14.07.2008

Quartiers d'été

Se laisser glisser en pente douce... apprivoiser cette chaleur étouffante qui laisse la peau moite dès le petit matin et jusqu’au creux de la nuit. La sueur qui ruisselle dans le cou au réveil, inonde les reins pendant le travail…
Cette hausse brutale de la température engourdit nos gestes, ralentit notre rythme de travail, malmène nos nerfs et surtout ceux des patients, qui en deviennent impatients !

Les patients impatients

Je touche là les limites de ma vision du métier. Empathie, écoute, gentillesse ? Tout part en vrille face à l’agressivité, à la violence des propos et des gestes des personnes que je viens voir chez elles pour leur faire du bien, les soigner, les apaiser, leur dispenser un peu de joie de vivre et de bien-être.
Le choc est violent. J’éprouve enfin le rôle exact de l’infirmière, non pas tel qu’il est idéalement décrit par nos pairs à l’institut de formation, mais tel que certaines lectures me l’avaient laissé entrevoir. Nous sommes coincées entre le sacro-saint pouvoir médical et le réalité crue : la douleur, la merde, le pus, le sang, la peur, la mort… et nous ne sommes strictement pas formées à ça.

En bons petits soldats, nous partons au front (et l’HAD a ça de redoutable que notre structure virtuelle nous protège peu, contrairement au service hospitalier classique qui tout en sclérosant ses soignants n’en reste pas moins un contenant de choix). Et nous encaissons plein fouet notre impuissance face aux attentes des patients. Rares sont ceux qui acceptent leur sort. Comme celui-ci, excédé, qui me demande quand je vais enfin le guérir en désignant ses poches d’urétérostomies qui pendouillent sur son ventre (sondes abouchées à la sortie des reins pour permettre la sortie de l’urine suite à une ablation d’une prostate cancéreuse)… Le guérir de quoi au juste ? De vivre en ce siècle qui lui permet de prolonger sa vie de quelques années grâce à une exérèse habile et deux petits tuyaux de quelques millimètres de diamètres ? Son père aurait déjà succombé au crabe qui lui a grignoté le bas-ventre. Comment faire passer le message ?

Sommes-nous des magiciens ?

En HAD, nous sommes dans l’éducation, l’accompagnement, mais pas dans la guérison. Nous pallions, en tentant de cerner au mieux – et dans les limites du raisonnable – les besoins des patients. Ceci fait, nous bataillons avec les médecins pour les mobiliser et obtenir un feu vert pour l’action : la prescription. En attendant nous prenons de plein fouet les angoisses, les colères, les frustrations, non seulement des patients, mais aussi des familles. Attention, je comprends et conçois leurs réactions. Mais j’ai malgré tout l’impression d’être un punching ball… une décharge publique…
Tout l’art, ces derniers temps, consiste pour moi à me repositionner encore, retravailler cette distance avec les autres pour me faire respecter tout en entendant les plaintes… Réagir à l’agression sans me laisser déborder par mes propres émotions. Pas facile tous les jours !

Rive sud


Ma bulle d’air, ma fuite en douce, ma réparation, c’est à Mare e Sole que je la trouve. Une petite plage sauvage de la Rive Sud -le saint-Trop' local -, nichée derrière une pinède, aux grains de sable énormes qui roulent sous les pieds, râpent les orteils… j’y passe quasiment tout mon temps libre depuis trois semaines. J’y vis à la Robinsonne, sans confort matériel, ni contraintes ni timing, à part celui, constant, de mon estomac qui me rappelle à l’ordre toutes les quatre heures…

Vivre là, quasi nue, le cheveu en bataille, la peau dorée, tour à tour roulée dans le sable, immergée dans l’eau, caressée par le vent sur un bateau, perdue sur une île déserte au large, affalée dans les profonds canapés greige de la paillote, un petit rosé à la main, éclairée par les flambeaux du barbecue de plage ou blottie dans le grand lit de notre cabane contre la peau soyeuse de mon homme… j'y suis animale et comblée, le cerveau en hamac, à l'écoute du temps qui fugue. Mare e Sole symbolise ce que je voulais pour mon premier été corse : Sea, sun, amour, fou-rire ou larmes, tendresse, complicité, amitiés... Le repos de la guerrière, enfin !

 

01.05.2008

Mes besoins fondamentaux (2)

Se mouvoir, maintenir une bonne posture...

