10.04.2008

Pégase infirmière.

Quatre mois ! Cela fait 4 mois aujourd'hui... J'ai fêté ça à ma façon, hier, par une soirée festive, comme je les aime.

Au programme, concert de Thomas Dutronc au théâtre de l'Empire, dont tout le mérite est de savoir s'entourer de bons musiciens de jazz manouche. Le violoniste, Pierre Blanchard, m'a arraché de longs frissons de plaisir qui ont surpris mon homme. Notre premier concert, pour fêter nos 4 mois aussi...

Il se mouille pas, le fils à papa : Reprises de Django, de quelques standards des 80', de son pote M (dont une adaptation total déjantée des Triplettes de Belleville, qui m'a rapprochée de toi, ma Marie chérie et de notre enthousiasme de gamines à la découverte de ce merveilleux film d'animation). Une mise en scène mi-poètique, mi-maladroite, un humour décalé à la Philippe Katerine, mais en moins bien, quelques compositions, un joli filet de voix gouailleuse, un bonne maîtrise de la guitare... Il a pour lui sa petite gueule d'amour, son nom, et d'être tombé dans la marmite tout petit...

Pas assez pour moi. Si ce n'est cet éternel et incommensurable plaisir du spectacle vivant, de cette foule obscure dont la chaleur me fait sentir tellement plus éveillée, cette communion d'émotions, d'éclats de rire, d'applaudissements, ces vibrations qui me retournent le corps et m'activent le cerveau par leurs évocations sensuelles. Ce bonheur là n'a pas de prix pour moi...

Puis s'affaler, repue, en terrasse dans la tiède nuit ajaccienne, en compagnie de deux filles jolies et spirituelles, des amies potentielles ? Filer en scoot dans les rues désertes, serrée contre Lui, qui me protège, me fait rire, m'honore avec tant de simplicité et de légèreté que s'en est troublant. Le moindre de mes désirs est pris en considération... Plus l'habitude... peut-être même pas l'habitude du tout...

Fend la bise

386893211.JPGEncore un mal pour un bien ! Vendredi dernier, je retrouve ma voiture avec deux pneus crevés... à coups de couteaux. Chacun autour de moi y va de son analyse : quelqu'un t'en veut... Tu t'es garé sur une place réservée... Tu as une collègue qui te jalouse... Une femme dont tu as regardé le mari de trop près...

Candide comme je suis, je me sens extrêmement choquée par le procédé. Je suis à pied et ça me ruine ce mois-çi encore, alors que je commençais à éponger mes frais d'installation...

Et puis voilà : mon petit bijou vient d'arriver du continent. Cette copie coréenne du vespa de mes rêves, mon cadeau à moi-même pour avoir si bien avancé dans cette nouvelle vie, surmonté les épreuves avec autant d'élégance et de courage...

Et là, tout change : je suis la pégase infirmière ! Remonter en selle, alors que ma première expérience au début des années 80, lors d'un voyage en Crête, avec ton frère, ma Nat adorée, m'a laissé encore à ce jour des cicatrices sur les genoux et le dessus du pied droit lorsque j'ai embrassé les graviers à pleine vitesse... Je sillonne les rues d'Ajaccio, m'enhardissant chaque jour un peu plus. Embouteillages, collines et montagnes, rien ne résiste à mes 100cm3. J'acquiers un degré de liberté et de légèreté inégalé.

Plaisir des odeurs de figuiers et de jasmins épanouis, du vent chaud qui glisse sur le visage, des 4 degrés du petit matin qui pique les yeux, des zig-zags entre les voitures qui me déclenchent des frissons le long de l'échine parce que je frôle le danger de tout mon corps en alerte...

Entre chaque patient, c'est comme un tour de manège qui me rend ma joie primale de petite fille et me permet de mieux digérer...

Cette patiente dont les formes généreuses me rappellent familièrement un Botéro, qui soulève tendrement ses vieilles mamelles avachies par le temps et ses dix rejetons pour que je la poudre d'un talc au parfum enivrant...

Cette dame, qui fête ses 80 ans en enterrant sa soeur aînée et en supportant vaillamment la déchéance physique de son époux amoureusement tyrannique, et m'offre un pot de confiture d'orange dont elle tient la recette d'un curé extraordinaire...

Ce marocain, sans arrêt au bord du coma hyperglycémique, qui me félicite pour mon joli véhicule et me conseille de le faire dormir sous une bâche pour préserver son éclat nacré...

Ce jeune homme, jaune comme un coing, les traits tirés par la douleur et la fièvre qui me poursuit dans un couloir par un "madame, vous êtes l'infirmière ? S'il vous plait ! j'ai une appendicite, mais j'ai peur de l'hôpital... Ils vont mal me soigner moi, n'est-ce pas ? J'ai peur... je fais quoi ?" Trouver les mots, encore et toujours, puiser au fond de moi, pour comprendre, consoler, convaincre...

Cet homme qu'une attaque a terrassé il y a 6 mois et qui chaque jour retrouve une parcelle d'autonomie. Un pas, deux pas, puis quinze... communiquer via une ardoise pour faire sortir tous ces mots qui se battent au bord de lèvres incapables désormais d'articuler et lui font couler des larmes de rage et dont une toilette au bord du lit ce matin rend les yeux enfin brillants comme des étoiles... de joie !

Oui, il est pas volé ce joli petit scooter. Même si les puristes, mes potes à deux roues, trouveront son vrombissement ridicule, sa reprise faible en montée, ses roues minuscules, moi je l'adore, mon compagnon de liberté...

 "Nous croyons pouvoir changer le cours des choses selon notre volonté parce que c'est c'est la seule solution heureuse que nous puissions envisager. Nous ne pensons pas à ce qui se produit généralement et qui est aussi une solution heureuse : les choses ne changent pas, ce sont nos désirs qui finissent par changer". ProustA la recherche du temps perdu.