22.07.2008
Glissades & dérapages
Depuis que je fréquente ma résidence d’été, la mer, compagne omniprésente de ma nouvelle vie comme de l’ancienne, me montre tous ses visages. Ici comme là d’où je viens, son air de lac bien tranquille n’est qu’une façade.
Tempête
Marediate pour le 14 juillet. En bon français : ça bastonne dur. Le vent souffle fortissimo et je découvre les eaux déchaînées, l’écume qui explose en torpille et explose en plein vol vers la lune qui s’arrondit doucement, blafarde à quelques jours de sa plénitude. Ma plage s’en trouve réduite de moitié, mangée par les eaux sombres et rugissantes. Dans la paillotte, le fracas des vagues est assourdissant. La nuit aidant, les bruits prennent une proportion démesurée et à tout instant, je m’attends à voir les vagues entrer par la fenêtre, lovée sous les couvertures polaires. L’humidité est particulièrement rafraîchissante dans notre paillotte Et, nouvel apprentissage pour la grande insomniaque que je suis, réussir à m’endormir bercée par le grondement sourd de la mer…
Heureusement, le soleil n’est jamais très loin après la tempête et reprend ses droits dès le lendemain matin. Et les sommets embrumés se reflètent à nouveau dans les eaux turquoises de la baie d’Ajaccio à mon réveil.
Glissade
Ce qui me permet de m’adonner à un nouveau plaisir : celui d’être sur l’eau et non plus dans l’eau. J’ai toujours adoré nager et là je découvre enfin, étonnant pour une Malouine, les plaisirs de la navigation. A deux ou en solitaire, à bord du kayak qu’une copine m’a prêté pour que je teste cette sensation unique de voir la terre à portée de main, mais délivrée de toute contrainte sociale. Car même si cette vie de sauvageonne m’enchante, si j’apprécie les rencontres inhérentes à ce microcosme balnéaire, j’ai besoin, comme toujours, de mes moments de solitude, de retrait, qui me permettent de me ressourcer et me poser… Il y a quelque chose de furtif qui me plait dans ce type de navigation., ce léger esquif, en équilibre précaire, la sensation de n’être qu’une plume de goéland oubliée à la surface de l’eau… que tout ne repose que sur mon sens de la stabilité et la puissance de quelques-uns de mes muscles.
Perte de contrôle !
Sensation plus forte, celle –là, que le tractage sur un objet gonflable. Me voici bâillonnée par un gilet de sauvetage fluo, à califourchon sur une chose oblongue, communément appelée « banane » en plastique, géante, cramponnée à la lanière, bondissant de vague en vague comme perchée sur un cheval sauvage… Éclats de rire garantis, jusqu’au moment où mon marin décide de corser un peu le rodéo et ouvre les gaz. Je m’explose contre une montagne de mousse blanche. A cette vitesse, l’eau est dure comme le béton. Je me claque violemment tout le côté gauche.
Horreur, l’eau me submerge, yeux, oreilles, bouche… puis la douleur fulgurante. Le dos, puis la main gauche inerte, insensible… mon Robinson saute à l’eau pour venir me remorquer et m’aider à remonter à bord . Je reprends mon souffle et ma sensibilité dans le membre meurtri. Mais 24 heures après, je suis sous calmants avec une minerve et une suspicion de fêlure au niveau des côtes. Pas glop la Robinsonnne !
Cela se solde pour l’instant par une semaine d’arrêt qui me confine au repos forcé. Le pire qui puisse m’arriver : ne pas bouger sous peine de douleur. Situation bien familière quand on a un dos aussi fragile que le mien et pourtant toujours insupportable. L’immobilité non consentie a le don de me faire tourner en rond comme une petite lionne en cage. Demain, je retourne à la plage… Ma paillotte me manque trop.12:00 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal, infirmière, corse, mer
17.04.2008
Bonjour, bonjour, les hirondelles...
"Un rien m'agite. Rien ne m'ébranle." Louise WEISS
Thalassa, mare nostrum… la mer nourricière, tout à tour transparente, tour à tour sombre et colérique, secrète ou inquiétante. Omniprésente quoiqu’il en soit. Je la dévore des yeux, je la hume, je la lèche quand les embruns balayent mon visage et je souris aux anges. Elle m’est familière comme un alter-ego, un double soyeux dont j’aime la mouvance infinie.
Je me glisse le long de sa côte houleuse dans le matin qui se lève lorsque je remonte les Sanguinaires pour m’engouffrer dans la ville endormie. Le Trottel, Albert 1er, quartier résidentiel où le parfum des jasmins m’enivre… J’aperçois le ferry de 7 heures dont le ventre plein fend l’eau d’une trace nacrée et je le met au défi : je serais au port avant lui, inch Allah !