Bouger... un besoin plus que fondamental pour moi. Bouger pour me sentir vivante, quand je cours par exemple. Ou quand je danse, les yeux mi-clos le plus souvent, toute entière abandonnée à la musique qui guide mes gestes et harmonise mon rythme intérieur... Bouger pour aller à la rencontre des autres, descendre en ville sur mon scooter pour me frotter à la civilisation en mouvement, me couler dans cette humanité, me gorger soudain d'un éclat léger et tourbillonnant, dans mon Ajaccio bling-bling à moi, arpenter les rues en roulant du popotin, mon sport favori, parce que, oui, j'aime marcher comme une lionne dans la savane et allumer les regards autour de moi...

Se mouvoir... sentir mes muscles s'étirer à chaque brasse, sentir ma peu nue frissonner, se hérisser sous la caresse salée de la mer, au coeur du golfe de Lava, où je m'échappe quelques instants de la dernière oursinade, dans le cabanon des Marseilllais... Des gens simples et chaleureux, trois générations confondues et la quatrième à peine visible dans le renflement discret d'un ventre de jeune femme... Qui rient, palabrent, galèjent autour d'un verre embué par le rosé corse, les babines sucrées d'oursins. Régal de gonades renflées, offertes dans leurs corolles d'un violet si sombre qu'on les croit charbon, au délicat parfum de coriandre noyé dans un relent d'iode qu'on pioche d'une mouillette de gâche fraîche... Dès le ventre plein, je ne résiste pas à l'appel de cette eau claire, cernée par les montagnes phosphorescentes. Nager...

Se mouvoir et se remuer, pour assurer le timing entre chaque patient. Monter dans le voiture, enfourcher le scoot, trouver la route la plus courte, se garer, monter les 7 étages à pied, traverser les jardins ou les vignes, écrasés de soleil ou sous le pluie battante... Maintenir la bonne posture pour tourner, retourner, lever, coucher, redresser, mobiliser sans me fracasser le dos sur ces corps désormais immobiles, ces poids morts amplifiés par leurs ankyloses, de toute façon, bien plus lourds que moi... Trouver la bonne distance. Faire la bise ou pas. Poser la main sur l'épaule, réconfortante. Caresser une joue. Masser un muscle douloureux, des pieds enflés. Shampooiner, raser, coiffer, enduire de crème, jongler avec les pinces pour refaire un pansement, piquer, couper, écarter.

Souvent je regarde mes mains avec une sorte d'admiration: elles ont acquis au fil du temps de telles compétences ! Elles jardinent, bricolent, écrivent, consolent, fessent, cognent, caressent, soignent, nettoient, soulagent, chatouillent, grattent, cuisinent... Fascinant !

Oui, pour faire face à cette nouvelle vie qui me passionne, je dois sans arrêt maintenir une bonne posture, accepter les temps forts, où je bouge beaucoup et les temps calmes, où je me pose et me repose, pour continuer à faire les bons choix, à être bien dans mes baskets. Ici et maintenant.

 

10.04.2008

Pégase infirmière.

Quatre mois ! Cela fait 4 mois aujourd'hui... J'ai fêté ça à ma façon, hier, par une soirée festive, comme je les aime.

Au programme, concert de Thomas Dutronc au théâtre de l'Empire, dont tout le mérite est de savoir s'entourer de bons musiciens de jazz manouche. Le violoniste, Pierre Blanchard, m'a arraché de longs frissons de plaisir qui ont surpris mon homme. Notre premier concert, pour fêter nos 4 mois aussi...

Il se mouille pas, le fils à papa : Reprises de Django, de quelques standards des 80', de son pote M (dont une adaptation total déjantée des Triplettes de Belleville, qui m'a rapprochée de toi, ma Marie chérie et de notre enthousiasme de gamines à la découverte de ce merveilleux film d'animation). Une mise en scène mi-poètique, mi-maladroite, un humour décalé à la Philippe Katerine, mais en moins bien, quelques compositions, un joli filet de voix gouailleuse, un bonne maîtrise de la guitare... Il a pour lui sa petite gueule d'amour, son nom, et d'être tombé dans la marmite tout petit...

Pas assez pour moi. Si ce n'est cet éternel et incommensurable plaisir du spectacle vivant, de cette foule obscure dont la chaleur me fait sentir tellement plus éveillée, cette communion d'émotions, d'éclats de rire, d'applaudissements, ces vibrations qui me retournent le corps et m'activent le cerveau par leurs évocations sensuelles. Ce bonheur là n'a pas de prix pour moi...

