008
Notre dame de la Miséricorde
Semaine de Miséricorde sur Ajaccio. A Madunnuccia... Ville morte mardi pour cause de jour férié... On commémore la bonne dame qui nous protège depuis le XVIè, cette vierge mère au sourire ineffable qui éloigne la peste des rues ajacciennes... Les calvaires, les tombes et les balcons s'illuminent de quinquets rouges. J'emprunte à cette coutume la bougie miséricordieuse pour veiller mon oncle qui lutte entre la vie et la mort, et plus largement, en hommage à tous ceux qui sont partis de notre monde, mais qui vivent toujours dans mon coeur et mon âme...
Il fait ce matin-là une chaleur indécente. Je file dans les rues désertes et ensoleillées de la ville... Je travaille en T-shirt, sourire aux lèvres. Je renoue avec une tournée que je n'ai pas souvent faite ce mois-çi. J'en apprécie les patients, qui, même s'ils sont très lourds moralement, le sont moins physiquement... Merci pour mon dos ! J'ai un peu plus de temps que d'habitude, ce qui me permet de me poser chez chacun, d'entretenir de rééls échanges qui vont me nourrir pour les jours qui viennent. Gratification des choses de l'esprit...
Esprit qui se manifeste à nouveau à moi, vorace, fébrile, impatient... Malmené par trois années d'immersion dans les études, par le stress des trois mois qui ont suivi le diplôme, je sens quelque chose s'éveiller à nouveau, un appétit pour tout ce qui peut stimuler, enrichir, nourrir ma réflexion, ma créativité... Sortir enfin le nez de mon nombril et m'ouvrir au monde qui m'entoure.
Explorations spirituelles
Je commence timidement, par un cinéma. Le premier depuis décembre. Je m'aventure à l'Empire, que mes collègues dénigrent allègrement : vieux, sale, inconfortable... ont-elles dit. Il n'en faut pas plus pour que j'ai envie de voir par moi-même !
L'empire est un ancien théâtre de 1200 places, avec balcon et orchestre, fauteuils de velours rouge, le tout dans le style Art déco, bien que construit juste après-guerre. Le fantôme de Tino Rossi y plane encore... J'adore ! L'ensemble n'est pas d'une première jeunesse - y compris les tenanciers ! - mais l'écran est immense, le son est bon et au moins, on ne se marche pas dessus en ce mercredi soir ! Je n'ai pas le snobisme du high-tech, ni l'esprit à toujours vouloir le nec plus ultra sous prétexte que je paye. Encore moins de faire 15 kilomètres supplémentaires pour ce confort ! Le supplément d'âme n'a pas de prix à mes yeux.
Bienvenue chez les Ch'tis ! A quel point je me sens nordiste, lorsque ma gentille voisine se penche vers moi et susurre : "Tu peux me traduire ? t'as l'air de tout comprendre..." ! Et oui, le "Quin" des ch'tis sonne vraiment comme celui des Cauchois ! Je pleure de rire devant ce film sans prétention, plein de bons sentiments, où le tandem d'acteurs fonctionne avec autant de grâce qu'un Bourvil - De Funés d'autrefois.
Émotion de revoir cette ambiance nordiste qui me replonge cinq ans en arrière dans mes escapades belges, cette merveilleuse Brugge, aux façades de briques rouge, aux canaux magiques qui l'irriguent d'un flot incessant et bouillonnant comme celui qui coule dans nos veines, où est né l'envie de mon actuel projet professionnel...

Puis hier, jour de repos, je fais ma "sègue". Talons hauts, jeans, blouson de cuir ajusté comme un corset et lunettes noires, je déboule en ville régler quelques affaires. J'arpente la rue Fesch et pousse la porte de la bibliothèque de la ville. Et là, j'ai un éblouissement, comme lorsque je rentre dans certaines chapelles : d'architecture romane, la salle très haute sous plafond est tapissée de livres aux dos de cuir patinés par les siècles, des livres qu'on ne rejoint pour certains que par une échelle étroite... Une table centrale, étroite et longue comme un jour sans pain, offre son autel à quelques studieux lecteurs, éclairés par de petites lampes. L'atmosphère est au recueillement, à l'apaisement. Je suis submergée par une émotion si familière et pourtant si lointaine que je la croyais disparue à tout jamais. Je retrouve ici un hâvre de paix, entourée de mes compagnons de route de toujours (je lis, que dis-je, je dévore, depuis l'âge de 5 ans).
Quelques portes plus loin, j'atterri à la médiathèque, avec un tel sourire de "ravie", que qui me croise dans Ajaccio doit me croire un peu simplette par moment... Flairer l'odeur du papier, se perdre dans les rayonnages, sortir du bout du doigt un livre pour se laisser accrocher par un mot ou deux que la quatrième de couv, compulser les DVD, les CD, les magazines, tenir enfin une petite carte magnétique qui prouve encore un peu plus mon appartenance à cette ville... Cette médiathèque (elle a 4 annexes) possède un fond de 10000 ouvrages. De quoi faire pour une affamée qui n'a engouffré depuis trois ans quasiment que des livres de physiologie, philosophie de soins, calculs de dose, anatomie... Je renais et file prendre un chocolat chaud place du diamant, avec le Clézio et Gabriel Garcia Marquez sous le bras (envie de littérature voyageuse et légère aujourd'hui...).
Un petit point sur les derniers jours avec ma cousine, nos joies, nos peines, ce drame familial qui m'a fait hurler de rage impuissante et de douleur la semaine passée, qui hante mes nuits hachées et me coupe drastiquement tout appétit depuis.
Et puis je décide d'aller me faire mon cadeau du printemps. Après mûres réflexions, j'ai renoncé au bolide rouge ci-dessus, copie conforme de ma shadow bretonne. Trop lourde, pas assez maniable pour se faufiler dans les embouteillages pour une motarde en herbe !
Alors j'ai craqué pour un petit scooter trop "mac", une copie de Vespa made in China, tout nacré, couleur café et ivoire comme une tranche napolitaine, avec le joli casque assorti... Miam ! je vais me régaler dans les rues de la ville. Retrouver ce sentiment de liberté, la caresse du vent sur ma peau,...
Mon amie, la princesse corse, trouve, tout amicalement et dans un éclat de rire, que je suis une vraie petite merdeuse. C'est le mot équivallent ici pour dire "pétasse", qui lui a un sens très insultant ! (Ne jamais hésiter à toujours se faire traduire ce qu'on ne comprend pas de prime abord pour éviter les malentendus !)
Je recevrais ce petit bijou la semaine prochaine. Ca va frimer dur, je le sens !
14:04 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fête, corse, infirmière, ch'tis, bibliothèque