Franchir la Citadelle dont la tourelle à l’entrée me rappelle à la fois ma tour bidouane malouine et celle d’Essaouira… Raser les façades roses aux volets de ce vert grisé, si particulier au sud, un peu comme la coque veloutée de l’amande, qui veillent sur des jardinets sagement agencés et se croire soudain en Italie… C’est l’heure où le port Tino Rossi fourmille. Remettre les terrasses en place, réparer, nettoyer, fourbir, décorer... Un œil sur les barques des pêcheurs à quai (Cascais, Sintra, mes amours !), l’autre sur la route parsemée d’imprévus, je me faufile entre les jets d’eau, les grondements des perceuses ou des scies en actions, les lazzis de ce petit peuple travailleur… Eiu ! Ajaccio se pare de ses couleurs d’été, comme une belle se maquille, pour accueillir la manne annuelle.
Car déjà, comme autrefois une hirondelle faisait le printemps, les premiers camping-cars apparaissent. Ma hantise, depuis Cancale où ils défiguraient sans vergogne le spectacle somptueux de la baie du Mont-Saint-Michel. Conducteurs beaufissimes, casquette et gras du bide, chaussettes dans les sandalettes en cuir, femmes épaissies par la ménopause, aux gueules ternes, débordants de leurs joggings informes "pour faire plus cool", et avec ça, mauvais coucheurs, mauvais consommateurs, mauvais citoyens, envahissant la nature et l’espace vital de tous… Le triomphe de l’individualisme crétin, du libéralisme soixante-huitard mal digéré, le « je suis libre et je t’emmerde ! » qui oublie que la liberté individuelle s’arrête là où commence celle des autres, l’apogée de la connerie occidentale, en bref !
Et je les retrouve là ! Posés comme de gros bourdons inutiles, de préférence en travers de la route, donc de ma route ! Je klaxonne, j’injurie - Tête de cats ! * - en accélérant dans un vrombissement rageur pour contourner l’importun abhorré…
Déjà, au pied de la place Foch, le classique petit train touristique reprend vaillamment du service, tout comme l’autobus à impériale qui balade les panthères grises en mal de sensations fortes. "J’ai fait la Corse ". Les mêmes que vomissent les cars luxueux directement dans le hall du Sun Beach Hôtel que surplombe ma terrasse. Appareils photos prêts à mitrailler, tenues sportswear, tennis blanches, ils s’agitent autour de leurs bagages dans une frénésie d’autant plus ridicule que l’urgence a été abolie de leur vie de retraite. Ils mettent, matin et soir, la même énergie à activer leurs mandibules insatiables, bien rangés autour des tables carrées nappées de blanc…
Mais grisée par mon petit cheval de feu, j’oublie… Déjà, le ferry manœuvre pour se positionner à quai et libérer motos, camions, voitures, piétons… J’adore contempler ce spectacle de chez mon homme. Parce qu’il me rappelle à chaque fois le matin de mon arrivée, la douce euphorie qui me transporte lorsque j’ai l’impression d’arriver à bon port, en écho à bien d’autres accostages… En écho à ce rêve fait l’été dernier, où j’étais moi-même un magnifique voilier de croisière qui abordait toutes voiles dehors un port du Sud dans la lumière de l’aube, une lumière froide et d’une transparence bleutée que je n’avais croisé qu’aux abords de la Turquie ou d’Israël jusqu’alors, je veux dire, avant la Corse, aux antipodes de la chaleur orangée des rives nord-africaines…
D’ailleurs, les maisonnettes blanches, accrochées comme des petits cubes à la colline, comme autant de promesses de bonheur à découvrir une à une, tel un calendrier de l’Avent, m’évoquaient mon arrivée sur Haïfa, il y a plus de 20 ans… La terre promise. Mon voilier s’arrêtait soudain, en rade, se dandinant bêtement dans son attente. Dans mon sommeil, je ressentais à la fois une sécurité absolue et une réelle angoisse : est-ce qu’il y aurait vraiment une place un jour pour moi dans ce port où les paquebots s’alignaient harmonieusement ? Irais-je à la rencontre de ce territoire inconnu et prometteur ?
Basta ! Je me faufile avec virtuosité jusqu’au port d’Ornano et son Amirauté, et file sur le Finosello, mon point de ralliement. Il est bientôt 7 heures. Mes patients m’attendent.
*Tête de nœud (NDLR)11:42 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : corse, infirmière, tourisme, mer