Puis s'affaler, repue, en terrasse dans la tiède nuit ajaccienne, en compagnie de deux filles jolies et spirituelles, des amies potentielles ? Filer en scoot dans les rues désertes, serrée contre Lui, qui me protège, me fait rire, m'honore avec tant de simplicité et de légèreté que s'en est troublant. Le moindre de mes désirs est pris en considération... Plus l'habitude... peut-être même pas l'habitude du tout...

Fend la bise

386893211.JPGEncore un mal pour un bien ! Vendredi dernier, je retrouve ma voiture avec deux pneus crevés... à coups de couteaux. Chacun autour de moi y va de son analyse : quelqu'un t'en veut... Tu t'es garé sur une place réservée... Tu as une collègue qui te jalouse... Une femme dont tu as regardé le mari de trop près...

Candide comme je suis, je me sens extrêmement choquée par le procédé. Je suis à pied et ça me ruine ce mois-çi encore, alors que je commençais à éponger mes frais d'installation...

Et puis voilà : mon petit bijou vient d'arriver du continent. Cette copie coréenne du vespa de mes rêves, mon cadeau à moi-même pour avoir si bien avancé dans cette nouvelle vie, surmonté les épreuves avec autant d'élégance et de courage...

Et là, tout change : je suis la pégase infirmière ! Remonter en selle, alors que ma première expérience au début des années 80, lors d'un voyage en Crête, avec ton frère, ma Nat adorée, m'a laissé encore à ce jour des cicatrices sur les genoux et le dessus du pied droit lorsque j'ai embrassé les graviers à pleine vitesse... Je sillonne les rues d'Ajaccio, m'enhardissant chaque jour un peu plus. Embouteillages, collines et montagnes, rien ne résiste à mes 100cm3. J'acquiers un degré de liberté et de légèreté inégalé.

Plaisir des odeurs de figuiers et de jasmins épanouis, du vent chaud qui glisse sur le visage, des 4 degrés du petit matin qui pique les yeux, des zig-zags entre les voitures qui me déclenchent des frissons le long de l'échine parce que je frôle le danger de tout mon corps en alerte...

Entre chaque patient, c'est comme un tour de manège qui me rend ma joie primale de petite fille et me permet de mieux digérer...

Cette patiente dont les formes généreuses me rappellent familièrement un Botéro, qui soulève tendrement ses vieilles mamelles avachies par le temps et ses dix rejetons pour que je la poudre d'un talc au parfum enivrant...

Cette dame, qui fête ses 80 ans en enterrant sa soeur aînée et en supportant vaillamment la déchéance physique de son époux amoureusement tyrannique, et m'offre un pot de confiture d'orange dont elle tient la recette d'un curé extraordinaire...

Ce marocain, sans arrêt au bord du coma hyperglycémique, qui me félicite pour mon joli véhicule et me conseille de le faire dormir sous une bâche pour préserver son éclat nacré...

Ce jeune homme, jaune comme un coing, les traits tirés par la douleur et la fièvre qui me poursuit dans un couloir par un "madame, vous êtes l'infirmière ? S'il vous plait ! j'ai une appendicite, mais j'ai peur de l'hôpital... Ils vont mal me soigner moi, n'est-ce pas ? J'ai peur... je fais quoi ?" Trouver les mots, encore et toujours, puiser au fond de moi, pour comprendre, consoler, convaincre...

Cet homme qu'une attaque a terrassé il y a 6 mois et qui chaque jour retrouve une parcelle d'autonomie. Un pas, deux pas, puis quinze... communiquer via une ardoise pour faire sortir tous ces mots qui se battent au bord de lèvres incapables désormais d'articuler et lui font couler des larmes de rage et dont une toilette au bord du lit ce matin rend les yeux enfin brillants comme des étoiles... de joie !

Oui, il est pas volé ce joli petit scooter. Même si les puristes, mes potes à deux roues, trouveront son vrombissement ridicule, sa reprise faible en montée, ses roues minuscules, moi je l'adore, mon compagnon de liberté...

 "Nous croyons pouvoir changer le cours des choses selon notre volonté parce que c'est c'est la seule solution heureuse que nous puissions envisager. Nous ne pensons pas à ce qui se produit généralement et qui est aussi une solution heureuse : les choses ne changent pas, ce sont nos désirs qui finissent par changer". ProustA la recherche du temps perdu.

01.04.2008

POISSON D'AVRIL

Il y a des matins, on ne sait pas pourquoi, on tombe du lit - pourtant très bas - à 5h30. Avec le sentiment d'être reposée, même si les cernes sous les yeux démentissent. Un peu tendue par l'urgence de la veille au soir, et l'hospitalisation d'un patient assommé de fièvre, qui respire comme si le diable était assis sur son torse. Un retour vers l'institution qui est toujours un peu un échec pour une infirmière qui prône l'hospitalisation à domicile. Toujours concentrée pour cette dernière des quatre nuits de garde qui se terminera à 8 heures.

Tourner et retourner dans le lit, à la recherche d'une petite miette de sommeil qui aurait pu s'échapper. Écrire un peu. Et puis se dire que c'est la première journée de repos. Se mettre à l'écoute de ses envies et de ce que dicte son instinct, toujours excellent conseiller. Envie de fun, de plaisir assuré... Sauter dans sa voiture, une pause à la boulangerie pour acheter des viennoiseries et la meilleure Ambruccheta d'Ajaccio... et courir réveiller l'homme qui sommeille dans la tiédeur de sa couette. Repasser un à un les plis qui burinent son visage, du bout des cils, du bout des doigts, du bout de la langue, se noyer dans son odeur, se rouler l'un contre l'autre, bras et jambes entremêlés pour accueillir dans la joie cette journée qui commence par un ciel rosi de soleil, célébrer ensemble le bonheur de se sentir vivant en mélangeant les souffles raccourcis par le désir... S'abandonner dans les draps pourpres et continuer sous la douche, supposée calmer les esprits, à se caresser sans fin, encore et encore...

1er avril - Quoi de mieux pour un petit poisson que des ébats aquatiques pour fêter cette date mythique ?

Puis exposer au soleil réconfortant de cette matinée le corps fourbu et comblé, le nez perdu dans les effluves du petit jasmin qui trône sur la terrasse. Traverser Ajaccio chaude comme la braise pour acheter les dernières places du concert de Thomas Dutronc, farfouiller à la bibliothèque pour tomber en arrêt devant la 4ème de couv du roman de Katherine Pancol : "La vie, c'est le désir..." et l'embarquer, assorti de quelques disques.

Revenir aux Sanguinaires, à la petite plage secrète de la Chapelle des Grecs, pour enfin piquer une première tête dans les vagues d'un blanc phosphorescent comme le linceul des fantômes qui tiennent parfois éveillée des nuits entières... et renaître, nimbée de sel, sur le gros sable qui grince sous la plante des pieds, comme de minuscules galets qui auraient roulés pendant des siècles et des siècles pour mieux s'échapper d'une plage de la Manche autrefois familière.

Sentir le coeur s'ouvrir comme la fleur de lotus au soleil, inondé d'un bonheur simple et entier. Se sentir encore tellement plus vivante qu'on a l'impression qu'on pourrait s'envoler...

Lire en dégustant chaque mot qui résonne en soi comme un écho familier, couché sur le papier par l'auteur interdit de ses 13 ans...

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Puis retrouver la paix du vaste appartement blanc, quasi monacal. S'asseoir devant le clavier et y taper au rythme du Triple Concerto de Beethoven pour communiquer avec ses amis invisibles cette pure journée de joie pendant que le roi soleil plonge dans les eaux fraîches de la baie.

Paul-Emile Victor a écrit :"Vivre, c'est se réveiller la nuit dans l'impatience du jour à venir, c'est s'émerveiller de ce que le miracle quotidien se reproduise pour nous une fois encore, c'est avoir des insomnies de joie".

J'aurais du le savoir plus tôt...

1er avril 2008. Je suis corsarmoricaine, vivante et heureuse.

"Embrassez-moi" - Katherine PANCOL - Ed. Albin Michel, sept. 2003

Triple concerto - BEETHOVEN - Itshak Perlman; Yo-Yo Ma ; Daniel barenboim - orchestre philharmonique de Berlin - EMI CLASSICS, 1995

09.03.2008

Martini in the morning

Dimanche soir sur la terre...

La nuit vient de tomber sur mon île. J'ai vu le soleil se lever dans un ciel délavé de rose, au-dessus des sommets à nouveau enneigés. Je renouais alors dans l'allégresse avec ma petite tournée dans la montagne. Monsieur Seguin, je t'échappe encore pour aujourd'hui ! Pourtant, je sens le loup qui rôde autour de moi...

Le même soleil s'est couché sous la pluie, après m'avoir offert le plus bel arc en ciel que je n'ai jamais vu. Une perfection de courbe qui enjambe la baie avec élégance.


Fumer une petite menthol en écoutant "Martini in the morning", la radio des crooners, pour réchauffer mon petit coeur battant. Je viens de regarder "La Môme" (merci Carl!). Marion Cotillard est réellement époustouflante... Je suis encore frissonante.

Se poser là, face à l'écran vaguement bleuté pour laisser les mots courir. Tenir encore deux jours de boulot avec le dos explosé, le bras droit qui ne veut plus rien savoir... Se laisser entraîner par le sirop de la voix de Sinatra, vers Chicago... Un ailleurs léger et prometteur.

Et si je me laissais aller à ne rien faire, ne rien anticiper, ne rien contrôler ? Tout simplement.

www.martiniinthemorning.com

 

04.03.2008

Coup de Tabac sur Ajaccio

Voilà, fin de journée. Retour sur les Sanguinaires avec un trop-plein. Coup de désespoir fugace et violent qui fait rouler les larmes sur mes joues.
Fatigue intense. dire que je me croyais reposée ce matin ! Marre de cette cadence effrénée.

C'est mon 4ème soir. Et j'en peux plus. Courir après le temps depuis 14h. Laver des culs depuis 17h à la chaîne. Impression de sentir la merde jusqu'au fond de mes os. Je sature. L'autre nuit, j'ai rêvé de culs d'où jaillissaient des fontaines de merde, sans fin...  Les images de ces corps souillés, meurtris, amoindris, ont même perturbé mon câlin... C'était la première fois. Encore une première fois. Lever, pousser, tirer, coucher, retourner, nettoyer, border... "Vous êtes fatigué ? c'est quand la dernière fois, vos selles ? et le pipi ? Y'en a combien du pipi ?"

Le binôme fait tout dans ses cas-là. Et aujourd'hui, l'alchimie n'a pas eu lieu. Il m'a fallu lutter contre ma fatigue, mon manque de motivation (ça arrive, on n'est pas non plus des robots), apporter un minimum d'énergie aux patients et en plus donner le rythme à ma collègue, conduire en ville, en montagne pour abattre la cinquantaine de kilomètres du jour, dans la chaleur et les embouteillages, gérer le travail à deux. Impossible ce soir de me reposer sur l'autre: nous n'avons pas le même tempo. Prendre sur soi pendant les 7 heures que dure notre tête-à-tête. Je n'ai pas encore assez de bouteille pour travailler en pilote automatique.

Cette épreuve me laisse tendue, épuisée, frustrée... Est-ce là le métier que j'ai choisi, voulu et rêvé ? Alors je laisse couler les quelques larmes; je regagne mon petit aquarium sur la colline en me demandant après quoi je cours... vraiment !

J'ai cuisiné une bonne soupe ce matin qui, assortie d'un morceau de tomme corse, m'apporte le réconfort nécessaire. Juste fatiguée. Je dois dormir...

Demain sera un autre jour... de congé !

Frissons de printemps

Depuis mes deux derniers jours de repos, où je me suis enfin REPOSEE...,et une série de soirs de travail qui permettent un réveil naturel, je retrouve une énergie nouvelle et éruptive.

Est-ce le chant des oiseaux qui se densifie chaque matin de nouvelles voix ? Est-ce la chaleur qui monte sensiblement ? L'atmosphère paisible de mon joli studio où je plante mes racines peu à peu ? Il vibre de bonnes ondes, même si, comme dit ASY, ma petite sorcière bien-aimée, il est "habité". On le serait à moins. L'immeuble est entouré de cimetières, de caveaux grands comme des maisonnettes, avec portes vitrées, autels foisonnants de fleurs et d'objets de passé, mobilier pour y méditer plus confortablement...

J'en ai fait la visite avec l'espoir de perpétuer la tradition familiale : donner une seconde vie aux plantes, choisies pour leur aspect éphémère et jetées après usage, mais qui ne demandent qu'à reprendre racine dans une terre neuve, soigneusement arrosées... Sur les pas de ma mère, j'ai arpenté ce vaste cimetière bercé des vagues méditerranéennes. Las ! ici, les cimetières sont bien plus structurés qu'Ajaccio, elle-même, sans numéros ou plaques de rue la plupart du temps. Allées, contre-allées, fléchages, tout est nickel. Des grandes poubelles noires hébergent les déchets à chaque intersection. Pour la chine, c'est rapé !

1871016774.JPGPour autant, l'esprit récup' me tient toujours. Et me réussit ! Après le fameux canapé du Salario et la desserte de cuisine, j'ai récupéré un adorable salon de jardin, cinq baconnières neuves, un casier à roulette, une grille de BBQ... Inlassablement, je garde l'oeil rivé sur chaque coin de rue pour continuer cette moisson inattendue.

Je ne peux m'empêcher de repenser à ces adolescents qui étaient venus en délégation me trouver, au fin fond du Sahel, à Tikaré, pour m'interroger très officiellement. Je revois le plus grand d'entre eux, petit Prince du désert le plus pauvre de tous les déserts, baton de berger à la main, campé devant moi qui me lance : "Est-ce que c'est vrai que dans ton pays on trouve des jouets neufs dans vos poublelles ? Dis, est-ce que c'est vrai ?" Oui, petit Prince, dans cette île, comme dans tous les pays "développés", on trouve des jouets pour les enfants, et pour les grands ! On achète tant et tant, au-delà même de nos besoins réels, qu'on peut se permettre de jeter des objets neufs dans les poubelles...

Et, entraînés par les médias qui n'ont décidément rien d'important à dire, puisse qu'ils n'informent plus mais se contentent d'être le reflet des préoccupations quotidiennes de notre peuple (parlez-moi de moi, y'a que ça qui m'intéresse...), on pleure et se lamente à longueur de journée sur la baisse du pouvoir d'achat, le prix du pain et du lait qui augmentent... Oui, petit Prince, ainsi va le monde où l'apparence a le dessus sur la profondeur des êtres, où l'argent ne fait plus le bonheur mais juste forge le pouvoir.

Premières fois

Nos tournées retrouvent un visage humain en ce moment. Nous avons absorbé le changement de rythme. Après deux urgences, hier, nous avons pu dégager un quart d'heure de pause en terrasse. Cool !

Premier printemps à Ajaccio. J'ouvre grand les yeux. Il sort des jolis mecs de partout. Tous bien mis, bronzés, lunettés, le poil luisant, l'oeil aiguisé... Je salive d'avance ! Envie d'être jolie, plus encore, montrer mes jambes fuselées par des talons, raccourcir mes jupes, porter du flou, lâcher ma crinière qui commence à retrouver une longueur plus féminine... Le Sud magnifie les corps, pousse à la mise en scène. Je me sens érotisée. Et c'est bon.

J'ai pris mon premier petit déj' sur ma terrasse ce matin, tartines grillées à la confiture de clémentine... Mes salades pointent leur nez hors de terre, surveillées de près par le couple de tourterelles qui vient me saluer tous les matins. J'ai craqué pour une magnifique bougainvillée, un chèvrefeuille, un jasmin... Me reste un citronnier à ajouter, quelques lauriers roses et à planter mon persil. Bonheur simple et lumineux comme je les aime.

J'ai cueilli ma première asperge sauvage cette semaine. C'est en retournant chez ma jolie centenaire, métamorphosée depuis qu'on lui a zappé le Temesta de son pillulier (elle chante, elle rit, elle lit sans lunettes, nous reconnait et nous accueille d'un grand "Bonjour, on va bien s'amuser dans la douche !") dans les montagnes que j'ai appris à les repérer. Sa fille m'a guidée dans le maquis à la recherche de l'asparagus qui donne en ce moment des asperges vertes, fines et goûtues. Elle me propose une initiation aux herbes sauvages de la corse pour la cuisine ou les tisanes...

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Le coin des filles 

Premières fois que mes cracottes se risquent à des commentaires ! J'adore, les filles... Continuez !

Pour ma Nat, quelques précisions : ma première épilation "osée" est une réussite. Outre le plaisir qu'elle a donné à mon homme, elle amplifie mes sensations déjà bien aiguisées. Le moindre mouvement te donne l'impression d'être totalement "nue". Et ne t'inquiète pas, ça repousse tout doux... Seul petit inconvénient, Dame nature fait bien les choses : les poils pubiens servent finalement, surtout à diriger le jet d'urine. Je m'en suis rendue compte à mes dépends. Cela demande un peu plus de concentration et d'abdominaux... Mais on s'y fait très bien. Et oui, Poki, tu as raison, l'essayer, c'est l'adopter. De là à décliner, comme tu me le conseilles, en carte à jouer Coeur, trèfle, pique, carreau... A négocier avec ma complice épileuse...

Premières fois... Je garde les yeux et les sens grands ouverts pour toutes ses premières fois qui font mon quotidien dans cette nouvelle vie. Trop peur d'en perdre une miette !